XI. — SIMKA
Bendelaq parli, il fut relevé dans le cabinet consulaire par le trésorier de la douane. C'était le jour du peuple d'Israël.
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ÎOG TKÉCLA.
— Eîi bien! Coriath! lui demanda sir Herwarl . qu'y a-t-il de bon pour votre service? — Rien pour le mien, seigneur consul, absolument rien: je suis étranger, tout-à-fait étranger à l'objet qui m'amène; ce n'est pas Salomon Coriath qui a l'honneur de parler à votre seigneurie, c'est le messager du pacha. — Ah ! je comprends, vous m'apportez les pièces restées entre ses mains: je les attendais.. — Précisément, répondit lejuif enchanté d'un si bon accueil. — C'est bien, c'est bien, dit le consul en déposant les papiers sur son bureau sans les ouvrir. — Si votre seigneurie veut prendre la peine d'y jeter les yeux, elle verra qu'ils sont en règle, et nous pourrons terminer à l'instant celte petite affaire. — Mais c'est une affaire terminée, ce me semble. — Terminée! — A moins que Ben-Abbas n'ait la prétention de me faire payer deux fois. — Deux fois! s'écria le juif en pâlissant et en sautant sur sa chaise.
Hcrwart était si préoccupé qu'il ne vit ni la surprise ni les contorsions de Coriath; il ne le regardait même pas , et c'est à peine s'il l'entendait ; mais Dick, qui avait les yeux sur lui, comprit, à la première exclamation , qu'il y avait là quelque malentendu, ou plutôt quelque rouerie, et que le pacha avait joué son trésorier. Un mol suffisait pour éclaircir le mys- 1ère, et tout se fût expliqué; mais ce n'elait pas le compte de Dick, qui avait ses vues cl qui venait do concevoir un projet infaillible, selon lui, pour arriver à ses lins; il interron)pit Salomon , et le tirant à part, il lui dit à l'oreille, de l'air le plus simple cl le plus bonhomme qu'il pouvait prendre.
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— Vous voyez bien, mon cher M. Coriuth, que sa seigneurie est occupée; vous avez mal pris votre temps. Venez avec moi; s'il y a quelque quiproquo, je me charge d'arranger l'atTaire à voire satisfaction.
Tout en parlant, Dick poussait son homme vers la porte comme s'il l'eût reconduit, et il l'entraîna avec lui dans la pièce voisine.
Le soir de ce même jour un homme accompagné d'une femme s'avançait, avec une circonspection tout hébraïque, dans la rue sombre et déserte qui, du Millah, conduisait au consulat britannique. On voyait bien qu'il avait choisi l'heure du crépuscule atin de n'être point reconnu; et pour se mieux déguiser, il avait jeté sur lui et sur sa compagne une pièce d'étoffe obscure et sans forme. Arrive à la maison consulaire, il s'y glissa furtivement et fut reni par Dick.
Ah ! ah! Coriath , c'est donc vous? V^ous vous êtes enfin décidé à suivre mon conseil? Vous avez bien fait; le consul n'a jamais rien refuse à une femii:e, surtout quand elle est aussi jolie que votre lille. — Parlez bas, M. Dick, parlez bas. — Ne dirait-on pas (pie vous faites une mauvaise action? Depuis quand un homme est-il déshonoré pour venir demander ce qui lui est dû? — Vous avez raison, M. Dick, ma démarche est la plus licite, la plus innocente du monde, mais les langues du iMillah sont méchantes : si l'on savait que j'ai amené ma tille avec moi, on en causerait, et je ne veux pas, voyez-vous, que l'on puisse dire un mol sur ma |)etile Simka : die ne trouverait plus de mari. N'aie pas peur, mon enfant, on
fiL' nous a pas vus. — De quoi aurais-je peur? Quel danger me menace? Ne suis-je pas avec vous? — Vous êtes bien heureux, M. Coriath, d'avoir une si aimable fille : les prières sorties d'une si jolie bouche ne peuvent manquer d'être exaucées. Je vous ai dit ce matin que sa seigneurie est de mauvaise humeur; seul, vous n'auriez rien obtenu, au moins pour le moment; mais, avec une pareille intercession ,je ne doute pas que vous ne retourniez chez vous avec vos dix mille piastres; car, vous avez beau nier, cet argent esta vous, le pacha vous a passe sa créance; vous êtes capitaine sur votre propre vaisseau.— Comment!
vous vous obstinez à croire — Allons, allons, je
croirai tout ce que vous voudrez ; je ne vous demande pas vos afTaires, mais ne perdez pas votre temps en paroles inutiles; le consul est seul, et le quart d'heure est bon. — Veuillez d'abord nous annoncer. — Je m'en garderai bien; il faut laissera sa seigneurie le plaisir de la surprise; votre requête, ainsi présentée, iera bien |)lns d'effet. Venez, ma belle enfanl. — Un moment, dit Salomon en retenant sa (ille par le bras, i)ras, il y a ici une méprise; je n'ai jamais entendu me séparer d'elle, et je compte bien être présent à l'entrevue; je ne parlerai pas, soit, mais je veux y être. — En ce cas, vous ferez tout aussi bien de virer de bord et de regagner le port h pleines voiles; si vous êtes là, c'est comme si votre fille n'y était pas. — Mais ce matin vous ne disiez pas cela. — Je vous ai dit et je vous répète que le consul ne refuse rien aux femmes; mais ne comprenez-vous pas que les tiers gâtent tout? Si vous allez planter entre votre
fille et lui voire grand soiiiham noir, comment voulez-vous qu'il la voie et qu'il l'entende? Au reste, arrangez-vous; puisque vous ne voulez pas suivre mes conseils, je ne m'en mêle plus. — Franchement , M. Dick, mettez-vous à ma place : si vous aviez une fille comme la mienne, la livreriez-vous au danger d'un têle-à tête? — Ah cà! maître Coriath, où pensez-vous être? Ne dirait-on pas que nous sommes dans une maison de perdition! Par la sainte-barbe de Belzcbuth, vous êtes un plaisant drùlel Votre (ille est jolie, c'est vrai, mais, croyez-moi, sa seigneurie à bien autre chose à faire qu'à lui conter des sornettes. Salomon était partagé entre la crainte d'exposer sa fille et le désir de rentrer dans ses fonds : car Dick s'était bien gardé de lui dire que la somme en litige était dans les coffres du pacha. Tout avare qu'il clail, il était père encore; ce n'est pas sans de grands combats qu'il s'était décidé à conduire sa fille avec lui , mais il n'avait jamais entendu se séparer d'elle, cl ne pouvait s'y résoudre. Pourtant les dix mille juastres lui tenaient bien au cœur, et il se demandait si , ii tout prendre, elles ne valaient pas le sacrifice de quelques scrupules peut-être exagères : la balance était bien près de pencher de leur côlé, lorsijue Simka lui dit avec une simplicité charmante: Mais, mon père, pourquoi ne voulez-vous donc pas que j'aille seule? OucI mal y a-l-il à cela? I.e consul fùtii l'empereur, je lui parlerai avec aulant d'assurance que si vous étiez présent; je ne me sens pas du tout intimidée, et je n'ai oublie aucune de vos recommandations. — Voilà une fille qui en remonterait à
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Va barbe grise de monsieur son père , murmura Dick d'un air goguenard. — Eh bien, va! s'écria Corialh en lâchant le bras de sa fille.
Et, s'approchant d'elle comme pour l'embrasser, il lui dit à l'oreille : Si l'on te dit ou qu'il se passe quelque chose qui ne soit pas convenable, lu n'as qu'à m'appeler; je serai à la porte et j'entendrai tout.
Les dix mille piastres avaient vaincu. Simka entra dans le cabinet d'Herwart, seule et sans être annoncée.
Autant les juifs d'Afrique sont laids, autant les juives sont belles. On se demande avec surprise comment de tels pères engendrent de telles tilles, et l'on regrette que de si charmantes fleurs soient jetées en pâture à de pareils époux. On ne saurait voir nulle part des têtes plus idéales : c'est l'éclat oriental uni à la finesse occidentale, le point où les deux races se rencontrent et se confondent. La délicatesse des traits est surtout remarquable, et sans être ni grecque ni romaine, la coupe du visage participe de l'un et de l'autre type; moins pure peut-être que la première, elle est plus gracieuse que la seconde Toules les juives ont de grands yeux noirs, pleins de langueur et de Hanïme, la peau fme et blanche, la taille svelte et bien prise. Quel dommage que ces beautés parfaites ne durent qu'un jour! Lue juive est femme à treize ans, on la marie d'ordinaire à quatorze, à quinze elle est mère, à vingt ans elle est flétrie, elle est matrone à >ingt-cinq. Le mariage paraît être pour elles une dégradation , une chute, et les métamorphoses que l'âge fait subir à ces célestes visages sont effroyables : rien n'est si ravissant qu'une jeune juive; rien n'est plus hideux qu'une vieille.
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Simka avait quinze ans et réunissait en elle toutes les grâces, tous les attraits de sa race. Un soin particulier avait présidé ce jour-là à sa toilette; son riche et brillant costume dessinait amoureusement ses formes, et les voilait moins qu'il ne les relevait; un corset de velours rouge, brodé en or, et lacé sur la poitrine, pressait sa fine taille, et par-dessus s'ouvrait un caso bleu, espèce de gilet sans boutons qui flotte librement des deux côtés; sa jupe verte était fendue par le bas, selon la mode du pays, et ornée, à la hauteur du genou, de deux larges revers brochés d'or; ses bras, nus jusqu'aux coudes, sortaient d'une large manche de batiste étincclanle de blancheur; une pantoufle rouge celait à demi ses petits pieds; ses cheveux noirs retombaient en longues tresses sur ses épaules, et elle portait sur le front un diadème <le perles appelé sfifa, digne couronne de cette reine de beauté.
Qu'on juge de la surprise d'IIerwart quand il vil entrer cette jeune fée radieuse; il n'alla point audevant d'elle, et ne se leva même pas pour la recevoir, comme s'il eût craint de faire évanouir, en s'en approchant, celte apparition fantasliquo. Au premier mot qu'elle prononça, il retomba dans la realité.
— Vous, la fille de Coriath ! vous, seule ici î mais que me voulez-vous donc? Qui est-ce qui vous euvoie? — C'est mon père lui-même, seigneur consul. — Votre père? Je ne comprends pas encore.
Alors Simka connnença à repcler la leçon qu'on lui avait faite; mais elle avait trop présumé de son
sang- froid et de son aplomb, elle se troubla dès l'exorde; les mots techniques que son père lui avait inculqués à grand'peine s'effacèrent tous à la fois de sa mémoire, et la parole lui manqua au milieu de son plaidoyer; mais si l'embarras compromettait son éloquence, il Tendait, en revanche, sa beauté plus séduisante : son jeune sein palpitait d'émotion, un vif incarnat était répandu sur ses joues, et ses yeux, animés par les efforts qu'elle faisait pour ressaisir ses souvenirs, jetaient des éclairs humides à travers ses longs cils. Si Dick l'eût vue en ce moment, il se fût applaudi de son stratagème et il eût crié victoire ! On a deviné que son but était de détacher son maître de Thécla, et de le distraire, par une conquête facile, d'une passion malheureuse et absorbante; mais son expédient déshonnête n'eut point le résultat qu'il en avait espéré : Herwart avait le cœur trop épris pour tomber dans le piège grossier des sens. Tandis que Simka parlait, ou plutôt ne parlait pas, il la regardait avec un sentiment tout paternel, et le tête-à-lcte n'éveilla en lui aucune pensée mauvaise; l'image qui remplissait son âme la rendait inaccessible à toute autre impression. Il s'elonnait lui-même d'une si complète métamorphose, peut-être s'en attristait- il, mais si un regret furtif lui traversa le cœur, ce fut un éclair : il sortit victorieux de la tentation sans même avoir eu besoin de combattre. Il prit la main de la jeune fille et lui dit avec bonté : Se peut-il, mon enfant, que ce soit vous qu'on charge de p;ueilles commissions? — Je m'en acquitte bien mal; mais excusez-moi, seigneur consul, je n'entends rien à
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toutes ces choses ; et d'ailleurs, vous connaissez mieux que moi l'afTaire dont il s'agit : tout ce que j'ai compris, c'est que mon père est bien inquiet, bien malheureux, qu'il est menacé de perdre sa place et tout ce qu'il possède si vous ne prenez pitié de lui ; son salut est dans votre main, et je supplie votre seigneurie de ne pas ruiner une l'amille qui ne vous a jamais fait de mal.
La vérité s'était fait jour pour Ilerwart à travers tous les voiles dont l'inexpérience de Simka l'avait enveloppée.
— On a trompé votre père indignement, rcpondilil; mais dites-moi, mon enfant, vous a-t-il envoyée toute seule? N'est-il pas venu avec vous?— Il est dans la pièce voisine; je vais l'appeler, si vous voulez lui parler.
Elle ouvrit la porte, mais son père n'était pas où elle l'avait laisse: Dick avait eu soin de l'emmener, sous je ne sais quel prétexte, et il fallut qu'IIerwarl sonnât plusieurs fois pour qu'on vint. Enlin Dick entra. 11 vit du premier regard qu'il avait manque son coup. Allons, se dit-il à lui-même, le mal est incurable, le malade refuse de prendre le remède. — Mais il dissimula sa mauvaise humeur, de peur quH)n ne pénétrât la trame grossière qu'il avait ourdie. — Entrez donc, dit-il à Coriath avec un incroyable aplond); voilà une heure que sa seigneurie vous appelle; on dirait, ma foi, que vous voulez prolonger le lèle-à-lète : vous êtes un père bien complaisant 1 — Eh bien! ma tille, dit Coriath d'un air moitié riant, moitié sérieux, astu bien plaidé ma cause, cl notre procès est-il gagne
auprès de sa seigneurie? — Il est perdu, répondit le consul, non que votre cause ait été mal défendue, mais parce qu'elle est mauvaise. J'avais cru m'être expliqué ce matin assez clairement pour être compris; mais, puisque vous avez refusé de croire à mes paroles, vous vous rendrez peut-être aux écrits. Il lui présenta le reçu du pacha.
— Dieu de Moïse! s'écria le juif atterré, je m'en doutais! M. Dick, pourquoi ne m'avcz-vous pas dit cela? — Est-ce que je me mêle des affaires d'aulrui, moi? — Pacha de malédiction ! Et moi qui lui ai doimé ma quittance! Le scélérat! Hélas! seigneur consul, dans quel pays vivons-nous? Ces Mores réprouvés n'ont ni foi ni loi; les plus puissants et les plus riches sont les plus fourbes, les plus voleurs; oui, voleurs I car Ben-Ahbas m'a volé dix mille piastres, lui quia des millions; l'infâme! Puisse le bras de Jehovah s'appesantir un jour sur lui et le coucher sur le fumier de Job !
Tout à coup il se tut et promena les yeux autour de lui avec terreur, comme si les murs eussent été tapissés d'oreilles et que le vent eût porté ses paroles à Ben-Abbas.
— Mais peut-être, ajoula-t-il comme correctif, n'est-ce qu'une erreur; car, après tout, le pacha est un honnête homme; ce que j'en ai dit ne doit pas tirer à conséquence : on va toujours plus loin qu'on ne veut dans le premier moment de la surprise. Viens, ma fille, retournons chez nous, n'importunons pas plus longtemps de notre présence sa seigneurie : ce n'est pas sa faute s'il y a un malentendu.
Herwart eut pitié de ce pauvre esclave timoré, qui n'osait pas même exhaler en paroles la plus légitime des indignations, et, songeant au danger que courait sa fdle en traversant la ville, de nuit, sans autre protection que celle de son père, il ordonna à Dick de les suivre à distance jusqn'«i la porte du Millali. La précaution n'était pas inutile : à peine étaient-ils sortis du consulat, qu'ils rencontrèrent deux soldats mores qui couraient les aventures nocturnes sous prétexte de faire la patrouille. Il faut savoir que les juifs sont parqués dans leur quartier comme dans une ménagerie, et que la nuit on tourne la clef sur eux.
— Comment, vieux mécréant! s'écria l'un des soldats en allongeant un coup de pied à Salonion, tu n'es pas dans ta geôle à pareille heure? As-tu envieque je te traîne chez le niuhtesib pour y être fouetté jusqu'au sang?— Il n'y a pas besoin pour cela du muhtesib, dit l'autre en arrachant le voile de Sirnka ; occupe-toi du vieux, je me charge de la petite.
Il se disposait à mettre en action les brutales paroles de son camarade, lorsqu'un coup de feu leur partit dans les oreilles.
— C'est moi, mes braves! dit une voix qu'ils ne connaissaient que trop, et si ce premier avis ne suli\[ pas, en voici un autre.
Mais Dick n'avait pas armé son second pistolet, que les deux soldats s'étaient évanouis dans les ténèbres comme deux ombres. Salomon se confondait en actions de grâces.
— Ne me remerciez pas tant, lui répondil-il brus-
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quement, ce que j'en ai fait n'est pas pour vous, j'exécute ma consigne et rien de plus. Dans un autre moment, j'aurais bien pu me mettre du côté des Mores : Mores ou juifs, vous vous valez tous.
Demeuré seul enfin après les persécutions, les ignominies de celte interminable journée, Herwart retomba sur lui-même, c'est-à-dire dans sa passion. La penséedeThécla revint lui frapper le cœur comme une bouffée ardente, et l'air lui manquant tout d'un coup, il ouvrit la fenêtre pour en trouver. La soirée était menaçante : Le vent soufflait avec violence, de gros nuages noirs se traînaient sur la plaine et présageaient un prochain orage; quelques éclairs déchiraient déjà les sombres nuées, et le tonnerre grondait dans les montagnes comme les dernières ou les premières détonnations d'un combat lointain. La nuit s'annonçait terrible; mais le désordre des éléments, le bouleversement de la nature plaisait à Herwart comme une fidèle image de ses propres tempêtes. L'œil fixé sur la plaine orageuse, il s'efforçait de distinguer à travers l'obscurité les murailles blanches de sa villa.
— Elle est là, pensait-il, et tandis que je me torture ici pour elle, elle ne songe pas à moi, ou, si elle y songe, c'est comme à son geôlier. 0 cœur implacable! froideur féroce!
El celte humiliante idée, loin de le rendre à luimême, ne faisait que l'exaller davantage; il s'entêtait dans son délire et mettait son orgueil à vaincre au lieu de le mettre à guérir. L'amour entretient au fond des cœurs les plus éprouvés, les plus scepti-
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ques, (le sourds levains d'espérance qui renaissent toujours quoique toujours étouffés. Oue de fois sa folle attente n'avait-elle pas été dérue! que de mécomptes n'avait-il pas trouvés aux pieds de Thécla 1 et cependant, à peine s'en était-il arraché qu'il n'aspirait qu'à s'y précipiter encore.
La scène du matin avait été violente. Le souvenir des paroles acerbes qui lui étaient échappées dans l'emportement de la douleur le poursuivait comme un remords; quant aux duretés de Thécla... il les avait oubliées. Il la savait blessée, irritée; elle allait s'endormir sur la colère : cette pensée lui était insupportable, et le repentir le chassant de lui-même, il demanda son cheval à l'instant, quoique l'orage fût près d'éclater, et qu'il tombât déjà de larges gouttes de pluie.
La nuit était si profonde qu'il lui fallut attendre un éclair pour reconnaître le gué du lleuve Martil. Un second lui montra sur l'autre rive un honmie armé qui paraissait en sentinelle, et dont la présence lui sembla suspecte. Il voulut pousser son cheval vers lui ; mais il perdit sa trace dans les ténèbres. Un peu plus loin, il eut une apparition toute semblable, et une troisième à la porte du janlin; il tira même un coup de pistolet sur la dernière; mais n'ayant vu fuir ni tomber personne, il se persuada qu'il avait pris des arbres pour des hommes, et il liiiil par rire de son hallucination.
Pourtant ce n'en était pas une : ses sens ne l'avaient pas trompé. A peine la muette a\ail-elle referme la porte et tiré les verrous sur lui, qu'un signal partit
(lu milieu du bois, et un homme armé, puis un second, puis un troisième, puis cinq, puis dix, surgirent du sein de l'ombre comme des fantômes. Quand ils furent réunis, un vieillard, qui seul était desarmé et n'avait à la main qu'un bâton de caroubier, leur dit à voix basse : C'est lui, je l'ai reconnu; il ne peut vous échapper; il est seul, et le jardin n'a qu'une issue. Courage, enfants ! le prophè.te vous protège, et l'ombre apaisée d'Hassan veille sur vous du haut des cieux.
Ce vieillard n'était autre que SafTah le santon, et les inconnus, des Berbères descendus de leurs montagnes pour venger la mort du pirate. Ils rôdèrent quelque temps en silence autour des hautes murailles; mais les moyens d'escalade leur manquant, ils renoncèrent à les franchir et attaquèrent la porte a\ec le feu, alin de n'être point entendus; comme elle commençait à brûler pour leur livrer passage, une voix de femme s'éleva du milieu des rangs: Surtout, dit-elle, ne le tuez pas : il m'appartient, et c'est à moi seule d'en diposer; je veux qu'on me le livre vivant.
Cette femme était Omaya.
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