EN GRANIT
(Phot. V. de Mestral-Combremont.)
lourdes colonnes, se reporte sur les délicats granits de Thoutmès III (fig. 129), que Ramsès II a remployés à la façade du reposoir adossé au grand pylône. La comparaison est frappante. Comment les architectes de Ramsès IT n’ont-ils pas été sensibles à la beauté de ces modèles ? Leur excuse serait peut-être que le maître imposait des tâches démesurées.
Ce sont les mêmes colonnes atrophiées qu’on trouve aux grandes salles hypostyles de Karnak et du Ramesseum. Dans la partie centrale, le chapiteau montre les ombelles complètement épanouies, tandis que dans les travées latérales les colonnes sont à chapiteau fermé.
Ces immenses salles s’éclairaient par des fenêtres disposées dans l’intervalle qui sépare le plafond de la partie centrale de celui des ailes (fig. 130). On n’a pas toujours prêté attention à ce dispositif. Il montre que les architectes égyptiens avaient conçu la coupe basilicale qui devait avoir, dans l’histoire de l’architecture humaine, un développement si considérable. Comme à Louxor, la salle hypostyle de Karnak est inondée de lumière, et nous ne pouvons nous faire qu’une idée très imparfaite de l’aspect qu’elle présentait lorsque toutes les dalles du plafond étaient encore en place. On imagine difficilement le dôme de Milan privé de ses voûtes ; nos plus célèbres cathédrales (on en a fait à Reims la triste expérience) perdraient une notable partie de leurs beautés si on les ouvrait par le haut. Au Ramesseum, une partie du plafond subsiste, et lorsqu'on circule sous ces énormes dalles décorées d’étoiles et de grandes figures de vautours aux ailes éployées on retrouve, en partie, l’impression que ces monuments devaient produire autrefois (fig. 132).
À propos des salles hypostyles, il peut être utile d’attirer l'attention sur une erreur souvent répétée. La grande colonnade qui unit à Louxor la cour d’Aménophis IIT à celle de Ramsès II, a été considérée comme l’ébauche d’une salle hypostyle dont on aurait renoncé à construire les ailes. Le plan architectural : d’Aménophis III est bien clair. Il suffit de comparer Louxor avec le temple des pyramides à l'empire memphite, pour constater qu’il est de règle d’avoir dans la partie antérieure de l’édifice une salle longue débouchant sur la cour à portiques.
Un des monuments les plus curieux que l’on puisse étudier à Thèbes est la construction appelée souvent le « pavillon royal » de Medinet Habou. Elle forme l’entrée principale de l’enceinte du grand temple de Ramsès III. Pour l’apprécier à sa juste valeur, il faudrait faire abstraction de toutes les ruines qui se trouvent vers le Nord et qui ne sont qu’un développement d’époque ‘postérieure.
Le soi-disant pavillon est une poterne gigantesque à laquelle on a donné la forme d’un monument d’architecture militaire. Elle ressemble singulièrement à ces forteresses cananéennes et syriennes figurées sur les reliefs. Il est difficile de décider si nous avons affaire à un motif d’architecture étrangère transporté
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