LA REINE CONDUITE PAR ISIS
apportaient aux dieux à la suite des opérations militaires, comme nous l’avons vu dans les tableaux de Karnak. À côté de la porte Nord de la salle hypostyle, Sethi I°" présente à Amon le butin fait chez les Bédouins Shasou et chez les Syriens. Ce sont des vases richement décorés, aux formes parfois étranges et compliquées. Il serait dangereux de soutenir qu'il s’agit des produits de l’industrie des vaincus. C’est possible, dans certains cas bien déterminés ; mais la plupart du temps, les matières premières seules venaient de l’étranger et les vases étaient faits par les artisans égyptiens « suivant le désir du cœur de Sa Majesté ». Nous n’interpréterons pas autrement la scène qui se trouve à l’entrée des trésors de Ramsès III, à Medinet Habou.
Nous retrouvons la plupart de ces offrandes disposées dans le sanctuaire même, autour de la barque sacrée. Qu’on regarde attentivement les représentations de la salle hypostyle de Karnak ; devant et derrière le socle sur lequel repose la barque, on verra, sur des tables, les vases en forme de croix de vie avec leur couvercle à tête de faucon, et les statuettes du roi tenant l’encensoir ou présentant des bouquets. Signalons encore de curieux bâtons surmontés de têtes diverses, insignes religieux probablement portés dans les processions.
On ne manquera pas de remarquer d’ailleurs la grande analogie qui existe entre le mobilier offert par le roi et les objets précieux qu’apportent les tributaires. I] serait malaisé de faire dans chaque cas, la distinction nette de ce qui est de production étrangère et ce qui sort des ateliers d'Egypte.
Signalons quelques cas particulièrement intéressants. Chez Rekhmara, il est évident qu’un certain nombre des vases apportés par les Keftiou sont d’un modèle inconnu dans les arts égyptiens ; au contraire, on les retrouve parmi les objets sortis des fouilles de Crète. On notera spécialement les vases en forme de cornet, les rhytons copiant des têtes de griffons, de lions, etc. L'introduction de tels objets en Egypte a certainement pu influencer le développement de l’art industriel.
Au tombeau de Houy (n° 40), les Ethiopiens et les Soudanais présentent a Toutankhamon des sièges, des tabourets, des pliants, des chars, de style égyptien. On pourrait prétendre qu’ils ont été fabriqués dans les régions du Haut-Nil sous l’influence égyptienne, mais n’est-il pas plus vraisemblable de croire qu’on les a exécutés en Egypte même en se servant de l’ébène, de l’ivoire, de l’or et de l’argent apportés par les tributaires ? En tout cas, on n’hésitera pas à admettre cette dernière hypothèse lorsqu'il s’agit d’un plateau posé sur une base incrustée d’or et sur lequel est représenté tout un petit paysage dont les arbres, les animaux et les personnages sont exécutés en métal précieux. Les attitudes données aux nègres montrent leur soumission au roi d'Egypte. Cette pièce d’apparat n’a certainement pas été saisie au cours d’expéditions ou de razzias au Soudan.
Thanount était un général fameux. Dans son tombeau (n° 76) on voit encore une partie des objets précieux qu’il avait présentés à son maître (fig. 107).
TOMBEAU DE SETHI Ier
(Phot. Gaddis.)
LE PRÈTRE ANMOUTEF.
Remarquons particulièrement un vase élégant aux anses terminées par des têtes de gazelle et au milieu duquel s’élève un riche bouquet. Au registre supérieur, un glaive incurvé est semblable à celui qu’Amon présente au roi pour abattre les prisonniers ; sur la lame est incrustée l’image d’un cobra : c’est la
FIG. III. (Phot. Gaddis.) TOMBEAU DE NEFERTARI. Le prêtre Anmoutef.
déesse terrible qui poursuit de ses morsures fatales les ennemis de Pharaon.
Nous avons passé de la sorte et presque sans nous en apercevoir, du mobilier divin au mobilier royal ; de fait, 11 n’y a pas entre les deux de différence d’espèce bien tranchée. Nous savons que le dieu vit dans son temple comme le roi dans son palais, et le temple lui-même n’est autre chose qu’une réplique, faite pour durer éternellement, du palais éphémère où réside le pharaon. Aux réceptions, celui-ci apparaît à ses sujets et aux étrangers admis en sa présence dans un cadre d’une richesse inouïe. Le trône est placé sous un baldaquin dont les colonnes sont incrus-
tées de matières précieuses et la corniche faite d’or et d’émail, comme on le voit au tombeau de Houy (n° 40). Nous avons étudié précédemment le symbolisme de la décoration des sièges royaux chez Sourer (n° 48), chez Kaemhat (n° 57). Le trône, d’une forme élégante, avec ses pieds travaillés en pattes de lion, montre, sur ses panneaux latéraux, le roi sous la forme
d’un griffon abattant ses ennemis.