‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 67 sur 137 · AL CE EUXE PUBLIC ET PRIVE · texte numérisé non relu

AL CE EUXE PUBLIC ET PRIVE

’AFFLUX des richesses amena avec lui en Egypte une prospérité et une aisance de vie qui s’est traduite dans le luxe public et privé. On imagine difficilement la splendeur du cadre dans lequel se mouvaient les pharaons des grandes époques. Malheureusement

1 les palais ont disparu. C’est tout au plus si l’on a pu retrouver, près de Medinet Habou, l’emplacement d’une des résidences d’Aménophis III.

Par quelques restes de murailles en briques crues, on peut distinguer les lignes générales du plan. « Une petite ville s’était installée autour du palais, ville de luxe et de pompes officielles, où les grands officiers de la couronne possédaient chacun leur pied-à-terre, où des artisans d'élite fabriquaient les objets nécessaires au train de la cour, orfèvres habiles à fondre et à ciseler l'or de Syrie ou d’Ethiopie, graveurs sur pierres fines, verriers, émailleurs, brodeurs, tisserands. Les restes du quartier où ils logeaient ont été mis au jour, et l’on y a reconnu, çà et là, le site de leurs ateliers. Des scories de

pâtes colorées et d’émail marquaient la place des verreries, et les fellahs du

voisinage ne l’ignoraient pas ; ils s’y approvisionnaient d’objets brisés ou intacts qu’ils vendaient aux étrangers. Amenothès III aimait à la passion les bijoux et les vaisselles d’émail bleu ou polychrome. C’est des ruines de sa villa que sont sorties pendant des années ces pièces qui font l’admiration des modernes par la vivacité de leurs tons, l'éclat de leurs glaçures, la pureté et l’élégance de leur galbe, la finesse de leur exécution, coupes figurant un calice de lotus épanoui, écuelles à boire qui simulaient un étang regorgeant de plantes aquatiques et peuplé de poissons, pots à collyre, ampoules, vases à fleurs, amulettes, perles rondes ou longues pour colliers et bracelets, anneaux simples, bagues à chaton.

Beaucoup ne sont que des rebuts ou des fragments frustes : on se demande, à les voir si merveilleux, ce que devaient être les pièces parfaites dans leur fraîche nouveauté... »

« Les fragments de plafonds qui gisaient épars dans les décombres et les soubassements de murailles encore en place, gardent les traces de peintures claires et gaies, du type de celles que nous admirons dans les tombeaux et dans les temples. Des vautours aux ailes éployées planent aux plafonds, ainsi que des vols d’oies ou de canards emprisonnés dans des cadres de lignes ondées ou

de spirales multicolores. Des figures de femmes dansaient sur les murs, et les pavements semblaient, comme aux palais d’EI Amarna, des bassins ou des marais avec leurs fourrés de plantes aquatiques où les bœufs paissent; des poissons se poursuivent sous les eaux, des oiseaux jouent entre les lotus, et des captifs liés dans des postures contraintes s’alignent en bordure sur les rives. »

Dans les tombeaux de la nécropole, nous trouverons une image très satisfaisante de ces beaux décors, dont les palais ne livrent que d’insuffisants vestiges. Les plafonds présentent une disposition bien caractéristique. On a peint généralement de larges bandes qui doivent imiter des poutres de bois entre lesquelles on a tendu des étoffes ou des nattes. La variété des motifs nous apporte un témoignage précieux sur l’habileté des ouvriers d’art qui fabriquaient ces vé- | lums. Ce sont les mêmes dessins qui apparaissent aux parois des cabines, aux voiles des bateaux (fig. 105).

Au tombeau de Neferhotep (n° 49), on trouvera de jolies combinaisons de rosaces, de spirales, de lotus, de palmettes (fig. 104). Tout près est un envol d'oiseau. Les guirlandes de fleurs qui, fréquemment, ornent la partie supérieure des murs, montrent une entente décorative qu’envieraient bien des modernes. On sera frappé de l’heureuse variété des motifs, bien que lèurs éléments constitutifs soient relativement peu nombreux ; les fleurs de lotus, les grenades, les grappes de raisins reviennent constamment mais sans monotonie. On peut s’imaginer l’aspect gai et riant que devaient présenter les salles d’un palais décoré suivant ces principes. |

Les constructions; faites de briques et de bois principalement, s’élevaient dans de beaux jardins agrémentés de kiosques et de pièces d’eau. À proximité des ruines de ce palais d’Aménophis III, on voit encore, dessinées nettement sur le sol, les limites d’un bassin rectangulaire qu’un canal mettait en communication avec le Nil. On a voulu y reconnaître le bassin de plaisance, né peut-

FiG. 104. (D’après Prisse d’Avennes.) TOMBEAU DE NEFERHOTEP. Plafond.

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