CHAPITRE IX. LE RÈGNE DU « DIEU BON
Il revise tous les registres d’impôts de la ville du Midi et du Saïd et il les scelle de son SCEAU ; il entend toutes les paroles et il règle la répartition des impôts, et la caisse des temples et les grands greffes des temples lui font rapport sur
. tous leurs revenus (26). »
Sur les murs de la tombe, on avait cherché à représenter le vizir dans l’exercice
de ses multiples fonctions. Un détail mérite une mention particulière. A droite, aglentrée de la
salle longue, une béinture très mutilée montre Rekhmara sorti “chez lui, de bonne heure le matin, avant son audience, pour aller entendre les pétitions des pau- VIes, «POUr ÉCOUter,» comme dit la légende, « ce que disent les gens, et leur requête, sans faire aucune dis-
tits et grands ».
Les fonctionnaires d’un tel Tang JOUISSAIENT ic. 89. (Phot. A. Bayet.) DEIR EL MEDINEH. Façade du temple. d’un prestige considérable ; en l’absence du roi, tandis que ce dernier conduisait ses armées, le vizir exerçait le pouvoir comme un véritable vice-roi. Plusieurs siècles après leur mort on se souvenait de ces comtes, et même il arriva qu’on leur rendît un culte. Un ministre d’Aménophis III, du nom d’Amenhotep, fils de Hapi, avait eu pendant sa vie une telle renommée que les générations suivantes firent de lui un dieu. On a retrouvé plusieurs de ses statues dans le temple de Karnak. Leurs inscriptions exaltent les mérites d’Amenhotep. Deux d’entre elles avaient été placées à côté d’un des colosses d’Aménophis III, appuyés à la face Nord du x° pylône. Les textes qui y étaient gravés demandaient aux visiteurs du temple un souvenir et une prière. Lorsqu'on examine les originaux conservés au musée du Caire, on voit que, pendant des générations, on a respectueusement touché les statues au point d’effacer sur le granit plusieurs des signes
hiéroglyphiques. Bien plus, le petit temple de Deir el Medineh, construit à l’époque grecque dans un repli montagneux de la nécropole, a comme divinité Amenhotep, fils de Hapi (fig. 88 et 89). À la même époque, un second sanctuaire a été creusé à la suite du sanctuaire de la xvirre dynastie de Deir el Bahari. Les reliefs, d’une laideur déplaisante, représentent une série de divinités facilement reconnaissables, disposées en deux rangées. En tête de chacune d’elles, il y a d’anciens ministres devenus dieux : au mur Sud, c’est Imhotep, de la 111° dynastie ; au mur Nord, Amenhotep, fils de Hapi.
De tels monuments nous permettent de nous faire une idée de l'idéal administratif de l’Empire. On voit combien cet idéal exclut la tyrannie et l'arbitraire. La vérité, la justice, le respect des lois devaient dominer toutes les actions des rois et de ceux qui avaient reçu par délégation une partie de leur pouvoir. On a cité souvent avec admiration une parole du kalife Omar prenant possession du pouvoir suprême :
€ Il n’y aura jamais d’homme plus puissant à mes yeux que le plus faible d’entre vous, s’il a pour lui la justice, et jamais un homme ne me paraîtra plus faible que le plus puissant, s’il est injuste. »
Les biographes d’Omar n’auraient-ils pas puisé cette phrase dans un vieil écrit des Egyptiens ? En tout cas, elle répond à l’idéal que se faisaient ces fils des dieux, chargés de gouverner les humains comme de simples mandataires de leurs divins ancêtres, qui se nourrissaient de vérité et ne subsistaient que par elle. Aussi le protocole des pharaons débute-t-il souvent par ces mots : «le Dieu Bon ».