LES BEAUX PORTEURS D’OFFRANDES
bas-reliefs à de telles représentations ; il n’y a rien là qui rappelle la demironde bosse habituelle aux œuvres classiques. C’est plutôt à la technique des médailleurs et particulièrement des graveurs de plaquettes qu'il faut comparer ce procédé. Quelques millimètres de saillie suffisent pour marquer les différents plans et donner aux membres, spécialement aux genoux et aux chevilles, toute la précision anatomique désirable. Lorsqu'on pose une règle à la surface du mur, on est surpris de constater que des détails qui apparaissaient d’abord à
des plans différents sont en réalité au même niveau. Par des tailles excessivement habiles, le graveur a pu descendre insensiblement au niveau inférieur sur lequel une autre image ressort en une saillie nette. Il paraît incontestable qu’il travaillait d’après un modèle minutieusement établi à l'avance. On pourra s’en convaincre, par exemple, en comparant à nos trois porteurs d’offrandes, trois autres personnages exactement dans la même attitude et qui se trouvent à peu de distance (fig. 165). Seuls quelques minimes détails ont été traités d’une manière un peu différente. D
Dans un tombeau voisin, chez le vizir Ramose (n° 55), quelques reliefs d’une beauté parfaite pourraient bien être l’œuvre des sculpteurs qui ont travaillé chez Kaemhat. Ramose était en fonction à la fin du règne d’Aménophis III et pendant une partie du règne de son successeur. La tombe, restée inachevée, nous fournit des témoignages frappants des luttes religieuses, et elle nous permet, en outre, de surprendre des transformations de l’art de cette époque troublée.
Au mur Est de la cour, signalons d’abord quelques figures d’hommes qui s’avancent vers la gauche tenant à la main des bouquets de fleurs (fig. 164). Il est difficile de trouver dans l’art antique rien de supérieur, d’une manière absolue, à ces figures d’une élégance et d’une distinction parfaites. On ne peut s'empêcher, quand on les voit, de se rappeler avec indignation les phrases conventionnelles sur la raideur, l’hiératisme de l’art égyptien dont on décrit les attitudes étriquées, les gestes ankylosés.
FIG. 16%: (Phot. W.-M. Flinders Petrie.) TOMBEAU DE KAEMHAT. Porteurs d’offrandes.
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Derrière ces porteurs d’offrandes, 1l y a un immense panneau où avaient été représentées plusieurs générations de membres de la famille de Ramose (fig. 166). Les personnages sont groupés deux par deux, une fois même par trois ; malgré la monotonie de la donnée, l’artiste a réussi à créer de la variété. Celle-c1 se manifeste plutôt dans les détails mais elle est suffisante pour mériter, de la part du visiteur, un examen attentif de chaque groupe. Weigall a remarqué très Justement qu’on avait respecté les usages qui avaient varié d’une génération à Pautre dans la manière de farder les yeux. La mode se manifeste également dans les coiffures. À droite, à l’extrémité de la rangée inférieure, sous la chaise d’une dame, on avait représenté le chat familier (la tête est malheureusement mutilée) qui venait de saisir un petit oiseau (fig. 168). À la FIG. 167. (Aquar. N. de G. Davies) TOMBEAU DE NAKHT. rangée supérieure, il
Le chat familier. l : :
| y avait, SOUS une chaise, la représentation d’une oie. Nous savons que c'était là un des animaux sacrés d’Amon ; sous Aménophis IV on n’a pas manqué d’en piquer toute la surface. Sur ce mur tout est d’une perfection impeccable ; que l’on regarde dans les hiéroglyphes les animaux, les petits personnages humains d’une allure si juste, là aussi on verra les grattages du nom d’Amon qui a été rétabli plus tard presque partout.
Au mur Ouest, au Nord de la porte des appartements intérieurs, dans la scène mutilée qui nous montre le style particulier d’Aménophis IV, on retrouvera certainement la même habileté technique, mais cependant avec un mamiérisme qui empêche de préférer cette nouvelle tendance. C’est, une fois encore, la victoire de la beauté classique sur les aventures romantiques, quel que soit de celles-ci le charme séducteur.
La même tombe va nous montrer, à côté de la perfection du relief, des peintures d’une qualité supérieure. Au mur Sud se déroulait une immense scène de funérailles dont, malheureusement, la plus grande partie a été détruite. Un premier groupe de pleureuses est composé de femmes à la coiffure étrange,