MEDINET HABOU. LA CHASSE AU LION
1ette
A. Mari
après
de Deir el Bahari, mais avec moins de vigueur, comme s1 les auteurs étaient plus virtuoses qu’artistes.
Il y avait, dans ce temple de Louxor, un chef-d'œuvre incomparable gravé sur les murs intérieurs de la grande colonnade Nous avons reproduit la description de Daressy analysant toutes les péripéties de la grande procession d’Amon venue de Karnak à Louxor. C’est Toutankhamon qui, au lendemain de la restauration du culte, avait fait exécuter ces reliefs d’une qualité exceptionnelle. Le plus souvent ils échappent au visiteur pressé, tant ils ont été abîmés. De plus, ils couvrent les murs des quatre côtés, si bien qu’on ne peut en voir, à la fois, qu’une faible portion bien éclairée. Toute la partie supérieure a disparu avec les figures principales. Il n’y a que les épisodes accessoires, formant un premier plan, qui nous sont conservés. Au mur Ouest, par exemple, le grand bateau d’Amon, naviguant sur le fleuve, n’existe plus, et nous ne voyons que les troupes de haleurs qui le tiraient. Malgré les lacunes, malgré les écorchures de la surface, on arrive à démêler les attitudes extrêmement variées de tous ces hommes dont les mouvements trahissent l’effort. De temps en temps l’un d’eux s’arrête brusquement et se retourne vers le dieu dans un geste d’adoration. Des bandes de nègres dansent et se contorsionnent au son de tambours ; des acrobates exécutent leurs exercices afin de distraire le dieu. Il faut voir avec quelle sûreté on a dessiné les corps jeunes et souples qui se renversent en arrière ou se reçoivent sur les mains, prêts à se rétablir après un tour complet. Les infiltrations d’eau, à l’époque des inondations, amènent des efflorescences de salpêtre qui finiront par ruiner complètement la face du mur. Les abominables protocoles royaux de la xIx® et de la xx° dynastie, creusés dans la pierre en dessous des reliefs, contribuent à augmenter encore le sentiment d’un désastre devant ce chef-d'œuvre mutilé.
C’est exceptionnellement que l’on peut encore classer un relief des xIx° et xx° dynasties dans la série des grands chefs-d’œuvre, sauf pour Seth1 1°", et la perfection même des sculptures de ce souverain rend plus surprenante la rapidité de la décadence. Nous avons étudié les grandes scènes militaires au mur Nord de la salle hypostyle de Karnak, et nous ne ferons que rappeler le beau mouvement de ces tableaux synthétiques. Le roi tuant le chef des Libyens est certainement digne de tous éloges. A l’intérieur de la salle, dans la partie Nord, les scènes religieuses sont, pour la plupart, d’une perfection aussi grande que celle des meilleurs morceaux d’Abydos. Ce sont les mêmes sculpteurs qui travaillèrent là et à Karnak. C’est à eux également que nous devons les surprenants bas-reliefs de la tombe de Sethi Ie", à Biban el Molouk.
Les scènes de chasse de Medinet Habou méritent une mention parce qu’elles montrent que les artistes de Ramsès III égalaient parfois leurs émules des périodes les plus brillantes (fig. 159 et 161).
Dans la nécropole de Cheikh abd el Kourna, nous allons nous trouver en
TOMBEAU DE KAEMHAT. OFFRANDE A RENENOUTET.
(Phot. W. Wreszinski.)
présence d'œuvres qui ne le cèdent en rien comme perfection à ce que nous avons vu de mieux dans les temples. Bornons-nous à quelques exemples typiques. Ce serait une erreur de croire qu’il s’agit de cas exceptionnels; ceux qui ont le temps et la patience d’entrer dans un grand nombre de tombes thébaines y rencontrent à tous moments d’admirables morceaux.
La tombe de Kaemhat (n° 57) nous reporte à l’époque d’Aménophis III ; nous pouvons même dire, plus exactement, que la décoration du tombeau est postérieure à l’an xxx du règne. Le défunt était un fonctionnaire de rang élevé dans l'administration des greniers. Déjà, dans l’ébrasement de la porte, nous trouvons.
une remarquable figure du. mort tourné vers l’extérieur et adorant le soleil. À droite de la porte qui conduit vers le fond de la tombe, il reste une notable partie d’une scène de réception, par Aménophis III, de Kaemhat et des employés de son administration. À gauche de la même porte, Aménophis I, assis sur un trône que nous avons décrit, assiste à un défilé de bétail. #
À en juger d’après l’ élégance et la distinction des hommes qui conduisent les animaux, on aurait peine à croire que ce sont des bouviers (fig. 163). En effet, ne nous y trompons pas; il ne s’agissait pas de représenter des rustres au milieu des travaux des champs comme nous aurons l’occasion d’en voir, mais des fonctionnaires supérieurs contrôlant des services dont la nature est exprimée, presque symboliquement, par ces animaux de taille minuscule qu’on présente à Pharaon. Aux deux murs d’en face il y a, au Nord, tout le développement des travaux agricoles, au Sud, le mesurage des grains, la flotte de transport et une curieuse représentation de sacrifice à la déesse de l’abondance Renenoutet (fig. 162). Celle-ci est représentée d’une manière étrange comme une femme qui allaite un enfant, mais dont la tête serait un serpent. Les trois porteurs d’offrandes qui s’avancent pour faire un sacrifice comptent parmi les figures les meilleures du tombeau. C’est une erreur de donner le nom de
Fi1G. 163. (Phot. W.-M. Flinders Petrie.) TOMBEAU DE KAEMHAT. Têtes de bouviers. .
(Phot. Gaddis.)
TOMBEAU DE RAMOSE.