‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 58 sur 137 · CHAPITRE IX. LE RÈGNE DU « DIEU BON · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX. LE RÈGNE DU « DIEU BON

paraissent s’appliquer à leur tâche avec zèle et ponctualité. Au fond, la salle de travail s'ouvre sur une hypostyle où le chef, assisté de prêtres, fait un sacrifice en face d’un sanctuaire dont la porte est flanquée de deux statues de singes, animaux sacrés du dieu Thot, le dieu des lettres, des sciences et de la littérature. À droite et à gauche sont deux petites salles remplies de coffres à livres. Les archives sont ainsi sous la protection de Thot.

Les divers services spécialisés avaient un chef suprême, le plus haut fonctionnaire de la hiérarchie dont le titre égyptien a été traduit par certains : «vizir », par d’autres : « comte ». Le vizir est en même temps le bourgmestre de la capitale, et c’est ainsi que tous les grands services de l’empire sont placés sous sa surveillance. |

Aux époques anciennes, ces fonctions étaient réservées aux princes royaux ; à la xvirIe dynastie, le vizirat paraît être l’apanage des grandes familles. Nous en connaissons une qui fournit des vizirs à l'Egypte pendant plusieurs générations. Le premier de la lignée est un Ahmès, en fonction sous le règne d’Aménophis I°' et au commencement du règne de Thoutmès Ier. Son fils Amathou lui succède et exerce le pouvoir sous Thoutmès II et Hatshepsout. Après lui, vient son fils Ouser qui est vizir pendant une partie au moins du règne de Thoutmès III.

C’est son neveu Rekhmara qui lui succède et conserve sa charge encore sous Aménophis II. Il est donc le grand vizir du grand roi Thoutmès III au moment où les frontières de l’empire sont loin vers le Sud au Soudan et atteignent au Nord les bords de l’Euphrate. Sa tombe, malheureusement ouverte depuis longtemps et fort dégradée, est l’une des plus importantes de la nécropole thébaine (n° 100). Les peintures qui ornent les murs ont une valeur historique considérable et l’on ne peut comprendre qu’à l’heure actuelle on n’en possède pas encore une édition complète. Au mur Ouest de la première chambre, à gauche de la baie qui conduit au fond du tombeau, on distingue les restes d’une scène intentionnellement mutilée. Thoutmès III, assis sur son trône, reçoit le gouverneur Rekhmara pour l'installer dans ses fonctions. Une longue inscription prétend reproduire les paroles prononcées par le pharaon en cette circonstance. Les lacunes de ce texte ont pu être partiellement comblées, grâce aux copies trouvées dans les tombes d’autres vizirs, car le discours semble être une formule stéréotypée. Quoi qu’il en soit, 1l est du plus haut intérêt de découvrir dans ces inscriptions les principes du gouvernement à la xvixI® dynastie et d’entendre Thoutmès III définir ce qu’il considère comme une bonne administration de son empire. Voici comment on peut résumer le discours : « Le vizir doit soigneusement veiller à la bonne marche de son administration sur laquelle repose l’ordre de tout le pays. Le vizirat n’a rien d’agréable ; c’est une mission ingrate. Le vizir ne doit pas se laisser influencer par les autres fonctionnaires ni traiter les sujets

comme des esclaves. La seule chose à prendre en considération c’est l’intérêt de son maître. Celui qui vient le trouver pour lui soumettre une affaire doit être traité d’après la loi et conformément au bon ordre. Le vizir n’oubliera jamais que, comme haut fonctionnaire, 1l est le point de mire de l'opinion publique et que tout le monde parle de ses actions. Le vizir a le devoir d’accorder lui-même une solution à qui présente une requête ; même s’il doit le renvoyer à une autre autorité, il doit le faire par un jugement. Agir suivant les prescriptions est la plus grande sécurité pour un prince. Il doit exécuter ponctuellement les ordres du roi, de cette manière personne ne pourra se plaindre. Le vizir se souviendra du passage du vieux cérémonial memphite d’après lequel les rois de l’Ancien Empire avertissaient le vizir nouvellement nommé de se souvenir d’un ancien vizir qui, disait-on, avait toujours donné tort à ses parents contre des étrangers, de peur d’être accusé de partialité. Une justice ainsi exagérée est de l’injustice. Le vizir doit traiter celui qu’il connaît comme si c’était un inconnu, le grand personnage comme un pauvre diable, alors il conservera son emploi. Si le requérant vient lui dire des choses invraisemblables, il le renverra en lui donnant ses motifs. Le vizir ne doit jamais se mettre en colère contre quelqu’un sans raison ; certes, 1l doit faire en sorte qu’on le craigne, car sans cela il ne serait pas un véritable prince ; mais il ne doit pas oublier que la juste crainte, qui doit être lPapanage d’un prince, ne s’acquiert que par l’équité. Inspirer trop souvent la terreur est maladroit et les gens en tireront de fausses conclusions. S1 le nouveau vizir remplit avec justice les devoirs de sa charge, le prestige ne lui manquera pas. D’ailleurs, il va de soi qu’on attend du vizir qu’il se conduise de la sorte, et cela en vertu des lois les plus anciennes. L'institution du vizirat repose sur ce principe que le vizir est celui qui doit rendre la justice devant tous les hommes. Chaque fonctionnaire doit agir suivant les instructions qu’il lui donnera. Quant au vizir lui-même, qu’il prenne pour règle de ne jamais hésiter quand il s’agit de la justice et qu’il n’oublie pas que le roi préfère avec raison le timide au ue C’est d’après ces instructions que le vizir agira, pour son propre bien. »

Lorsqu'on connaît contenu d’une pareille inscription, 1l devient impossible de passer encore devant elle avec indifférence. On sait dorénavant qu’elle nous conserve un véritable trésor. L'intelligence politique qu’il a fallu pour formuler de tels principes n’est pas moins admirable que PRAGUE ou la puissance que révèlent les ruines grandioses.

Il suffit de nous retourner pour découvrir sur le mur Est, à l’extrémité Sud, une peinture extrêmement curieuse qui représentait le vizir donnant audience à son tribunal (fig. 87). L'image de Rekhmara a disparu, mais on voit encore toute la partie du hall spacieux, depuis la porte d’entrée jusqu’au siège du juge. Sur le sol, les quarante rouleaux des lois sont disposés par groupe de dix sur

(Phot. W. Wreszinski.)

TOMBEAU DE REKHMARA.

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