‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 51 sur 137 · CHAPITRE VIII. QUAND L’EMPIRE CHANCELLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII. QUAND L’EMPIRE CHANCELLE

(fig. 79): « Les vaisseaux des étrangers sont attaqués par la flotte égyptienne au moment où se préparait le débarquement. Il existe peu de différence entre les bâtiments des deux partis : leur coque est semblable, des châteaux sont élevés à l’avant et à l’arrière et un mât central surmonté d’une hune supporte la vergue d’une voile carrée ; seulement les vaisseaux égyptiens (gouvernés au moyen d’avirons de queue) se terminent par des têtes de lion et possèdent des rames, tandis que les navires ennemis semblent marcher uniquement à la voile, leur proue et leur poupe très élevées au-dessus de l’eau se terminent en pointe ou en tête d’oiseau.

» Deux peuples distincts s’étaient unis pour cette expédition : les Djakari et les Shardana, montant chacun leurs vaisseaux, mais associés pour venir piller l'Egypte, ils succombent également sous les coups de Ramsès. Ils ont la retraite coupée par la flotte égyptienne qui les a cernés ; les mâts de leurs navires sont rompus ; une barque de Djakari a chaviré. Armés seulement de sabres et de lances, leurs boucliers ne suffisent pas à les abriter contre la pluie de flèches et de pierres de frondes que les Egyptiens font pleuvoir sur eux. La rive est couverte de cadavres ; les ennemis tombés à l’eau sont recueillis et jetés à fond de cale les mains liées. On remarquera que les soldats égyptiens prennent seuls part à ce combat; les mercenaires n’y figurent pas, on a probablement hésité à les mettre en face de leurs compatriotes. Sur la berge Ramsès et ses archers tirent sur les ennemis qui tentent de gagner la terre. Le char du Pharaon est un peu en arrière, gardé par un écuyer ; des palefreniers essaient de calmer les chevaux qui se cabrent. »

« L'inscription tracée au-dessus du char vante les exploits du Pharaon : « Le dieu bon, Mentou en Egypte, le très puissant comme Bâl parmi les étran- » gers ; le vigoureux de bras, dilatant son cœur, l'adversaire redoute sa puissance ; » muraille protectrice de l’Egypte, aucun pays ne parvient à la traverser. Voici, » certes, que les étrangers, les Septentrionaux qui sont dans leurs îles s’agi- » taient de leurs membres, ils s’élancèrent vers les embouchures (du Nil) : » leurs narines et leurs poitrines ont fini de respirer les souffles. Sa Majesté est » sortie contre eux comme un grand ouragan, afin de combattre sur le terrain » Comme un héros. Sa crainte redoutable pénètre en leurs membres, le naufrage » les anéantit en leurs places, leurs cœurs sont arrachés, leurs âmes s’échappent ; » leurs armes sont inutiles sur mer, il lance ses flèches sur eux comme il lui » plaît et l’envahisseur est renversé dans l’eau. Sa Majesté est pareille à un lion » furieux déchirant ce qu’il atteint avec ses bras, etc. »

« Au registre inférieur, au-dessous de Ramsès, on voit les serviteurs chargés du bagage du roi, les porteurs des emblèmes de l’autorité et les soldats des différents corps de la garde. Deux de ces derniers portent enroulées autour du corps des cordes qui doivent servir à lier les prisonniers (20). »

Enfin, on retrouve la scène de dénombrement des captifs et des membres

coupés et, au septième tableau, la présentation des esclaves à la triade thébaine et la statistique des vaincus. Sur le mur quise trouve entre les deux pylônes du grand temple il y a, au registre inférieur, cinq scènes de la guerre de l’an xI, et au-dessus, cinq scènes d’une guerre amorite. Mais aucun de ces tableaux ne nous apporte des détails nouveaux, sinon l’image d’une forteresse prise d’assaut par les Egyptiens qui forcent la porte d’entrée à coups de hache, escaladent les murs au moyen d’échelles, abattent les derniers défenseurs et sonnent de la trompette pour signaler la victoire. Dans la campagne, d’autres soldats coupent les arbres.

Au revers du grand pylône, on voit Ramsès III, descendu de son char en pleine mêlée, occupé à lier lui-même les bras des chefs hbyens (fig. 80).

Tandis que le temple nous instruit de la sorte presque méthodiquement sur les différentes campagnes de Ramsès III, la porte monumentale de la grande enceinte nous donne, à la manière d’un arc de triomphe, une synthèse des victoires. On l’a construite, semble-t-il, à l’imitation des forteresses asiatiques. À la façade, sur les deux hautes tours, Ramsès III est figuré de taille gigantesque abattant les « poignées » d’ennemis devant Amon, à gauche, et Harmakhis, à droite. Au-dessous, on a représenté, encadrées par des lignes d'inscriptions, des images précises des étrangers vaincus. Suivant les principes de symétrie appliqués dans les constructions égyptiennes, sur la tour Sud, ce sont des Africains : un Ethiopien, deux Soudanais, ensuite le chef des Libyens, le chef des Toursis, le chef des Mashaouasha et le septième dont le nom Taro n’est pas identifié. À la tour Nord, on peut reconnaître les chefs des nations asiatiques et européennes. C’est là un document ethnographique d’une valeur exceptionnelle.

Daressy les a décrits comme suit :

« 1° Le vil chef des Kheta en prisonnier vivant. Les Kheta ont été depuis longtemps assimilés aux Hittites que la Bible range parmi les fils de Chanaan. Les bas-reliefs de Ramsès II montrent des centaines de représentations de ces guerriers à la figure pleine et comme bouffe, sans barbe, dont les cheveux forment une longue natte. Ils habitaient la Syrie septentrionale et une pes de l’Asie Mineure.

» 20 Le vil chef d’Amêr symbolise les Amorrhéens de la Bible que les Pharaons combattaient dans les régions du haut Jourdain et de l’Oronte. Ils ont le type sémite le plus pur, le nez aquilin, la barbe épaisse et étalée; la chevelure foisonnante, maintenue sur le front par une cordelière, retombe sur le cou en une touffe épaisse.

239 I£e principal des ennemis de Djakari a la tête couverte d’un bonnet évasé analogue à la tiare des rois perses ; la figure est pleine, la barbe rasée. Les Djakari étaient un peuple maritime ; ils habitaient dans une île, Chypre, Crête ou toute autre de l’archipel grec qu’on n’a pu encore reconnaître. Leur nom rappelle celui des Teucriens de l’Asie Mineure.

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