‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 255 sur 456 · SCÈNE VI PHÈDRE, (ENONE · texte numérisé non relu

SCÈNE VI PHÈDRE, (ENONE

PHÈDRE

Chère Œnone, sais-tu ce que je viens d'apprendre?

ŒNONE

Non; mais je viens tremblante, à ne vous point mentir* J'ai pâli du dessein qui vous a fait sortir; J'ai craint une fureur à vous-même fatale.

Œnone, qui l'eût cru? j'avois une rivale.

ŒNONE

Comment?

PHÈDRE. ■'

Hippolyte aime, et je n'en puis douter. Ce farouche ennemi qu'on ne pouvoit dompter, 1220 Qu'off'ensoit le respect, qu'importunoit la plainte^ |€e tigre, que jamais je n'abordai sans crainte, Soumis, apprivoisé, reconnoît un vainqueur : Aricie a trouvé le chemin de son cœur*

PHÈDRE

ŒNONE

Aricie?

PHÈDRE

Ah! douleur non encore éprouvée! laaS A quel nouveau tourment je me suis réservée î Tout ce que j'ai souffert, mes craintes, mes transports, La fureur de mes feux, l'horreur de mes remords, Et d' un refus cruel l'insupportable injure N'étoit qu'un foible essai du tourment que j'endure. 1280 Ils s'aiment! Par quel charme ont-ils trompé mes veux? Comment se sont-ils vus? Depuis quand?Dans quels lieux? Tu le savois. Pourquoi me laissois-tu séduire? De leur furtive ardeur ne pouvois-tu m'instruire? Les a-t-on vus souvent se parler, se chercher? i235 Dans le fond des forêts alloient-ils se cacher? Hélas ! ils se voyoient avec pleine licence. Le ciel de leurs soupirs approuvoit l'innocence; Ils suivoient sans remords leur penchant amoureux. Tous les jours se le voient clairs et sereins pour eux. 1240 Et moi, triste rebut de la nature entière. Je me cachois au jour, je fuyois la lumière ; La mort est le seul dieu que j'osois implorer. J'attendois le moment où j'alîois expirer; Me nourrissant de fiel, de larmes abreuvée, 1245 • ncor dans mon malheur de trop près observée, Je n'osois dans mes pleurs me noyer à loisir; Je goûtois en tremblant ce funeste plaisir; Et sous un front serein déguisant mes alarmes, Il falloit bien souvent me priver de mes larmes. iaSk.

ŒNONE

Quel fruit recevront-ils de leurs vaines amours? Ils ne se verront plus*

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