CHAPITRE VII. QUAND L’EMPIRE CHANCELLE
cription la plus importante qui s’y rapporte avait été gravée à Karnak sur la paroi intérieure du mur reliant, à l'Est, le temple principal au vrr pylône, celui de Thoutmès II. Ce mur a malheureusement beaucoup souffert. Legrain a pu le reconstituer en majeure partie grâce aux blocs qu’il a retirés du sol au cours de ses fouilles. Maspero, en quelques pages de sa monumentale histoire, décrit clairement la situation : « Les peuples situés au Nord et à l’Est en Libye ou dans les îles de la Méditerranée, se trouvaient depuis quelque temps déjà dans un état aigu d’agitation qui ne présageait rien de bon pour les empires du vieux monde... Un certain nombre de clans berbères, qui étaient demeurés au second plan et qui n’avaient entretenu que des rapports irréguliers avec l'Egypte, les Labou, les Mashaouasha furent poussés au premier rang et se ruèrent sur elle... Leur bravoure en faisait des ennemis redoutables, malgré leur ignorance de la tactique et leur indiscipline : enrégimentés et bien conduits par des généraux expérimentés, ils devinrent plus tard les meilleurs auxihaires de l'Egypte. Les Labou étaient, dès cette époque, la plus remuante de leurs tribus, et ses chefs se targuaient sur les autres d’une hégémonie véritable. Ils avaient eu facilement raison des peuples qui habitaient alors le désert et que l'Egypte avait affaiblis par des défaites réitérées. Au moment où Meneptah monta sur le trône, leur roi Mâraîou, fils de Didi, commandait un territoire immense entre le Fayoum et les Syrtes : les Timihou, les Kahaka, les Mashaouasha lui obéissaient comme les Labou. C'était en Afrique la même péripétie qu’un siècle auparavant dans le Naharaîna, lorsque Sapaloulou avait fondé l’empire hittite : un royaume grandissait, où nul Etat n’avait existé qui fût capable de balancer la fortune de l’Egypte. Le danger était sérieux : tandis que les Khâti, séparés du Nil par toute l’épaisseur du Kharou, ne menaçaient directement aucune des cités égyptiennes, les Libyens, maîtres du désert, touchaient le Delta et pouvaient fondre en quelques jours sur tel point de la vallée qu’il leur plairait choisir. Meneptah allait donc essuyer l'assaut des Occidentaux comme son père jadis celui des Orientaux, et, si étrange que le fait pût lui paraître, il retrouvait dans les rangs de ces ennemis nouveaux une partie des adversaires qui avaient combattu sous les murs de Qodshou, soixante années auparavant. Les Shardanes, les Lyciens et les autres, écartés des côtes du Delta et des ports phéniciens par la police sévère que les Egyptiens exerçaient dans leurs eaux, avaient reflué sur le littoral de la Libye et ils y avaient reçu bon accueil. S’y étaient-ils arrêtés en quelques endroits et y avaient-ils laissé ces colonies dont parlent les traditions grecques d’âge récent ? Ils y pratiquaient assurément le métier de mercenaires, et beaucoup de leurs bandes s’y louaient aux princes indigènes, tandis que d’autres servaient auprès du roi des Khâti ou de Pharaon. Mâraîou traînait avec lui des Achéens, des Shardanes, des Toursha, des Shagalasha, des Lyciens en nombre considérable, lorsqu'il décida de commencer la lutte. Ce n’était pas une de ces guerres banales où l’on se bornaït à
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demander un tribut aux vaincus ou à leur arracher une province : il rêvait de transporter son peuple entier dans la vallée et de l’y enraciner, ainsi que les Hyksôs avaient fait autrefois.
Le Delta est envahi. « Quand le roi l’apprit, 1l devint furieux contre eux comme un lion fascinateur ; il réunit ses officiers et leur dit : « Je vais vous » faire entendre la parole de votre maître, et vous faire savoir ceci : Je suis le » pasteur souverain qui vous pais, Je passe mes Jours à chercher ce qui vous » est utile ; je suis votre père; y a-t-il un père parmi vous qui fasse comme moi » vivre ses enfants? Vous tremblez comme des oies, vous ne savez pas ce qu’il » est bon de faire, personne ne répond à l’ennemi, et notre terre désolée est » abandonnée aux incursions de toutes les nations. Les barbares harcèlent la » frontière, des révoltés la violent chaque jour, tout le monde la pille, les enne- » mis dévastent nos ports, ils pénètrent dans les champs de l'Egypte ; y a-t-il » un bras de fleuve, ils font halte, ils demeurent des jours, des mois ;.. 1ls arri- » vent nombreux comme des reptiles, sans qu’on puisse les rebrousser en arrière, » ces misérables qui aiment la mort et qui détestent la vie, dont le cœur voudrait » consommer notre ruine! Les voilà qui arrivent avec leur chef, ils passent » leur temps sur la terre à combattre pour rassasier leur panse chaque jour, » et c’est pourquoi ils viennent au pays d’Egypte chercher leur subsistance, » et leur intention est de s’y installer ; la mienne est de les prendre comme des » poissons sur leur ventre. Leur chef est un chien, un pauvre hère, un fou ; » 1l ne se rassiéra plus en sa place. »
Alors sa Majesté vit dans un songe une statue de Ptah qui se dressait devant Elle. Le dieu lui présentait le glaive en disant : « Prends-le et bannis la crainte de ton cœur. » Le dieu ne présente pas le glaive au roi pour abattre les prisonniers après la victoire, il le lui tend comme un présage de la défaite des envahisseurs.
Les archers de Sa Majesté firent rage parmi les barbares six heures durant : on les passa au tranchant du glaive. Maraïou, voyant le carnage, « eut peur, son cœur défaillit, il se mit à courir de toute la vitesse de ses pieds pour sauver sa vie, si bien que son arc et ses flèches demeurèrent par derrière dans sa précipitation, ainsi que tout ce qu’il avait sur lui ». Son trésor, ses armures, sa femme, le bétail qu’il traînait pour son usage devinrent la proie du vainqueur ; « 1l arracha les plumes de sa coiffure et il s’enfuit avec ceux des misérables Libyens qui s'étaient dérobés à la boucherie, mais les sergents qui montaient les attelages de Sa Majesté s’attachèrent à leurs pas » et en massacrèrent le plus grand nombre. Maraïou réussit pourtant à se perdre dans la nuit et à regagner son territoire, sans eau, sans vivres et presque sans escorte. Le vainqueur rallia ses cantonnements, chargé de butin, et poussant devant lui des ânes qui portaient les trophées sanglants de la victoire : les phallus et les mains coupés aux cadavres. Six généraux et 6,359 soldats libyens gisaient sur le champ de
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