‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 48 sur 137 · CHAPITRE VIII QUAND L’EMPIRE CHANCELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII QUAND L’EMPIRE CHANCELLE

bataille, avec 222 Shagalasha, 742 Toursha, quelques centaines de Shardanes et d’Achéens : plusieurs milliers de prisonniers défilèrent devant le Pharaon et furent distribués par lui entre ceux des soldats qui s’étaient distingués le plus.

« Ces chiffres montrent combien était grave le danger auquel l'Egypte venait d’échapper : l’annonce de la victoire la remplit d’un enthousiasme d’autant plus sincère que l’effroi avait été plus vif. Les fellahs, ivres de joie, s’interpellaient l’un l’autre : « Viens, et promenons-nous bien loin sur la route, car il n’y a plus de crainte au cœur des hommes! » Et voici qu’on déserte les postes fortifiés, on ouvre les citadelles, les courriers se rangent au pied des murs et attendent à l’ombre que la garde s’éveille après la sieste pour leur livrer l’entrée. Les soldats de la police sommeillent sur leur ronde accoutumée et les gens des marais recommencent à paître leurs bestiaux sans peur des razzias, car il n’y a plus maraudeur qui franchisse la rivière ; on n’entend plus les sentinelles hurler dans la nuit : « Halte, toi qui viens, toi qui viens sous un nom qui n’est pas le tien ! Au large! » et les hommes ne se crient plus le lendemain matin : «On a volé tel ou tel, » mais les villes reprennent leur train journalier, et celui qui laboure dans l’espoir de la moisson, il se nourrira lui-même de ce qu’il aura récolté.» Le retour de Memphis à Thèbes fut une promenade triomphale (17).»

Cette invasion des Libyens se place aux environs de 1220. Le danger, écarté pour un temps, ne Va pas tarder à reparaître avec plus d’acuité sous le règne de Ramsès III. Vers 1200, le pharaon repousse, à trois reprises, les envahisseurs qui se précipitent aux frontières de l’Est et de l’Ouest ; heureusement, les attaques ne sont pas simultanées et, à aucun moment, Ramsès III n’aura à faire face en même temps aux deux fronts. Le temple de Medinet Habou (fig. 73) nous fournit au sujet de ces événements, des textes et des bas-reliefs des plus précieux. Si, comme tant d’autres temples thébains, Medinet Habou avait été démoli, il est probable que nous ne saurions à peu près rien de l’histoire de Ramsès III, car les rares allusions du grand papyrus Harris ne sont compréhensibles que par l’étude de Medinet Habou.

Ce temple funéraire fut commencé d’assez bonne heure dans le règne du roi. On construisit d’abord le centre de l’édifice, puis on le développa en bâtissant successivement le 11° pylône, la colonnade qui le précède et enfin le 1°" pylône. Au fur et à mesure, les murs recevaient les inscriptions et le décor des bas-reliefs relatifs aux événements contemporains. Les documents les plus anciens du règne sont donc à l’intérieur de l’édifice. Au mur Sud de la deuxième cour, se trouve une énorme inscription de soixante-quinze lignes consacrée à la première guerre libyenne, de l’an v. Le texte parle de la puissance et de la bonté du roi. Ensuite, il décrit en termes généraux la défaite du pays d’Amor, au Nord de la Syrie, occasion pour les sujets de Ramsès III de chanter les louanges de leur maître. L'inscription se continue par le résumé de l’invasion des Libyens et de leur défaite. Puis vient la description des fêtes du triomphe, de

la déconfiture complète des ennemis et de leurs alliés des pays du Nord. La fin de l'inscription vante une fois de plus la valeur du roi et fait un tableau de la sécurité dont jouit l'Egypte, grâce à son souverain vaillant et énergique. On le voit : c’est le même thème et les mêmes développements que ceux de l’inscription de Meneptah.

L’illustration de ces textes se trouve sur les murs de l’angle Sud-Est de la même cour. On reprochera sans doute au relief de manquer de précision ; en effets les dessinateurs et les sculpteurs se sont bornés à quelques épisodes caractéristiques dont chacun a plutôt une valeur symbolique.

Le roi sur son char, charge ses ennemis.

Le fourreau, attaché à leur ceinture et cachant les parties génitales indique nettement que ceux-ci sont des Libyens. Au Sud, les bandes de prisonniers marchent devant le char du rois et l’on faites dénombrement des mains coupées aux morts. Au mur Est, le“ roi rentree Egypte et présente au dieu de Thèbes les prisonniers assignés au temple comme esclaves. |

C’est la répétition des thèmes connus par les reliefs de Sethi Ier. Dans la première cour, à la tour Nord du 11° pylône (fig. 74), une inscription aux innombrables hiéroglyphes est datée de lan virt ; on y lit : « Les contrées des gens du Nord dans leurs îles étaient troublées. Personne ne résistait à leurs attaques ; depuis Kheta, Kodé, Karkémish, Arvad, Alasa avaient été dévastés. Ils avaient établi leur camp dans Amor et avaient anéanti la population et le pays. Ils arrivèrent avec le feu préparé devant eux, se dirigeant vers l'Egypte. Leur principal appui était Peleset, Thekel, Shekelesh, Denyen et Weshesh. Ces peuples s'étaient unis et ils avaient conquis le pays jusqu’au cercle de la terre. Leur cœur était rempli de confiance et plein de leurs desseins. »

Il est difficile de montrer plus clairement qu’il s’agit de peuples du Nord et

FIG. 76. (hot. Gaddis.) MEDINET HABOU.

Premier pylône. Face intérieure.

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