X. LE MONDE EMBELLIT THÉBES
ERTAINS textes et plusieurs représentations prouvent que, tout au moins aux belles époques, le monde entier travaillait pour Thèbes. Revenus destinés au trésor de Pharaon, dîmes ou redevances abandonnées par lui au domaine des temples, produits précieux
G affluant des points les plus éloignés de l’univers alors connu,
toutes ces richesses convergeaient vers le centre de l’Empire.
Les socles des colosses royaux nous ont montré les génies de la Haute et de la Basse-Egypte nouant énergiquement au signe de la réunion les plantes symboliques du Nord et du Sud. C’est déjà une manière d’affirmer que les richesses de l’Egypte entière sont la propriété du maître de la capitale. Ces génies « géographiques » sont, nous l’avons dit, des Nils dont les formes replètes doivent exprimer la fertilité et l’abondance produites par l’inondation. Sur les socles ils ne sont que deux ; mais souvent, dans les temples, ils se multiplient ; chacun d’eux personnifie un des nomes (provinces) des deux Egyptes. Parfois, ce sont tous hommes gras et bouffis, sommairement vêtus d’une ceinture à laquelle pendent quelques bandelettes ; d’autres fois, 11 y a des hommes et des femmes. Le Nil porte généralement sur la tête une sorte de potence sur laquelle est posé le signe hiéroglyphique de la province qu’il représente.
À la partie inférieure des murs de la salle hypostyle de Louxor, on voit les Nils défiler en procession, présentant sur des plateaux les offrandes qu’ils apportent à la divinité. La couleur, assez bien conservée, est alternativement rouge et bleue. On les voit, toujours à Louxor, gravés sur les murs extérieurs du sanctuaire des barques. À Karnak, on les trouve à l’intérieur de la seconde salle du sanctuaire et sur le socle du colosse d’Aménophis III à la face Sud du x° pylône, là où sont d’ordinaire les figures de captifs (fig. 90).
On remarque également des Nils dans les temples funéraires de la rive gauche. À Deir el Bahari, ils sont gravés sur un mur précédant la chapelle des offrandes (fig. 91). À Medinet Habou, au vestibule Sud qui précède la série des appartements de Ramsès III, on voit des Nils agenouillés. Ce ne sont plus seulement les provinces, mais « les dieux des marais qui mènent les flots de l’inondation, ouvrent les chemins de la mer, des îles et des rivages ». Certains d’entre eux portent sur la tête, non pas une désignation géographique, mais
les hiéroglyphes exprimant d’une manière générale : les aliments, les provisions, l’abondance, etc. On a même enfermé les Nils dans les souterrains des tombes royales ; par exemple, dans une des petites chambres de gauche, à l’entrée du tombeau de Ramsès III.
Le thème, une fois ‘créé, était aisé à développer de manière à personnifier même des régions étrangères.
Dans la cour de Ramsès II, au temple de Louxor, à la paroi Est, au-dessous de la litanie d'Amon, défilent les contrées dont les Egyptiens tiraient l’or, les pierres précieuses, l’argent et le cuivre. Cha-
. Dre , d: cune d’elles est repré- IG. 90. ot. V. de Mestral-Combremont.) ARNAK. Le mm
Nils du colosse d’Aménophis III. ; SENTE PALAU ho È
ou par une femme por-
tant sur la tête l’hiéroglyphe de la montagne. Les districts miniers s’étendent depuis le Haut-Soudan ou l’Abyssinie, jusqu’en Asie Mineure, Il est fait mention de quelques villes d'Egypte, probablement parce que celles-ci étaient le point d’aboutissement des routes de caravane apportant les produits des régions désertiques. Les oasis libyennes sont également citées, puis le Sinaï, Pile de Chypre, le pays des Khétas, la Babylonie et la Crète.
Nous avons vu que le vizir avait dans ses attributions le contrôle des impôts. La tombe de Rekhmara va nous fournir des documents précieux à ce sujet. Occupons-nous d’abord des contributions levées en Egypte même et, plus exactement, de ce que l’on peut appeler l'impôt de capitation, sur les fonctionnaires d’ordres divers.
Dans la première salle du tombeau, les peintures exécutées à droite et à
enfants, dix-sept
combattants, qui se