CHAPITRE XII. LES GRANDS ARCHITECTES
l’ensemble, complété par les murs d’entre-colonnement à la partie inférieure, ait formé ainsi un petit kiosque. On se représente très bien un vélum tendu, ésrours de fête, entre les architraves pour ombrager la porte du temple. À Medinet Habou, devant le pylône ptolémaïque du petit temple, il y a également deux remarquables colonnes florales auxquelles il est malaisé de découvrir une fonction architecturale (fig.
137). On se demande s’il ne faut pas les considérer comme des socles de statues. Dans le grand bateau Ouserhat, il y a devant le tabernacle des obélisques, des mâts et des colonnes florales surmontés de figures divines.
Nous venons de toucher ici =
à une des questions les plus Fic. 137. (D’après A. Mariette.) MEDINET HaBou.
intéressantes de l'architecture LES SRQUES QUI égyptienne : la traduction en pierre de formes qui doivent leur origine à emploi de matériaux fragiles. Lorsqu'il fallait construire pour les dieux « des temples de millions d’années », lorsqu’on cherchait à mettre à la disposition des rois et des grands personnages défunts des « maisons d’éternité », ce qui préoccupait avant tout les constructeurs c'était la solidité de leur œuvre ; mais d’autre part, il était non moins important de donner aux dieux comme aux défunts illustres, l'illusion qu’ils continuaient à jouir des palais et des habitations luxueuses qui répondaient au goût du temps. En d’autres termes, il ne fallait pas créer une architecture spéciale pour les morts. Le temple comme le tombeau ne devait être que la réplique de l’architecture des vivants. Les « vrais » palais et les « vraies » maisons étaient faits de briques, de bois ; la pierre y jouait un rôle accessoire. On bâtissait à peine pour la durée d’une génération et l'Orient n’a pas encore abandonné la coutume de laisser tomber en ruine les palais, désertés dès le lendemain de la mort des princes qui les ont fait bâtir. De là, dérive la nécessité de rester fidèle, le plus possible, dans les constructions de pierre, aux formes de l’architecture éphémère ; mais cette traduction
ne se fera pas sans apporter des perturbations profondes dans l’économie générale des édifices. Une longue poutre de bon bois du Liban peut aisément avoir une portée de plusieurs mètres sans appui intermédiaire. Copiée dans la pierre à la même longueur, cette poutre se briserait au milieu par son propre poids. I1 faudra diminuer l’espace à couvrir, augmenter l'épaisseur des murs qui soutiennent les extrémités. Pour soulager l’effort de la poutre en bois, il suffira d’un soutien de faible diamètre ; la poutre de pierre exigera d’épais-
ail Jr. CRU FA ses colonnes. À la salle
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= 60,000 kilogrammes
pour les architraves du centre et 45,000 dans les travées latérales, les colonnes prennent une telle largeur et se rapprochent tellement les unes des autres qu’on en éprouve une impression d’écrasement.
Croit-on que les salles d’apparat du palais royal n’aient pas été plus dégagées d’aspect?
Le même problème s’est posé lorsque les architectes ont voulu copier en pierre les voûtes de briques que nous connaissons déjà dans les monuments des premières dynasties. Pour terminer en voûte une salle d’un temple construit en pierre, on s’y prenait de la manière suivante : on élevait, sur les deux murs latéraux, plusieurs rangées de pierres en encorbellement, dans lesquelles on découpait le profil de la voûte. Parfois, comme au sanctuaire d’Anubis, à Deir el Bahari, à la terrasse intermédiaire, ou à la chapelle de Thoutmès Ier, au Nord du petit temple solaire, on a obtenu des voûtes en arc brisé. À la chapelle des offrandes, au Sud de la terrasse supérieure du même temple, la fausse voûte copie un cintre à peu près parfait, et comme ici le plafond est éventré, on peut voir clairement comment les pierres avaient été disposées. Pour trouver une véritable voûte à claveaux, il faut aller à Medinet Habou dans la chapelle d’Aménardis, une des divines adoratrices d’Amon. Cette voûte date de 680 avant Jésus-Christ ; cependant, on peut voir dans les restes des
FIG. 138. (Phot. Gaddis.) TOMBEAU DE MENNA. Niche à statues.