‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 291 sur 456 · ACTE I, SCÈNE · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE

Qui pourroit cependant t'exprimer les cabales 55

Que formoit en ces lieux ce peuple de rivales,

Qui toutes disputant un si grand intérêt,

Des yeux d'Assuérus attendoient leur arrêt?

Chacune avoit sa i3rigue et de puissants suffrages* :

L'une d'un sang fameux vantoit les avantages; 6o

L'autre, pour se parer de superbes atours,

Des plus adroites mains empruntoit le secours.

Et moi*, pour toute brigue et pour tout artifice,

De mes larmes au ciel j'offrois le sacrifice.

Enfin on m'annonça l'ordre d'Assuérus. 65 Devant ce fier monarque, Élise, je parus. Dieu tient le cœur des rois^ entre ses mams puissantes; Il fait que tout prospère aux âmes innocentes. Tandis qu'en ses projets l'orgueilleux est trompé. De mes foibles attraits* le Roi parut frappé. 70

Esther, et scire volens quid ei accideret. (Esther, II, 8, 11.) — Qux noluit indicare ei populum et patriam suam : Mardochœus enim prxceverat ei, ut de hac re omnino reliceret. {Esthery II, 10.) « Esther fut remise à l'o'muque avec les autres filles, pour être gardée au nombre des femmes.... Mardochée se promenait chaque jour devant Iç vestibule du palais, inquiet du sort d'Esther, et voulant savoir ce qui lui arrivait. — Elle ne voulut pas indiquer sa nation ni sa patrie : Mardochée lui avait prescrit un silence absolu sur ce point. »

1. Souvenir de Tacite, lorsqu'il peint les brigues des femmes qui veulent succéder à Messaline auprès de Claude : iVec minore ambitu feminse exarserant : suam quxque nobilitaiem, formant^ opes contendere ac digna tanio matrimonio ostentare. « Les femmes ne s'étaient pas livrées à une brigue moins ardente : chacune faisait valoir sa noblesse, sa beauté, sa fortune, tous les avantages qui la montraient digne d'un tel mariage. » {Annales, XII, 1.) Racine avait résumé ce passage en un seul vers dans Britannicus (1125).

2. Quœ non qnaesivitmuliebrem culium. « Elle ne se para points »(Esthery II, 15.) Au vers suivant, les /armes d'Esther appartiennent à Racine.

3. Sicut divisiones aquarum, ita cor régis in manu Domini : quocnmque voluerit inclinabit illud. {Proverbes^ XXI, 1.) « Le cœur des Rois est dans la main du Seigneur, comme l'eau qui coule : il l'incline sur la pente qu'il veut. » Cf. plus loin, vers 729-34.

4. Erat enim formosa valde^ et incredibili pulchritudine, omnium

ESTHER

n m'observa lon^tewips dans un sombre silence,

El le ciel, qui pour moi fil pencher la balance,

Dans ce temps- là sans doute agissoit sur son cœur.

Enfin avec des yeux où régnoil la douceur :

« Soyez reine », dit-il ; et dès ce moment même 76

De sa main sur mon fronl posa son diadème*.

Pour mieux faire éclater sa joie et son amour,

il combla de présents tous les grands de sa cour;

Et même ses bienfaits, dans toules ses provinces,

Invitèrent le peuple aux noces de leurs princes' 80

Hélas! durant ces jours de joie et festins, Quelle étoit en secret ma honte et mes chagrins! « Eslher, disois-je, Esther dans la pourpre est assise, La moitié de la terre à son sceptre est soumise, Et de Jérusalem l'herbe cache les murs ' 85|oi Sion, repaire affreux de reptiles impurs^, Voit de son temple saint les pierres dispersées*, El du Dieu d'israél les fêtes sont cessées! »

ociilis giuitlosa et amabilis viâehatur. .. Et adamavit éam rex plus qunm omnps mnlieres. « Eli.- était bolle extrêmetnent, elle éta l incroyablement belle, pl lisante et ainiaMe t tons les yeux.... Et le roi l'aima plus qu»» toutr's les femmes. t>(Esl/ifr, II, 15, 17.)

1. Et posiùt diadetnn regni in capite ejus, fecifque eam regnnre m loco Vnsthi. • Il posa le diadème royal sur son front, et il la fit régner à la |)lace de Vasthi » {Esther, II, M.)

2. E' jussit cnnvinium prx/mrari p^rmagnificum ctinclLs principibiis et servis suis, pro von junciiov*' et nuptiis Eslher. Et dedlt requiem universis provinci'S, ai d>iin Inrgitus est jurtn magnificenliam principalem. (Esther, II, IS.) a 11 fit préparer un festin magnifique pour tous les princ»'s et pour tous «»es serviteurs, en l'hoanenr de -^on union avec Esther. Il donna repos à toutes les provinces, et fil des dons ;ivec une rnunifirence royale »

3 Et dnho Jerusnlem in ncervos arensp et cubilin draconum. (.lérf^'mie, IX, II.) 0 Je l'er<ii de Jérusalem un monceau de sable et un reçMire de serp' nts. » — /'/ ponat civitules Judo solitudinem et liubitaruluni dra- Cftunm.... \lbld., \, ±2.) « Pour faire des villes de Juda une solitude et an lep.nre de serfients. »

4. Les pierres dispersées. Le culte fut rétabli dans le Douvesu temple, selon Ësdra«, la sixième année du régne de Dariiu. ^

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