CHAPITRE X. LE MONDE EMBELLIT THÈBES
du cosmétique pour les yeux, des singes, des chiens, des peaux de panthères et aussi des indigènes avec leurs enfants, et jamais on n’avait ramené choses pareilles pour aucun roi ayant existé depuis le commencement du monde ». Un peu plus loin, vers la droite, les bateaux s’avancent voiles tendues, et arrivent en vue de Thèbes. « Navigation, arrivée en paix, abordage à Thèbes, en joie, par l’armée du maître des Deux Terres. » N'oublions pas que les Egyptiens viennent de la mer Rouge ; pour aborder à Thèbes, il faut donc qu'ils aient passé le fameux canal qui, par les lacs amers, réunissait la région de Suez à un des bras du Nil. Dans ce qui reste du registre supérieur, on voit une partie du déchargement des marchandises ; les chefs de Pount se prosternent devant la reine. En continuant à avancer vers le Nord, on trouve la représentation « des merveilles de Pount consacrées à Amon ». Au-dessous, les arbres qui, tout à l’heure, étaient de petites plantes enfermées dans des paniers, ont si bien prospéré depuis qu’on les a plantés à Thèbes, qu’un troupeau de bœufs paït sous leurs branches. On a empilé à l’entour des défenses d’éléphants, des poutres d’ébène, des anneaux d’or et des sacs d’or en poudre, des sacs de fard noir et des massues, probablement en bois dur. Au-dessus, sont disposés des coffres contenant des matières précieuses, des peaux de panthère, des arcs, des animaux vivants parmi lesquels on notera des félins et une girafe. Un peu plus loin, on mesure au boisseau les masses d’encens dont Thot fait le compte. Au-dessus, on pèse les anneaux d’or avec des poids qui représentent des bovidés couchés ou simplement des têtes de bovidés. Pour l'or, c’est la déesse Seshat qui enre-
gistre les quan-
tités que le texte se contente d'indiquer par millions, centaines, dizaines de mille. Presque à l’extrémité du mur Ouest, la grande inscription, qu’on a pu lire malgré sa mutilation, insiste sur l’importance de l’expédition : « Autrefois, personne
: FIG. 99. (Phot. J. Capart.) KARNAK.
ne foulait aux Salle du « jardin botanique ».
FIG. 100. (Phot. Gaddis.)
KARNAK. Jardin botanique.
pieds la Terre de l’'Encens ; les gens ne la connaissaient plus. On en parlait de bouche en bouche, mais par tradition des ancêtres.
Les merveilles qui en étaient apportées autrefois se transmettaient de main en main et rien n’en parvenait, sinon à grands frais et apporté par des intermédiaires.» La reine se vante alors que, pour la première
fois, les Egyptiens sont allés au pays de Pount ; ceci n’est vrai que d’une manière très relative car on possède des témoignages sntatre faites sous le Moyen Empire. Mais 1l y avait si longtemps que cela n’était arrivé que l’on peut
excuser cette touche d’exagération.
Au cours de telles expéditions, on se représente volontiers l’un ou l’autre
scribe curieux des choses étranges de ces pays lointains dessinant les animaux inconnus en Egypte. C’est ainsi que les décorateurs du temple de Deir el Bahari pouvaient représenter dans l’eau les poissons caractéristiques des COtesSAUeRPOUnI Nous devons citer un autre exemple de curiosité scientifique. Dans les appartements de
(Phot. Gaddis.)
KARNAK. Jardin botanique.