‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 196 sur 456 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

Mais quand tu récitois des faits moins glorieux,

Sa foi partout offerte et reçue en cent lieux;

Hélène à ses parents dans Sparte dérobée ;

Salamine témoin des pleurs de Péribée;

Tant d'autres, dont les noms lui sont même échappes,

1 rop crédules esprits que sa flamme a trompes :

Ariane aux rochers contant ses injustices S

Phèdre enlevée enfin sous de meilleurs auspices; 9^^

Tu sais comme à regret écoutant ce discours,

Je te pressois souvent d'en abréger le cours,

Heureux si j'avois pu ravir à la mémoire

Celte indigne moitié d'une si beUe histoire.

VA moi-même, à mon tour, je me verrois lie ! 9^

E\ les Dieux jusque-là m'auroient humilie /

Dans mes lâches soupirs d'autant plus méprisable,

Ou'un long amas d'honneurs rend Thésée excusable,

Qu'aucuns monstres par moi domptés jusqu aujourd hm

m'ont acquis le droit de faiUir comme Im. too Quand même ma fierté pourroit s'être adoucie, Aurois-je pour vainqueur dû choisir Aricie?

Occidit ille Sinis, magnis maie viribus mus.

Qui poterat cufvare trabes, et agebat ab alto

Ad terrant late sparsuras corpora pinus.

Tuius ad Alcaihoen, Lelegeia mœnia, hmes,

Compo&ito Scirone, patet.,..

« 0 grand Thésée,Marathon t'a admiré couvert du sang du Mino taure: si e ce on de Gromyon laboure sa terre en sûreté c'est t^n œuvre et on bienfait. Sous tes coups Epidaure a vu tomber le lils de Vulcam a rterrlb e massue. La rive du Céphise a vu périr le cruel Procruste: EleusTs vme de Gérés, a vu la fm de Cercyon. Mort aussi ce Smis^qm usa^ sv mal de sa force prodigieuse, capable de courber des arbres e > ^ ovant Uisqu'à terre des pins qui, en se redressant, éparpillaient dans t lir^'rcorps de sL vicUmes. Sciron détruit laisse le chemm de Me

'TZ^IcSre^-^^-^^^ésée reut abandonné à Naxos. Le terme

donnfpar Racine à l'idée vient du ^0-^'- f\LZetT^^^ Catulle (les plaintes d'Ariane dans ïEpUhalame de Ueti^ et de Pelée).

PHÈDRE

Ne souviendroil-il plus à mes sens égarés

De l'obstacle éternel qui nous a séparés ?

Mon père la réprouve ; et par des lois sévères io5

Il défend de donner des neveux à ses frères :

D'une tige coupable il craint un rejeton ;

Il veut avec leur sœur ensevelir leur nom,

Et que jusqu'au tombeau soumise à sa tutelle,

Jamais les feux d'hymen ne s'allument pour elle. iio

Dois-je épouser ses droits contre un père irrité ?

Donnerai-je l'exemple à la témérité ?

Et dans un fol amour ma jeunesse embarquée..,.

THÉRAMÈNE

Ah ! Seigneur, si votre heure est une fois marquée,

Le ciel de nos raisons ne sait point s'informer. ii5

Thésée ouvre vos yeux en voulant les fermer;

Et sa haine, irritant une flamme rebelle,

Prête à son ennemie une grâce nouvelle.

Enfin d'un chaste amour pourquoi vous effrayer?

S'il a quelque douceur, n'osez- vous l'essayer? 120

En croirez-vous toujours un farouche scrupule ?

Craint-on de s'égarer sur les traces d'Hercule ?

Quels courages Vénus n'a-t-elle pas domptés?

Vous-même, où seriez-vous, vous qui la combattez,

Si toujours Antiope à ses lois opposée, 126

D'une pudique ardeur n'eût brûlé pour Thésée*?

Mais que sert d'affecter un superbe discours ?

Avouez-le, tout change; et depuis quelques jours

1. Cette idée avait été exprimée par Molière dans le style comique {Femmes savantes, 1, 1, v. 77-80). Racine a dû la prendre dans Gilbert, qui écrivait :

Dites-moi, seriez-vous du nombre des vivants, Auriez-vous de lauriers la tête couronnée, Si la belle Antiope eût fui l'hyménée?

Pouvez-vous rhonorer et ne l'imiter pas? (II, 3.)

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