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CHAPITRE XII. LE SOUFFLE DES RÉVOLUTIONS

de la besogne. Dans le joli panneau de la chapelle de Thoutmès Ier, à Deir el Bahari, on a gratté plus ou moins soigneusement l’hiéroglyphe du vautour dans la titulature de la reine Senseneb; ici cependant, l’oiseau signifiait « mère » et non pas « déesse Mout ».

Au tombeau de Menna (n° 69), le nom du personnage est souvent mutilé dans les inscriptions; c’est que les premiers signes servant à l'écrire sont les mêmes que les deux derniers d’Amon (fig. 148). Au temple de Louxor, sur les colonnes et sur les architraves de l’hypostyle et de la grande cour d’Aménophis III, il est facile de voir que la première moitié du nom royal, Amon, a été effacée puis restaurée. Les inscriptions du Saint des Saints, au fond du temple, en offrent aussi des exemples.

Mais ces destructions n’ont pas tué Amon; lorsque Aménophis IV, après dix-sept ans de règne, vient à mourir, il ne se passe plus longtemps avant qu'un de ses gendres, Toutankhamon, revienne à Thèbes et rende au dieu persécuté tous ses droits et prérogatives, et bientôt, la bieéeminence. On

statues, on restaure celles qui n'étaient pas complètement

mence à refaire les bas-reliefs et à rétablir les noms. Le

nak est démoli et ses matériaux remployés par Horemheb dans

" FIG. 147. (Phot. Gaddis) KARNAK.

les Ixe et x° pylônes. Pyramidion de l’obélisque d’Hatshepsout.

Par une réaction bien naturelle, on proscrit les images du roi hérétique. Ainsi dans la cour de la tombe de Ramose (n° 55), à droite de la porte qui conduit aux chambres intérieures, on avait commencé une grande scène montrant au balcon du palais Aménophis IV et la reine Nefertiti distribuant des cadeaux (fig. 149). Les martelages ont été si exacts que les silhouettes du roi et de la reine restent caractéristiques. On s’est trouvé embarrassé au sujet de l’image du dieu solaire. Aten, suivant la doctrine d’Aménophis IV, était repré-

senté déversant ses

rayons lumineux figurés partdes lignes qui s’étalent en éventail efise terminent par des mains. Celles-ci se dirigent vers les offrandes pour les saisir et elles pré-

sentent au roi et à

son épouses:

signes de vie. On 7. n’a pas osé mutiler —# le disque. Quelques coups de marteau adroitement placés ont « coupé la communication » entre celui-ci et les mains. On a gratté soigneusement les noms d’Aten inscrits dans des cartouches, comme on peut le voir également au tombeau de Parennefer (n° 188).

L’œuvre de restauration dura longtemps ; la salle nl de Louxor a des inscriptions qui affirment que Seth1 I°"' s’en occupait encore. Ramsès II poursuit le travail, mais il le fait avec une hâte et une négligence presque choquantes. Aux beaux portiques de Deir el Bahari, on s’habitue bien vite à retrouver les hiéroglyphes profondément gravés et de mauvais style de la phrase : « Ramsès IT a renouvelé le monument de son père Amon.» En bien des endroits, il s’est contenté de faire graver à tort et à travers le nom d’Amon-Ra.

Nous venons de voir que des blocs provenant d’un édifice détruit étaient remployés dans des constructions nouvelles et nous aurons à revenir sur ce point. Il est plus étrange de constater la manière dont certains rois ont usurpé les monuments de leurs prédécesseurs. Il ne s’agit pas d’une persécution systématique de la mémoire de tel ou tel roi, mais d’une véritable expropriation qui permet, par exemple à Ramsès II, de faire aisément preuve de faste et de générosité.

FIG. 148. (Phot. Gaddis.) TOMBEAU DE MENNA. Scène d’adoration.

FIG. 149. (Phot. Gaddis.) TOMBEAU DE RAMOSE. MUTILATION DES FIGURES ROYALES.

À Louxor, nous connaissons déjà les grandes statues de granit qui portent clairement les noms de Ramsès II et de son fils Meneptah (fig. 150). Si l’on compare les têtes les mieux conservées de ces soi-disant Ramsès avec l’Aménophis III du groupe colossal reconstitué dans l’atrium du musée du Caire, on en vient à se demander si les statues n'étaient pas l’œuvre du constructeur du temple. Il semble qu’on puisse en faire la preuve, grâce à un petit détail. II a échappé à l’usurpateur qui a trop compté sur la conscience professionnelle des ouvriers chargés de modifier les inscriptions. Au colosse assis, à gauche de la grande colonnade, il y a une petite figure de reine appuyée au siège royal. Les hiéroglyphes qui se trouvent gravés à côté donnent sa titulature et son nom. Les deux derniers signes sont une formule qui signifie « vivante ». Quand il a effacé l'inscription originale, l’ouvrier, obéissant à la loi du moindre effort, n’a pas fait disparaître cette formule. Il s’est contenté de graver profondément les titres et les noms de Nefertari, femme de Ramsès II. À Karnak, à la face Nord du x° pylône, se dressent deux colosses qui sont censés représenter également Ramsès IT et sa royale épouse Nefertari. Les signes de l’inscription de la reine sont profondément gravés, à l’exception des deux derniers qui répètent la formule « vivante ». Un argument de plus vient nous éclairer sur la substitution : c’est au pied d’un de ces colosses que Legrain a déterré deux statues d’Amenhotep, fils de Hapi. La présence du grand ministre d’Aménophis III n’est justifiée qu’à côté de l’image de son maître.

À la face Nord du vire pylône, les statues ont appartenu pour la plupart à des rois de la x1I° dynastie, bien qu’elles portent les noms de Ramsès II et de Meneptah (fig. 151).

Nous nous sommes occupés Jusqu'ici surtout des destructions provoquées par des luttes intérieures. Pendant toute la durée du Nouvel Empire, Thèbes semble avoir été à l’abri des coups des envahisseurs étrangers. Mais déjà sous la xxve dynastie, les Assyriens s’en emparent et la pillent. Au temple de Mout, une inscription de Mentouemhet raconte comment ce prince thébain a réparé les dégâts infligés aux édifices et aux statues divines. À l’époque ptolémaïque, la Thébaïde se révolte plusieurs fois ; Thèbes n’est réduite qu’après trois années de siège.

Nous avons indiqué déjà comment des monuments entiers avaient disparu, exploités comme de véritables carrières. Le temple colossal d’Aménophis III sur la rive gauche, a été ainsi détruit de bonne heure. La grande stèle sur laquelle était gravée l’inscription dédicatoire a été retrouvée dans les fondations du temple funéraire de Meneptah, où l’on avait utilisé sa face non inscrite pour y graver un hymne triomphal en l’honneur de ce dernier roi. Aurait-on enlevé cette stèle d’un temple intact? C’est peu probable ; le monument d’Aménophis IIT n’était donc plus qu’une ruine à l’époque de la xIx° dynastie.

On ne se faisait aucun scrupule de se servir des blocs arrachés à un monument

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