‹ ThéclaChapitre 13 sur 23 · XIII. — LE FLEUVE MARTII · texte numérisé non relu

XIII. — LE FLEUVE MARTII

Thecla n'avait rien vu, rien entendu de la scène, qui vient de se passer et qui l'avait sauvée à sou insu (lu déshonneur; cette scène avait été aussi rapide (lu'iiiiprévue, tous les bruits d'armes et de voix s'étaient perdus dans la tempête. B.irricadee dans sa chambre, Thecla llottait entre la joie de sa délivrance inespérée et la crainte d'une nou\ elle attaque; elle clait sur ses gardes; tonte tremblante encore, le sein brisé de soupirs cl de sanglots convulsifs, elle regardait la porte, l'œil lixe, l'oreille tendue, et tressaillait au moindre souille : elle enteiulait le pas d'ilerwart dans les mugissements du vent, sa voix dans les éclats de la foudre. INturtant elle aNait au fond du cœur un reste d'espérance : elle se llallail que, I.» fièvre passée, il rentrerait en lui-m^mc, et reviendrait à ses pieds en repentant. Cette crise était non-

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voile pour elle, son inexpérience n'en savait prévoir ni calcnler les suites, el les angoisses dcl'incerlilude lenaienl son esprit en suspens. Celle insupporlable attente dura si longtemps qu'elle Unit par se rassurer lout-à-fait, et elle supposa qu'Hervvart était reparti pour Tctuan. La honte, pensa-t-elle, l'a chassé cie ma présence; il n'ose plus se présenter à mes yeux. A celte pensée de liberté, elle sentit ses rierfs se détendre, sa poitrine crispée se desserra, el un torrent de larmes soulagea son cœur oppressé.

L'orage du dehors, qui avait sui\i dans ses phases l'orage du dedans, commençait à s'apaiser aussi, el le calme succédait par degrés aux convulsions de la nature; le ciel refermait ses cataractes; la mer et le lleuve avaient cessé leurs rugissements; le vent ne r.iisait plus entendre qu'un gémissement sourd et plainlil; la fondre en Inile grondait encore, mais comme un écho lointain dans les sombres profondeurs de l'horizon; balayée parla tourmente, le lirmamenl se découvrait peu à i)eu, el (juelques étoiles brillaient déjà dans les (issures des nuages. Un silence de plus en plus profond régnait dans le jardin; tout à coup Thecla criit saisir un bruit de i)as sons sa fenêtre, puis bientôt après elle entendit dislinctemenl, dans le corridor (pii conduisait chez elle, le frôlement d'une personne qui marchait avec précaution dans l'obscurité; presque aussitôt une main lourde se posa sur la porte, el, la trouvant fermée, essaya de rébranler. Le frisson la reprit; elle s'elait donc abusée, ses espérances étaient des rêves, Ilervvarl n'était point parti; il persé^érait au contraire dans

son lâche dessein, il revenait à elle, nun UNec la loyauté du repentir, mais comme un larron clandestin, qui se glisse furtivement dans l'ombre pour faire un mauvais coup.

Elle ne prononça pas une parole, ne fit pas un mouvement, elle retint même sa respiration, dans l'espoir de doimer le tlîange; ne la croyant pas chez elle, on irait peut-cire la chercher ailleurs; et elle arriverait ainsi au malin, qui chasse les sombres et coupables pensées de la nuit; on n'ose pas, à la face du soleil, ce qu'on ose dans les ténèbres; et puis le jour elle se sentait moins abandonnée, moins seule. Mais sa lampe l'avait trahie, on la savait là, et rin>isible main contiiiuail h secouer la porte avec une \iolencc toujours croissante. Cet assaut muet avait quelque chose de plus sinistre que s'il eût été accompagne de menaces et d'imprécations; ce silence annonçait une résolution morne et desespérée; il dura quelque temps encore au dehors comme au dedans; enfin il lut interrompu par une voi\ inconnue, dont Thecl.i ne comprit pas les i)aroles, et qu'elle prit pour un cri de rage etoutVe, ou pour un ràlement de la négresse que son niailre avait appelée sans doute h son aide. Au même instant la pi»rle cria sur ses gonds, et [)arut céder à refiurt qui la sapait; reffroi, le désespoir, s'emparèrent de la prisonnière, et, sans se donner le tenips de la rellexion, elle s'élança par la lenèlre, qui n'était qu'à quel(|ues pieds du sol.

r(»ul étourdie du choc, elle était au milieu du jardin avant de s'être rendu compte de son action, lanl elle avait clé rapide. Elle ne s'aperçut pas mémo que

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l'oan ruissolail de loulos paris et l'inondait, qu'elle était à peine vêtue au milieu d'une nuit glacéî», et perdue dans l'obscurité la plus profonde; se trouvant on plein air et maîtresse de ses mouvements, elle se crut sauvée, elle n'eut pas d'autre sensation, et, parlant seul en elle, le sentiment de la liberté la poussa irrésistiblement vers la porte. Grande fut sa surprise en la trouvant brûlée sur ses gonds et jetant dans l'ombre un reste de flamme. Mais sa surprise se cbangea bientôt en terreur. La muette, égorgée par Omaya, était tombée sous le coup sans être morte; la pluie et le froid de la nuit l'avaient fait revenir à elle après l'enlèvement de son maître, et son instinct de cbien de garde s'éveillant en elle en même temps que la vie, elle s'était Irainée à la porte et coucbée au travers du seuil sur les cendres encore chaudes. Armée du yatagan qui l'avait frappée et qu'elle avait arraclié de la blessure, elle mourait lentement à son poste.

Elle était déjà presque morte, lorsque Tbécln parut; à la vue de la fugitive, le cadavre se ranijna tout d'un coup, et se dressa sur son séant pour lui barrer le passage; son bras galvanisé brandit le fer assassin, et sa poitrine transpercée laissa échapper un de ces hurlements formidables que lui arrachait la colère. Ses dents claquaient dans un dernier accès de lièvre, et avant de s'éteindre tout-à-fait, ses yeux ternes jetaient des reflets rougeàtres aux lueurs de la porte carbonisée. Ce spectacle fit reculer Thecla ; elle crut \oir la mort armée de sa faux, telle (pie le cauchemar de la peur l'evoqne au chevet du moribtMid. ri

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SCS genoux, brisés par tant d'émotions, se dérobant sous elle, elle fut obligée de s'appuyer contre un oranger pour ne pas tomber; ses pieds baignaient, à son insu, dans le sang de la mourante. Ce terrible têteà-tête se prolongea longtemps: la négresse, élayée par un des angles de la porte, gardait son séant malgré elle; abusée, intimidée par ce simulacre de vie. Thécla ignorait qu'elle n'avait devant elle qu'un fantôme, et que le souffle d'un enfant aurait abattu ce fer menaçant qu'une dernière convulsion de l'agonie soutenait à peine encore. Elle était là, muette, balctante, l'œil fixé devant elle, l'oreille tendue en arrière; et prise entre deux dangers également redoutables, elle n'osait affronter ni l'un ni l'autre. Son anxiété était horrible, elle ne pouvait durer : Hervvart, ne la trouvant pas dans l'habitation, ne pouvait manquer, pensait-elle, de la chercher au dehors; cette poursuite la faisait trembler plus encore que la lame aiguë du yatagan. Un bruit de pas que le vent apporta jusqu'à elle exaspéra ses esprits : elle se revit sans défense aux bras de son ravisseur, et rassemblant toutes ses forces dans ce moment décisif, elle s'élança comme un faon à travers le vide de la porte ; à ce choc brusque et rapide, le fer tomba des mains de la muette, la nuiette elle-même tomba lourdement; elle était morte.

Tliécla était libre.

Que faire de cette liberté? A qui demander appui? Où chercher un refuge? («uidée par la voix des flots débordés, elle atteignit le Marlil, qui grondait sourdement au milieu des ténèbres, et qui lui fermait le

passnge. Se croyant toujours poursuivie, toujours près d'être atteinte, elle errait avec angoisse sur la rive, comme l'ombre gémissante des corps sans sépulture errait au bord de la rivière infernale.

Elle savait que ïetuan et la maison paternelle étaient de l'autre côté du fleuve; mais comment le franchir, seule, la nuit, après un orage qui l'avait si démesurément enflé? Repousséc et vaincue par l'impossible, elle se rappela plus qu'elle ne vit le bois de caroubiers où le hasard l'avait conduite une fois, et, cherchant les fourrés les plus épais, elle s'y enfonçai avec l'intrépidité de la terreur, de l'espérance, en attendant que le jour et l'occasion vinssent à son secours. Que les minutes étaient longues! qu'elles pesaient lourdement sur son cœur! Egarée au sein d'unecontrée sauvage, inconnue, dans l'horreur d'une nuit de désastre, elle se laissa tond)er de fatigue, d'epuisement, au pied d'un arbre, et, se prenant la tête dans les deux mains, elle s'abandonna à une rêverie que le grondement orageux du fleuve rendait plus sombre et plus lugubre. Elle faisait sur sa destinée un retour douloureux ; elle déj)lorail amèrement les illusions perdues, l'espoir déçu, la fleur du bonheur eiVeuillée et flétrie avant même d'avoir eclos. C'est qu'aussi l'école de la réalité avait été bien sévère pour elle, et lui avait fait expier bien durement les romans de son imagination; du haut des rêves qui avaient bercé son adolescence sur leurs ailes d'or, l'expérience l'avait précipitée dans les abimes du ilesenehantement et du doute. Quelle épreuve pour une première passion ! Quelles luttes! Quelle épouvanta-

blo calastroplie! Sa vie déjeune fille était ravagée, tout un avenir de poésie et d'amour s'était englouti dans cet horrible naufrage. Elle accusait de tous ses maux ce voyage fatal qu'elle avait salué naguère avec tant d'enthousiasme; elle maudissait l'Afrique, elle pleurait sa Scandinavie; elle s'y envolait parla pensée, comme si elle eût dû retrouver là ses quinze ans et ses illusions. Puis, se reprochant tout d'un coup son vœu, elle le révoquait avec un empressement mêlé d'effroi. Un intérêt mystérieux, qui n'était d'abord qu'une vague préoccupation, mais qui avait grandi dans la solitude, et qu'à présent même encore elle s'avouait à peine, tant il était profondément enseveli dans son cœur, l'enchainait, à son insu, sur ces terres perfides où ses premiers pas avaient été suivis d'une chute si rude. Une voix intérieure lui disait qu'une réparation éclatante lui était réservée, puisqu'elle lui était duc, et que sa blessure serait bandée et guérie, non par la main qui l'avait faite, elle ne l'aurait pas voulu, mais aux lieux mêmes où elle l'avait reçue. Certes, il fallait que l'espérance fût enracinée bien avant dans son âme pour avoir résisté à un pareil ouragan et pour se faire jour à une pareille heure; mais l'espérance a dans les cœurs jeunes, quoique éproiivés déjà, une vitalité qui défie l'expérience; semblable au rameau d'or mylhologi- (jue, à chaque (leur, à chacpie feuille qu'elle perd, elle on fait éclore ime nouvelle à l'instant.

Thécla s'était absorbée dans le ujonde intérieur au point d'oublier le lieu où elle se trouvait et les dangers qui l'environnaient de toutes parts; la terreur

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la réveilla comme d'un songe, et la rappela tout entière aux horreurs desasilualion.Elle entendit (juelque chose se mouvoir au milieu des caroubiers, et distingua bientôt, à travers les ténèbres déjà moins épaisses, une forme si vague, si confuse encore, que l'œil n'aurait pu dire si c'était un homme ou un animal; mais pour son imagination pleine d'une seule image, d'une seule crainte, c'était Herwart, ce poursuivant redouté, qu'elle croyait toujours si près d'elle, et qui en était déjà si loin. Tantôt la vision s'éloignait, tantôt elle se rapprochait, allant de côte et d'autre, comme on va quand on cherche. Thécla n'avait donc pas été aperçue, ou ce n'est point à elle qu'on en voulait; cette idée pourtant ne la rassura pas; cachée par l'arbre au pied duquel elle était tombée, elle n'osait pas fuir, de peur d'attirer l'attention sur elle; le jour qui commençait à poindre ne révélerait que trop tôt sa présence. Enfin, aux premières lueurs de l'aube, elle reconnut un homme dans la forme mystérieuse qui rôdait autour d'elle, et cet homme n'était pas Uerwart. Elle en remercia le Ciel au fond de son âme, et, voyant un ami dans tout ce qui n'était pas lui, elle se leva sans hésiter, et alla d'un pas confiant au-devant de rincomiu, comme audevant d'un protecteur que la Providence lui envoyait; cet incomui n'était autre que le santon. Il avait passe toute la nuit à la [)onrsuite de la prisonnière; c'est lui qui l'avait chassée de sa chambre, lui dont l'approche lui avait donne l'énergie de franchir le seuil garde par le spectre de la muette: ne la trouvant pas dans l'habilation, et l'ayant en vain cher-

choc dans toutes les parties du jardin, un instinct brutal l'avait mis sur sa trace, et il explorait alors le bois qui lui servait de refuge. Il p lussa, en l'apercevant, un cri de joie qui la fil frémir, et se rua sur elle comme une bête fcroce. Effrayée d'un si sauvage accueil, elle se rejeta en arrière; mais il lui prit le bras, et l'entraîna de force du côté du jardin. Toutes paroles étaient inutiles, toute explication impossible f ils ne se comprenaient pas. En vain Thécla témoignait-elle par ses cris, par ses gestes, qu'elle voulait passer le fleuve et gagner la ville; en vain se debatlail-elle avec angoisse, et s'attachail-elle, par un effort désespéré, à tous les troncs, à toutes les branches qu'elle pouvait saisir, la serre qui l'ctrcignail était plus forte qu'elle et lui faisait lâcher prise; l'inexoral)le More allait tout droit devant lui sans même dél(turner la tête, comme un chacal qui emporte une ])roie dans sa tannière jxiur la dév()rer plus à son aise. Mais pourquoi la ramenait-il dans sa prison, et quel inlerêl pouvail-il avoir à la livrer à son geôlier? Cette (jneslion, qu'elle s'adressait à elle-même, prouvait qu'elle ne se faisait aucune idée du nouveau coup qui la menaçait; elle ne devait être que trop tôt éclairée.

Le jour avait paru, et souriait aux désastres de la nuit; les arbres, encore tout baignés de pluie, élincelaient de mille feu aux premiers rayons de l'aurore; les eaux, rentrées peu à peu dans leur lit, n'avaient pas encore repris leur limpidité; leur couleur mate et jaunâtre attestait les convulsions qui les avaient agitées. Le sol était jonché d'oiseaux lues par

la tempête; ceux qui leur survivaient battaient de l'aile avec insouciance, et saluaient le retour de la lumière par leur chant accoutume. Le ciel , purifie par l'orage, était d'une sérénité radieuse, l'air du malin frais et léger; le soleil levant acheva de dissiper les vapeurs de la terre, et, inondée de clarté?, la création tout entière respirait le bien-être, la joie et la fécondité.

C'est au milieu de ces impressions vivifiantes et réparatrices que Thécla repassa de force le seuil du jardin maudit; le cadavre de la muette le couvrait encore; SafTah l'écarta du pied et continua sa marche impitoyable sans donner le moindre signe d'étonnementou de pitié. Thécla, qui ne savait pas la négresse morte, frémit de surprise et d'horreur h la vue de cette sanglante dépouille : son esprit conft)ndu se perdait en conjectures, qui se détruisaient les unes les autres, sur les catastrophes incompréhensibles de cette nuit d'épouvante; elle les comprit bien nu)ins encore lorsqu'elle vit SalTah aller droit à riiabilation et en prendre possession comme s'il eût ele chez lui; il l'entraîna et la déposa dans sa propre chaiid)re, car il en avait appris le chemin peu d'heures aupara\aiit; alors seulement, elle commença de soupçonner la vérité. Elle s'était d'abord allendue à voir paraître llervvart; llervvart ne parut point, et l'assurance, les regards, les gestes elTrenés du luxurieux s:inlon disaient assez clairement qu'il n'était point un instrument des passions d'aulrui, mais qu'il agissait au profit des sieinies. La lutte infànie sonteimc la miit même par Thécla avait arraché le voile h ses

youx déjeune fille; elle devait à ce brutal assaut une affreuse, une dclestahle expérience; et puis, ne l'eùtelle pas eue, la conduite de Saflah ne lui aurait pas permis longtemps le doute sur la nature de ses prélenlions..

Il essaya d'abord de lui faire entendre par signes qui il était, ce qu'il voulait, et quelle gloire, quelle sanctification c'était pour elle d'avoir obtenu sa préférence; car il ne croyait pas implorer une faveur, mais bien en accorder une. Tbécla affecta longtemps de ne pas comprendre : quand il ne lui fut plus possible de jouer l'ignorance, elle répondit par un geste de dégoût aux propositions qu'on osait lui fiiirc, et réclama avec véliémcnce sa liberté; elle tenta même l'initiative, et fit un pas pour sortir. Irrité dans sa convoitise, l'Africain la retint, et posa insolemment sur clic sa main osseuse et décharnée; la morsure d'un reptile l'eût moins dégoûtée que ce contact immonde; ii.ais elle avait éprouvé l'inutilité de la résistance et des supplications; elle se dispensa d'y recourir de nouveau, et le desespoir se tournant chez elle en dissimulation, elle feignit d'entrer dans les vues du More, afin de gagner du temps; ne pouvant échapper à force ouverte, elle espérait le faire par surprise, et c'est dans ce but qu'elle prolongeait cet exécrable et muet entretien.

File eut assez d'empire sur elle pour paraître calme et pour cacher ses terreurs sous un air «legagé; elle (il signe au santon de la suivre dans la pièce voisine, et alla s'asseoir au i)iaiio pour essayer sur lui reflet de la musique. Aux premières notes, SalTah releva la

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l(}te, L'I dressa l'oreille comme un jeune cheval au cri éclatant du clairon; toutefois son regard témoignait plus (i'élonncment que de plaisir; absorbe dans une profonde immobilité, il écouta quelque temps en silence, comme s'il eût cherché à se rendre compte de ce qu'il entendait et de ce qu'il éprouvait; un rayon d'espérance traversa et récbaulï'a le cœur glace de Thecla : elle se flatta d'avoir renouvelé h; miracle d'Orphée, en apprivoisant cette brute à lèle humaine, et elle suivait de l'œil, avec une anxiété qui passait dans son exécution, tous les mouvements de cette physionomie sauvage. Son espoir dura peu :1e santon redevint l)ienlot lui-même; s;)n œil hagard jetait de côte et d'anlre des regards inquiets et (arouches; le poil de sa barbe se hérissait comme les dards d'un |)orc-épic; l'écume lui sortait des lèvres, et tout son corps était saisi d'un tremblement con\u!sif:il avait l'air de se débattre contre la puissance d'un sortilège; levant tout d'un coup son bâton de caroubier, qui ne le quittait jamais, il se mit à frapper à cou[)s redoublés sur l'instrument malélique; le piano vola en mille pièces, et, renversée par le choc, Thécla se retrouva sans défense au pouvoir de son ignoble ennemi. Rendu à sa brutalité naturelle, l'obscène vieillard s'accroupit devant sa proie comme «m représente le cauchemar au chevet de la liè\re, et sa lubricité furieuse ne connaissant plus de fiein, il allait se livrer aux derniers excès, lorsque Thecla, innnobile sous son genou de fer, poussa un cri de desespoir qui la sauva. Vue >oix, quelle voix, grand Dieu! lui répondit du jardin, en rapi)elanl par son notu, et avant

que Saiïaii se tïil a{icn'u de rien, une luaiu vigoureuse le prit à la gorge et le terrassa à cùlé de sa victime.

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