CHAPITRE XII. LE SOUFFLE DES RÉVOLUTIONS
Thoutmès Ie" devant le sanctuaire d’Anubis (fig. 143). La figure de la reine a été complètement détruite. Il en est de même pour son nom qui était au centre du panneau supérieur, entre deux figures de chacals, qu’on a soigneusement fait disparaître, mais pour une raison autre et que nous indiquerons plus loin. La petite niche qui s’ouvre à gauche renferme un des tableaux les mieux conservés du temple : Thoutmès It" et sa mère Senseneb consacrent des offrandes ; en face, il y avait Hatshepsout et sa mère Ahmès, mais il ne reste rien de la figure de la reine. Le martelage n’est pas l’œuvre d’un fanatisme aveugle, mais le résultat d’une volonté déterminée ; ceux qui l’ont fait savaient exactement ce qu'ils voulaient.
Cependant, le travail a été exécuté avec une telle hâte que des figures ont échappé dans des recoins particulièrement obscurs. Au temple d’Hathor creusé dans la montagne, au Sud de la terrasse intermédiaire, le sanctuaire est composé de plusieurs salles en enfilade et de plus en plus sombres. Sur les deux murs de la première, on voit la barque sacrée de la vache Hathor (fig. 140). Sous l’encolure de la bête, on avait représenté la reine, et, sous le pis de la vache, on pouvait la voir encore en train de boire le lait de sa divine nourrice. Les auteurs des martelages ont réussi à faire disparaître les images royales sans mutiler l'animal. Dans les cartouches, on a respecté le premier signe, qui est le disque solaire, mais les deux suivants ont été effacés. Au sanctuaire intérieur (fig. 141), on s’est borné à la mutilation des cartouches, mais pour plusieurs d’entre eux 1l n’est pas impossible de retrouver le second et le troisième hiéroglyphe : une figure de la déesse de la vérité, et le signe des deux bras levés.
Quant à la reine, elle est, cette fois, conservée intacte.
On remarquera en bien des endroits, que les frises qui décorent la partie supérieure des mu-
$ sf ; FIG. 141. (Phot. Gaddis.) DEIR EL BAHARI. railles ont été l’objet La reine allaitée par la vache Hathor.
d’une étrange mutilation ; on y voit des serpents, dressés chacun à l’intérieur du signe des deux bras levés qui signifie l’âme ou l'esprit de la reine : c’est
pourquoi on l’a gratté.
La grande porte de granit de la terrasse supérieure (fig. 144) nous permet également de surprendre, non plus seulement des mutilations, mais des falsi-
FIG. 142. (Phot. V. de Mestral-Combremont.) DEIR EL BAHARI. Chapelle d’Anubis.
fications ; à la partie supérieure, plane le disque ailé. Au-dessous trois croix de vie marquent le point de départ d’inscriptions qui doivent se lire les unes vers la droite et les autres vers la.
gauche. À droite, il y avait le protocole de Thoutmès III, à gauche, celui d’Hatshepsout.
Que l’on compare les deux car-
touches de la ligne médiane, composés d’un disque solaire, d’un damier avec ses pions et d’un scarabée, ce qui est le prénom de Thoutmès III, et l’on verra facilement, à gauche, que les derniers signes sont gravés sur un martelage. Primitivement il y avait là le prénom d’Hatshepsout. Ce qui suivait le cartouche est l’expression : « aimé:
d’Amon », à droite, et « aimée
. d’Amon », à gauche. Quand on a
substitué le prénom de Thoutmès III à celui d’Hatshepsout,
on a oublié d'effacer le petit demi-cercle qui est le signe du
féminin. Sur les montants de la porte, tout le protocole originaire était d’Hatshepsout. Après les cartouches on lit, en effet :
« Elle l’a fait comme le monu-
ment d’Elle, au père d’Elle » (le pronom suffixe de la troisième personne féminin est le bâtonnet avec deux boules à la partie centrale). Notons, pour ne pas y revenir, que les mutilations profondes dans lesquelles on a regravé des signes du nom d’Amon sont l’effet d’une persécution spéciale sous Aménophis IV.