‹ Thébes; la gloire dún grand passéChapitre 91 sur 137 · LOUXOR. LA PETITE REINE DU COLOSSE ASSIS · texte numérisé non relu

LOUXOR. LA PETITE REINE DU COLOSSE ASSIS

Nous avons dit que le thème était fort ancien et que, somme toute, les siècles n’avaient pas modifié sensiblement la composition générale. La perfection d’une telle page doit donc dériver presque entièrement de la qualité de l’exécution. La figure de Thoutmès III a de l’élan, de la souplesse, du moelleux dans l’expression de la force ; les traits du visage sont d’une distinction parfaite et ceux qui ont admiré au Caire les belles statues de Thoutmès III constatent que l'artiste auquel nous devons les reliefs, n’était pas inférieur aux sculpteurs en ronde bosse.

Il a choisi la technique du relief dans le creux ; elle peut sembler plus expéditive mais en réalité elle demande de l’exécutant plus d’attention et de précision. Ce procédé a l’avantage de conserver un Jeu d’ombres dans les contours et de faire surgir la scène avec netteté, même sous l’éclairage le plus | brutal.

On sait que le règne d’Aménophis IV a vu, en même temps qu’une crise religieuse, une crise artistique. Malheureusement, ce n’est pas à Thèbes qu’on peut l’étudier : les restaurateurs amoniens ont trop bien accompli leur œuvre. Toutefois, on se fera une idée de l’art tout spécial de cette période critique en visitant le magasin du Service des antiquités, installé au Sud de la cour des Bubastides. Des milliers de blocs y sont empilés ; sur l’une des faces de chacun d’eux on relève un fragment de scène sculptée dont la polychromie s’est conservée d’une façon remarquable. Espérons qu’une étude patiente réussira à rapprocher quelques-uns de ces morceaux épars, afin de nous rendre, dans tout leur éclat, des exemples typiques de la maîtrise des sculpteurs qui travaillaient sous l’inspiration d’Aménophis IV. À

Sur l’autre rive il y a aussi quelques exemples de beaux reliefs de la XVIIIe dynastie. Deir el Bahari a été si gravement atteint par le souffle des révolutions qu'il faut un sérieux effort d’imagination pour se représenter la splendeur du temple au moment où les architectes de la reine venaient de le terminer. Nous avons décrit les phases de la destruction et souligné la maladresse de certaines réparations. Il nous faut maintenant fixer notre attention sur quelques frag-

FIG. 158. (Phot. J. Capart.) DEIR EL BAHARI. Défilé triomphal.

FiG. 159. (Phot. Gaddis.) MEDINET HABOU. LES CHASSES DE RAMSÈS Ill.

ments, à l’exclusion de tout le reste. Un petit nombre de figures royales sont conservées parfaitement, surtout Thoutmès Ie", Thoutmès II et Thoutmès III. Le plus beau morceau est certainement la figure de la reine Ahmès, au portique de la Naissance : on la voit, conduite par les dieux vers la chambre où elle mettra au monde sa fille Hatshepsout.

On admirera sans réserve la qualité du dessin et la finesse du modelé de quelques scènes montrant des défilés de troupes, à l’occasion de grandes fêtes. Dans le sanctuaire d’'Hathor, au mur Nord de la salle hypostyle, les soldats s’avancent d’une allure rapide et dégagée; plusieurs tiennent à la main des rameaux, lun d’eux conduit en laisse un léopard tandis que des soldats libyens exécutent une danse guerrière, que des FIG. 160. (Phot. J. Capart.) DEIR EL BAHARI. camarades ACCUS

Les porteurs du trône royal. te pagnent, entre-choquant des boumerangs pour marquer le rythme. À la terrasse supérieure, au mur intérieur Sud de la porte de granit, il y a une scène semblable (fig. 158) dont les détails méritent d’être examinés de près. Des serviteurs portent le trône de la reine (fig. 160) ; les pieds et les têtes de lions qui servent d’ornements, montrent une entente parfaite de la stylisation décorative des motifs naturels. Un peu plus loin, ilya deux guépards conduits en laisse. Si l’on veut comparer leur attitude à celle du félin au sanctuaire d’Hathor et voir ensuite les animaux rapportés de Pount, on souscrira à l’appréciation de Jéquier : « Les animaux ont certainement été dessinés d’après nature, et le sculpteur, un animalier de première force, a su rendre les caractères distinctifs et tous les détails du corps des panthères avec une précision qui nous permet de les identifier avec une certitude presque absolue. » ;

Au temple de Louxor, l’examen des reliefs d’Aménophis III nous permet de surprendre une modification dans le style. Le roi debout ou agenouillé devant le dieu auquel il consacre des offrandres, les processions de Nils dans la salle hypostyle montrent un dessin peut-être plus élégant encore que dans les reliefs

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