ACTE I, SCÈNE I
De Taltière Vaslhi*, dont j'occupe la place,
Lorsque le Roi, contre elle enflammé de dépit,
La chassa de son Irône, ainsi que de son lit.
Mais il ne put sitôt en bannir* la pensée. 35
Vaslhi régna longtemps dans son âme otTensée.
Dans ses nombreux Élats' i| fallut donc chercher
QiK'lqne nouvel objet qui l'en pût détacher.
De riude à l'Ilellespont ses esclaves coururent*. 40
Les filles de l'figyple à Suse comparurent.
Celles même du Parthe et du Scythe indompté
Y briguèrent le sceptre oIFert à la beauté.
1. Voici ce que dit la Bible de cette disj^râce : îtaque die sppHmo cum liex esset hilnrior, et post niminm polalionem in* a uissel merOy praevepU... Sfptem eunuchis qui in conspectu ejus minis/rabant, — ut tnlrofl'werent reginotn Vnstki coram Heqe^ pnnio super caput ejus dniiUmate, ut oalendi'ret cunrfis popnlis et prlncip>hus puirhrttudinem illim: erat euim pulchrn valde — Quse renuit, et ad liegis imperium^ qu(td per eunuchos mandnvernt, vemre con/emps/t. (E.sther. \, 10-12.) « Le septième jour, comme le roi ëtail gai, et échauffé par le vin qu'il avait bu avec exi'ès, il ordontia à sf>pt eunuques qui servaient en sa présënce, d'aller chercher la reme Vasthi et dé l'aiiiener devant Im, le diadème sur la tête, pour montrer à tous, peuples et princes, sa grande beauté : car elle él^il bell»? extrêmement Va-thi refusa, et ne daigna pas se ren<lre à l'ordre du roi, q .e les eunuque s lui avaient porté.»
2. a (lis lia gestis^ poslquam fiegis Assueri indignatio de/erbueratf recorda tus eut Vasthi et quaa feciAset^ vel quas passa esset, » (Esther^ II, 1.) i Quand la colère d'Assuérus se fut refroidie, il se souvint de Yïsthi, de ce qu'elle avait" fait, et de la façon dont on l'avait traitée. »
3. Hegnnvlt ab Indin iisque ad jEthiopiam, super centurn viginti septem prov ncias, (Es/her, I, l.) « Il régna de l'Inde à l'Élhiopie sur cent viiigt-<epl provinces. »
>. Dixerunlque priori Régis ac ministre ejus . Quxrnntnr Régi puellx virgin^'s ac specimse, — et miUnntur qui considèrent per unirersas prorinrias puellas speciosns et nirgines, et addiiinnt ens nd civiiat'em Susan, el tradant eas in domum femtnnrum sub mnnu Egei eunuchi^ qui est prxpositus et cusfos mulierum reginrum : et ncripinnl tnundum muiiebrrm, et cetera ad asus necessaria ; — et quïpcnmque inter onnvs 9culis Reg/s ptacuertt, ipsn regnet pro Vasthi. Vlacuit sermo rrgt, et ita. u( suggesseranl, jussit fieri (Estht^r, 11, 2-4 | « Les serviteurs et mini tresdu Koi dirent : « Qu'on cherche pour le Roi de belles vier ges
RACINE. TIIKATRE CHOISI, QO
ESTHER
On m'élevoit alors*, solitaire et cachée, Sous les yeux vigilants du sage Mardochée. Tu sais combien je dois à ses heureux secours. 45 La mort m'avoit ravi les auteurs de mes jours. Mais lui, voyant en moi la fille de son frère, Me tint lieu, chère Élise, et de père et de mère* Du triste état* des Juifs jour et nuit agité. Il me tira du sein de mon obscurité; 5oj Et sur mes foibles mains fondant leur déUvrance, Il me fit d'un empire accepter l'espérance. A ses desseins secrets tremblante j'obéis. Je vins'. Mais je cachai ma race et mon pays.
« qu'on envoie des gens chargés de découvrir dans toutes les provinces
c les plus belles vierges : qu'ils les amènent à Suse, et qu'ils les metc tent dans l'habitation des femmes aux mains de Teunuque Égée, garc dien et surveillant des femmes du roi. Qu'elles reçoivent des parures < et tout ce qui est nécessaire. Et que celle qui entre toutes plaira aux « yeux du Roi règne pour Vasthi. » Le roi approuva ce discours : et il commanda de faire comme ils avaient conseillé. »
1. Erat vir Judxus, in Susan civitate^ vocabulo Mardochœus.... — Qui fuit nutritius filiae fralis sui Edissse, qux allero nomine vocabatur Esther : et utrumqueparentem amiserat ; pulchra nimis et décora facie. Mortuisque pâtre ejus ac matre, Mardochaïus sibi eam adoptavit in (iliam. [Esther, II, 5, 7.) « Il y avait dans Suse un Juif nommé Mardochée. Il avait élevé la fille de son frère Edissa, qui s'appelait aussi Esther, et qui était orpheline. Elle était tout à fait belle et noble de figure. Comme elle n'avait ni père ni mère, Mardochée l'adopta pour sa fille. >
2. On a reproché ici à Racine une erreur historique : depuis Cyrus les Juifs n'étaient plus captifs. Mais longtemps ceux qui revinrent alors en Palestine furent troublé- dans la reconstruction du temple, et l'on peut supposer que ceux qui demeurèrent dans l'empire perse furent souvent maltraités et vexés, isolés qu'ils étaient parmi les populations étrangères et infidèles.
3. Selon la Bible, les esclaves prennent les plus belles filles dans tout l'empire et lesamènent au palais. Esther est choisie sans que Mardochée soit consulté ; il se borne à tirer parti des événements qu'il ne peut empêcher. Esther quoque inter ceteras pue lias ei [Egeo eunucho) tra^ dita est, ut servaretur in numéro feminarum.... Qui (Mardochxvs) deambulabat quotidie unie veslibulum domus, curawi agens saluii»