LOUXOR. COLOSSE D USURPÉ PAR RAMSES II
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pour en construire un nouveau; on se contentait de tourner vers l’intérieur des murailles les faces gravées. Les destructions modernes font souvent reparaître au cœur de la maçonnerie des fragments parfois précieux de reliefs ou d’inscriptions. On aura l’occasion d’en voir des exemples à Karnak dans la chambre au Sud du sanctuaire des barques, à Medinet Habou dans les développements du petit temple. Il paraît même qu’on a retrouvé, à Medinet Habou, des blocs qui auraient servi successivement aux temples funéraires de Sethi I‘, de Ramsès II et de Ramsès III.
Quant à la destruction des colosses et des obélisques, l’on s’étonne parfois des difficultés qu’il a fallu surmonter pour débiter ces masses de pierre. Au cours de ses déblaiements de Karnak, Legrain a pu étudier un cas particulièrement instructif qui remonte encore à l’époque pharaonique. Voici comment 1l décrit ses recherches à la face Sud du vrr* pylône : « Le 19 octobre (1902), on mettait à jour de grands blocs de granit rose portant de fort beaux hiéroglyphes. Nous vimes plus tard qu’ils provenaient d’un obélisque de grandes dimensions tombé de l'Est à l'Ouest. Ses faces ne portaient qu’une seule ligne verticale de texte au nom de Thoutmôsis III. Les blocs étaient énormes. L’un d’eux, entre autres, mesurait 995 X IM44 X 063, soit 9302664. Tous étaient rangés parallèlement au mur du pylône ou peu s’en faut, comme s'ils avaient été mis en chantier ; et c’était précisément un chantier que nous venions de mettre à jour. Le bloc dont nous donnons plus haut les dimensions, provenait d’une partie de l’obélisque qui avait été débitée selon les procédés antiques dont nous trouvons tant de traces à Assouan. Les ouvriers avaient retrouvé le lit de carrière du bloc et creusé des encoches dans lesquelles des coins de bois avaient été introduits puis mouillés ; j’ai lu que ceci suffit pour faire éclater le granit. Je pense, quant à moi, qu’on employait parfois aussi les coins métalliques. Je tiens surtout à signaler l’existence de ce chantier en plein temple d’Amon. À mon avis, nous n’avons pas affaire ici à ces fabricants de meules . dont les traces sont malheureusement trop nombreuses à Karnak. Ceux-là sont d'époque chrétienne ou arabe et emploient traditionnellement les procédés antiques. Mais là, devant le vrr* pylône, nous rencontrons l’exploitation en grand d’un obélisque tombé. On ne fabrique pas des meules, mais de longues plaques de 10 mètres, c’est-à-dire les matériaux qui serviront à bâtir de nouvelles chambres de granit. Ces travaux durent donc être entrepris à l’époque pharaonique, après une ruine du temple qui, je pense, doit remonter à l’époque d’Asarhaddon, d’Assourbanipal ou de Cambyse. Montoumhat nous a bien mentionné les grands travaux de restauration qu’il exécuta dans Thèbes, mais les monuments de granit contemporains de ses efforts n’ont pas encore été retrouvés. Si nous étudions le sanctuaire de granit d’Amon, édifié par Thoutmès III et rétabli par Philippe Arrhidée, nous constatons que le successeur d’Alexandre n’employa comme matériaux que des morceaux de monuments
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antérieurs qui devaient être renversés à cette époque. L’angle Sud- Ouest de ce sanctuaire.. provient d’un obélisque.
Trois pierres du plafond furent dépecées aussi dans des monuments semblables, et leur face tournée vers le ciel a gardé les textes de jadis (29). »
À l’époque chrétienne les monuments paiens ont subi de nouvelles destructions, à moins qu’ils aient FIG. 152. … (Phot. Ch. Mathien) MEDINET HABOU. servi d’églises ou Mutilations des colosses osiriaques. ñ de monastères, ce
qui, d’ailleurs, ne se faisait pas sans leur occasionner aussi des déprédations fâcheuses. À Louxor, la salle qui suivait l’hypostyle a été transformée en uñe église; son abside ferme encore la porte qui conduisait vers le sanctuaire des barques. Les reliefs avaient été cachés par des crépis sur lesquels on avait peint des figures d’apôtres et de saints. De nos jours, le plafon- . nage s’émiette faisant reparaître les scènes païennes et Amon semble reprendre ses droits sur les nouveaux venus.
À Medinet Habou, la deuxième cour du grand temple avait également été transformée en église, ce qui avait eu comme résultat de faire disparaître un certain nombre de colonnes, tandis que les figures osiriaques des piliers, considérées comme des idoles, avaient été complètement enlevées (fig. 152).
Au temple de Karnak, entre les vII® et vire pylônes, un couvent copte s’était installé. Les encoches régulières creusées dans les reliefs marquent encore les appuis des poutres aux différents étages. On regardera également les cavités plus grandes qui servaient d’armoires aux moines. Il est curieux de constater, à la face Sud du vurr° pylône, que les colosses étaient enfermés dans la construction chrétienne, la partie supérieure de leur corps émergeant des planchers du premier étage.
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