‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 82 sur 137 · CHAPITRE XII. LES GRANDS ARCHITECTES · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII. LES GRANDS ARCHITECTES

magasins du Ramesseum d’admirables cintres qui prouvent que les architectes connaissaient parfaitement la manière de faire des voûtes de briques de courbures variées, plusieurs siècles auparavant. Ce qui n’empêchera pas que, pendant longtemps encore, les manuels feront gloire aux Etrusques de l’invention des voûtes.

Cette architecture qui mettait en œuvre des matériaux moins durables que la pierre ne nous est évidemment connue par aucun spécimen en nature. Il faut aller voir certains villages arabes, désertés depuis quelques années seulement, pour constater avec quelle rapidité les briques séchées au soleil retournent à rerre. Le bois’ est rare dans la vallée du Nil, on n’abandonne volontiers aucun fragment et lorsqu'une habitation tombe en ruine, les voisins ont vite fait d’en extraire tout ce qui peut être remployé. Nous n’aurions aucune 1dée des formes de l’habitation des vivants si nous n’avions les documents de « l’architecture figurée ». Déjà nous en avons utilisé quelques-uns dans le chapitre précédent. L’un ou l’autre mérite de nous retenir encore quelques instants.

Dans plusieurs tombes, des encadrements de porte ou des entrées de niche montrent, sculptés dans la pierre ou simplement peints, des assemblages de bois décorés de motifs ajourés comparables à ces délicates menuiseries des moucharabiehs qui sont malheureusement en train de disparaître de l'Egypte moderne. On peut en voir par exemple chez Amenembhat (n° 82), chez Pouymre (n° 39), chez Menna (n° 69) (fig. 138).

On aimerait sans aucun doute à connaître le nom des créateurs de ces grands monuments qui, malgré les réserves que nous venons de faire, excitent à juste titre notre admiration. En théorie, ce sont les rois qui les ont construits, et dans leurs inscriptions ils ne se font pas faute de répéter sur chaque colonne, sur chaque architrave qu’ils ont « fait ce monument pour leur père Amon ». Mais

FIG. 139. (Dessin de Percy Brown.) DEIR EL BAHARI. L’œuvre de Senmout.

il est clair qu’ils donnaient l’ordre de bâtir, se bornant à procurer aux «chefs de tous les travaux du roi » les richesses nécessaires et la main-d'œuvre indispensable.

Pouymre a travaillé comme architecte pour Hatshepsout et Thoutmès IIT ; Thoutiy (tombe n° 11) est le décorateur de Deir el Bahari. Nous savons qu’il y avait fait un magnifique tabernacle d’ébène dont une porte et un des panneaux se trouvent au musée du Caire. Senmout (tombe n° 71) a été l’homme de confiance de la reine Hatshepsout. Sur un des murs du temple de Deir el Bahari, au tableau final de l’expédition de Pount (mur Nord) la reine est représentée sur son trône richement décoré. Devant elle s’avancent trois personnages dans une attitude respectueuse mais dont les figures ont été soigneusement effacées. On a réussi à lire encore la majeure partie des inscriptions qui donnaient leurs titres et leurs noms. Le premier était le chef de l’expédition à Pount, le second Senmout ; on a supposé que le troisième était Thoutiy. L’acharnement mis à faire disparaître le souvenir de ces personnages est une preuve évidente de leur attachement à la grande reine, ainsi que nous le verrons dans le chapitre suivant.

Senmout était un de ces hommes qui connaissaient tous les rouages de cette magnifique organisation, dont Petrie nous parlait à propos des obélisques d’Hatshepsout et qui réussissaient à faire travailler d’une façon parfaitement coordonnée, à une seule tâche, des centaines d’ouvriers habiles et compétents. On voit combien nous sommes loin de la légende du fouet et du bâton qui auraient construit les pyramides. La force brutale et d'innombrables esclaves seraient peut-être une explication pour la construction de murs cyclopéens ou d’un amoncellement de blocs de pierres sur la sépulture d’un chef barbare. Les chefs-d’œuvre de l'architecture égyptienne ne peuvent se comprendre que par le développement de la richesse et des arts dans l’ancienne Egypte et par le sentiment profond qui animait les rois, les grands et le peuple tout entier à l'égard des puissantes divinités de la vallée du Nil.

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