‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 209 sur 456 · ACTE I, SCÈNE III. 'ÎSO · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. 'ÎSO

Je cherchois dans leurs flancs ma raison égarée.

D'un incurable amour remèdes impuissants * î

En vain sur les autels ma main brûloit l'encens :

Quand ma bouche imploroit le nom de la Déesse, 285

J'adorois Hippolyte; et le voyant sans cesse,

Même au pied des autels que je faisois fumer,

J'offrois tout à ce dieu que je n'osois nommer.

Je l'évitois partout. 0 comble de misère !

Mes yeux le retrouvoient dans les traits de son père. 290

Contre moi-même enfin j'osai me révolter :

J'excitai mon courage à le persécuter.

Pour bannir l'ennemi dont j'étois idolâtre,

J'afîects^i les chagrins d'une injuste marâtre ;

Je pressai son exil, et mes cris éternels 295

L'arrachèrent du sein et des bras paternels.

Je respirois, Œnone; et depuis son absence,

Mes jours moins agités couloient dans l'innocence.

Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,

De son fatal hytnen je cultivois les fruits. 3oo

Tô î^oT^^ov a)v6{Jt,aÇev tSpiiaôai ôeàv.

« Avant de venir dans ce pays de Trézène, sur le rocher même de Pallas, Phèdre fonda un temple de Gypris en un lieu d'où l'on a vue sur cette terre : témoignage de son amour pour un absent. Et le nom d'Hippolyte fut celui qu'elle donna au sanctuaire de la déesse. >>

1 Louis Racine rapproche de ces vers ceux de Virgile (livre IV, vers 63 et suivants), qui semblent en effet les avoir inspires :

... Pecudumque reclusis Pectoribus inhians, spirantia consUlU exta. Heu vatum ignarae mentes! Quid vota furentem, Quid delubra juvant?....

(Note de M. P. Mesnard.)

« Ouvrant les poitrines des victimes, ainsi, elle consulte les entrailles ^palpitantes. Hélas! ignorance du destin! Que servent les prières, que servent les temples, dans ce délire !»

PHÈDRE

Vaines précautions! Cruelle destinée!

Par mon époux lui-même à Trézène amenée,

J'ai revu l'ennemi que j'avois éloigné :

Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.

Ce n'est plus une ardeur dans> mes veines cachée : 3o5

C'est Yénus toute entière à sa proie attachée*.

J'ai conçu pour mon crime une juste terreur ;

J'ai pris la vie en haine, et ma flamme en horreur.

Je voulois en mourant prendre soin de ma gloire,

Et dérober au jour une flamme si noire : 3io

Je n'ai pu soutenir tes larmes, tes combats;

Je t'ai tout avoué ; je ne m'en repens pas,

Pourvu que de ma mort respectant les approches,

Tu ne m'affliges plus par d'injustes reproches,

Et que tes vains secours cessent de rappeler 3i5

Un reste de chaleur tout prêt à s'exhaler.

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