PHÈDRE, THÉSÉE
PHÈDRE
Sei^rneiir, je viens à vous, pleine d'un juste effroi.
Votre voix redoutable a passé jusqu'à moi.
Je crains qu'un prompt effet n'ait suivi la menace.
S'il en est temps encore, épargnez votre race, 1170
Respectez votre sang, j'ose vous en prier.
Sauvèz-moi de l'horreur de l'entendre crier*;
Ne me préparez point la douleur éternelle
De l'avoir fait répandre à la main paternelle.
THÉSÉE
Non, Madame, en mon sang ma main n'a point trempé; Mais l'ingrat toutefois ne m'est point échappé. Une immortelle main de sa perte est chargée. Neptune me la doit, et vous serez vengée.
PHÈDRE
Neptune vous la doit! Quoi? vos vœux irrités....
THÉSÉE
Quoi? craignez-vous déjà qu'ils ne soient écoutés? uSq Joignez-vous bien plutôt à mes vœux légitimes. Dans toute leur noirceur retracez-moi ses crimes ; Échauffez mes transports trop lents, trop retenus. Tous ses crimes encor ne vous sont pas connus :
1. Modification peu heureuse de la vieille image biblique qui reparaîtra dans Atkalit i « U sang de vos rois crie » (v. 89).
PHEDRE
Sa fureur contre vous se répand en injures : ii85 Votre bouche, dit-il, est pleine d'impostures; Il soutient qu'Aricie a son cœur, a sa foi, Qu'il l'aime.
PHÈDRE
Quoi, Seigneur?
THÉSÉE
Il Ta dit devant moi.
Mais je sais rejeter un frivole artifice. Espérons de Neptune une prompte justice. T190 Je vais moi-même encore au pied de ses autels Le presser d'accomplir ses serments immortels.