‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 7 sur 137 · CHAPITRE I. LE CHARME DE KARNAK · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. LE CHARME DE KARNAK

lader le grand pylône d'entrée et attendre la tombée du soir. Le spectacle est saisissant : le soleil qui descend à l’horizon incendie le ciel et le Nil, et, tandis que la montagne thébaine se marbre de pourpre et de violet, l'ombre monte dans les ruines ; toute la partie inférieure du temple est déjà noyée dans l'obscurité alors que le sommet des murs, les chapiteaux des grandes colonnes reçoivent encore les rayons de l’astre qui | décline. Et cependant l’impression n’est pas encore totale. Après avoir vu Karnak le jour, à l’ardente lumière du soleil, 1l faut, si le temps est favorable. y retourner la nuit et contempler le monument au clair de lune. Le visiteur favorisé par la chance sera le témoin furtif d’une scène bizarre. Près du temple de Khonsou, l’immobilité parfaite de l’air est troublée par un bruit étrange, sorte de respiration haletante de bête traquée ; non loin de la porte ptolémaïque, groupés devant leurs habitations, les Arabes célèbrent le « Zikr ». Voici comment le décrit un voyageur qui a pu l’observer de près : « Nous étions devant une trentaine de croyants assis en rond, appuyés sur le plat de leurs cuisses. Au milieu du cercle se tenait le cheickh. Il disait : « Allah! Al-lah! » s’accompagnant d’un battement rythmé des mains. Et tous, balançant gravement la tête, d’avant en arrière et d’arrière en avant, battaient des mains en mesure et disaient avec lui : « Allah! Al-lah! » Petit à petit le grondement devint tumultueux, l’invocation se précipita par saccades, les balancements s’accélérèrent. Bientôt le cri « Allah! » sortit des poitrines angoissées en hoquets, en hurlements de ,chacal blessé. Le mouvement devint frénétique, échevelé, bestial, irrésistible. Enfin, l’un d’entre eux, pris de spasmes et de convulsions, tomba à terre. Il tressaillait comme une grenouille galvanisée. Tous alors de se jeter sur lui, de le saisir, de le masser, de le frictionner. On eut raison de ses contorsions et de ses emportements. Le « Zikr » était fini. Il avait duré un quart d’heure. Mais on le pousse quelquefois jusque passé minuit (2). » Le rite se célèbre ordinairement quand la lune brille ; il y a quelque chose de particulièrement étrange à le retrouver là, au seuil du temple de Khonsou, le dieu lunaire.

FIG ErT: (Phot. J. Capart.) KARNAK.

Pierres du pylône de Ramsès Ier.

C’est par une nuit semblable qu’il faut pénétrer dans le grand temple d’Amon. L’impression est toute différente de celle que l’on éprouve pendant le jour. On croit que les ombres nocturnes grandissent les constructions et que celles-ci n’ont pas en réalité ces proportions colossales. Au bout d’un certain temps l’on s’aperçoit que ce n’est pas une illusion et qu’il fallait la lumière atténuée du clair de lune pour permettre de comprendre les dimensions réelles de l’édifice : c’est pendant le jour que l’on n’avait pu ni les saisir ni les mesurer d’une manière exacte. Il faut aller directement aux pieds des obélisques, se hisser sur la base du monolithe d’Hatshepsout et étendre les bras pour essayer de toucher en même temps les deux arêtes. On éprouve un véritable choc en s’apercevant que la chose est impossible et que l’obélisque, de près de 30 mètres de haut, paraît plonger dans l’infini du ciel étoilé. L’émotion est indicible ; tandis qu’on parcourt le champ de ruines, l’obsession augmente et l’on s’en va en murmurant: « Quels étaient donc ces hommes qui construisaient de tels monuments ? »

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