XIII. LE SOUFFLE DES RÉVOLUTIONS
nIHÈBES, nous l’avons vu, a brillé d’un vif éclat au Moyen Empire ; néanmoins, parmi ses monuments, on ne retrouve que peu de | traces des constructions des rois de cette époque. Le grand temple | des Mentouhotep, à Deir el Bahari, est dans un tel état de détérioration qu’il a été malaisé d’en reconstituer le plan.
On sait par l’histoire que le premier empire thébain se termine à l’invasion des Hyksos ou rois pasteurs. Un des rares passages conservés de Manéthon décrit l'invasion des étrangers : « Sous le roi Toutimaios, la divinité, je ne sais pour quelle raison, nous était hostile ; alors, contre toute attente, des peuples des pays de l’Est et d’origine abjecte osèrent pénétrer dans l’Egypte et s’en emparèrent facilement et sans combat. Ils maïîtrisèrent ses chefs, incendièrent cruellement les villes, détruisirent les temples des dieux... » Bientôt cependant, conquis par la civilisation supérieure de la vallée du Nil, les envahisseurs en acceptèrent les usages et les institutions, et construisirent même des temples dans le Delta. La Haute-Egypte semble être restée un foyer de résistance pendant la plus grande partie de leur domination, et c’est là que se prépara la guerre d’indépendance. Un des premiers soins des princes du Nouvel Empire fut de relever les ruines que plusieurs inscriptions attribuent aux Hyksos.
Il est utile de rappeler ces faits pour montrer que, contrairement à une opinion courante, l’histoire égyptienne ne s’est pas déroulée pendant des siècles sans convulsions, sans catastrophes. La fin de chacune des grandes périodes, l’Ancien, le Moyen, le Nouvel Empire, se détermine précisément par ces révolutions, ces invasions étrangères, ces guerres toujours renouvelées. Il faut des siècles de réédification lente et difficile avant que l’Egypte reprenne sa splendeur passée.
Il est possible de retrouver, sur les monuments de Thèbes, la trace du souffle des révolutions. Les murs des temples, les parois des tombeaux, ont gardé d’innombrables témoignages de ces périodes tourmentées.
À plusieurs reprises déjà nous avons constaté les mutilations intentionnelles des reliefs d’Hatshepsout. Le temple funéraire élevé par la reine à Deir el Bahari était sculpté dans un style merveilleux ; avec un incroyable acharnement,
ons'est attache:
mutiler cette œuvre.
Cela seul suffirait à prouver combien «laventure » d’Hatshepsout fut extraordinaire. Les altérations des reliefs et des inscriptions ont tellement embrouillé le problème de ceque l’on appelle « la succession des Thoutmès », qu'il est probable qu’on ne saura jamais d’une manière précise comment les souverains se sont succédé sur le trône pendant un certain nombre d’années.
Il nous suffit de FIG. 140. (Phot. Gaddis.) DEIR EL BAHARI. Sanctuaire d’'Hathor. retenir qu’à un Mmo-
Figures royales martelées. rs donné, probablement à la mort de la reine, on a cherché à faire disparaître le plus complètement possible le souvenir de celle qui, dès lors, était considérée comme une usurpatrice. Les cartouches royaux sont l’objet d’une attention particulière ; on les truque avec une maëstria incomparable. Une expérience, souvent mise à l’épreuve, est nécessaire pour s’apercevoir des modifications apportées.
Les exemples de mutilations sont particulièrement frappants lorsqu'il s’agit de portions du temple dont l’architecture est à peu près intacte. Allons pour commencer au sanctuaire d’Anubis, à la terrasse intermédiaire. Au fond de la première chambre, à la partie supérieure entre les deux chacals, tout le protocole d’Hatshepsout a été enlevé (fig. 142). À l’extrémité de la seconde chambre tournée vers le Nord, on voit Anubis et Hathor; entre les deux se trouvait autrefois la reine, dont l’image a été soigneusement effacée. Sur les parois latérales, les figures divines n’ont pas subi de mutilations tandis que la reine présentant des offrandes a complètement disparu ; cependant les faibles traces relevées dans les cartouches prouvent que c’est bien elle qui était représentée.
Dans la petite chapelle de Thoutmès Ier, au Nord de la cour du temple solaire, le grand tableau principal au mur du fond, montrait Hatshepsout suivie de