CHAPITRE X. LE MONDE EMBELLIT THÈBES
Thoutmès III, au fond du grand temple de Karnak, il y a une salle, facile à retrouver grâce aux quatre colonnes papyriformes qui se dressent encore intactes (fig. 99). Tout le haut des murs a éfétenievé, nous faisant perdre ainsi, Sans aucun doute, de précieux documents. Ce qui subsiste, la décoration de la partie inférieure des murail-
(Phot. Gaddis.)
= KARNAK. Jardin botanique.
les, a fait donner à cette salle le nom de jardin botanique (fig. 100). On y voit «les plantes que Sa Majesté avait trouvées dans le pays de Retenou. Toutes les plantes qui poussent, toutes les fleurs qui sont dans la terre des dieux et que Sa Majesté y a découvertes lorsqu'elle est allée pour subjuguer toutes les contrées d’après les commandements de son père Amon qui les a mises sous
FIG. 103. (Phot. Gaddis.)
KARNAK. Jardin botanique.
ses sandales ».
Il reste deux cent soixante-quinze figures de plantes et de parties de plantes. Le grand naturaliste allemand Schweinfurth, qui les a étudiées, est arrivé à la conclusion suivante : Une partie des représentations sont exactes, d’autres sont approximatives et ne reposent que sur un souvenir imprécCis ; enfin,et ceci.est
plus grave, il y en a de purement imaginatives. Il s’agissait de végétaux étranges et, à défaut de bons documents, les dessinateurs ont fait appel à leur fantaisie. Schweinfurth a reconnu la grenade, qui venait d’être introduite en Egypte; puis l’Arum italicum (fig. 101), le Dracunculus vulgaris (fig. 102), le Calenchoe, l’Iris (fig. 103). Le Dipsacus, le Chrysanthemum, le Convolvulus sont moins sûrs. Certains fruits, qui paraissent dessinés avec précision, n’ont cependant pu être identifiés. Thoutmès III déclare qu’il a fait représenter toutes ces plantes «pour les mettre devant son père Amon, dans ce grand temple, afin qu’on s’en souvienne éternellement ».
Les trésors royaux où les richesses des rois et de l’Etat venaient s’accumuler par le travail du monde entier, ont disparu sans laisser aucune trace. Quelques temples, au contraire, ont conservé leur trésor et, au moins, les bas-reliefs et les inscriptions nous ont gardé le souvenir de leur contenu. C’est là qu’on: enfermait soigneusement la dîme du butin et les beaux objets qui servaient seulement lors des grandes cérémonies.
Au temple de Medinet Habou, au Sud de la salle hypostyle, de petites chambres sont connues sous le nom de « trésor de Ramsès III ». Les scènes gravées sur les murs montrent d’abord le dieu Thot qui enregistre l’or offert à Amon et qu’on pèse dans une balance. En guise de poids, on a mis des signes hiéroglyphiques exprimant un nombre infini de millions. On voit présenter aux dieux les anneaux d’or, les briquettes de matières précieuses qui, lors des sacrifices, permettront de matérialiser l’apport des richesses. Au fond des quatre pièces qui s’ouvrent sur la salle du centre, il y a un banc de pierre sur lequel étaient placés les objets représentés dans les bas-reliefs.
Avec un très petit effort d'imagination, on se retrouve soudainement entouré de toutes les choses précieuses déposées ici, au temps de la splendeur de l’empire égyptien; lorsque le monde entier travaillait pour Thèbes, que les peuples étrangers s’épuisaient à payer les tributs et que les richesses affluaient sans cesse vers la capitale.