‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 308 sur 456 · ACTE II, SCENE I · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I

HYDASPE

Quel est cet ennemi de l*État et du Roi?

AMAN

Le nom de Mardochée est-il connu de toi? 42©

HtDASPE.

Qui? ce chef d'une race abominable, impie?

AMAN.'

Oui, lui-même.

HYDASPE

Hé, Seigneur! d'une si belle vie Un si foible ennemi peut-il troubler la paix?

AMAN

L'insolent devant moi ne se courba jamais

En vain de la faveur du plus grand des monarques 4a5

Tout révère à genoux les glorieuses marques.

1. Qui? ce chef. Josèphe {Ant, Jud.^ Xï, vi, 2) dit que Mardochée était un des premiers parmi les Juifs. Il y a loin dé là â en faire le chef son peuple. Mais Hydaspe n'y regarde pas de si près.

2. Cunctique servi Régis, qui in foribus palatii versahantut, flectebant genun et adorabant Aman; sic enim prasceperût eis imperator; solus Mardochseus non flectebat genU^ neque adorahat eum, {Esther, IIl^ 2.) « Tous les serviteurs du Roi qui étaient aux portes du palais fléchissaient le genou et àdoraient Aman. Ainsi l'avait commandé le Roi. Seul Mardochée ne fléchissait pas le genou et ne l'adorait pas. » — Egressus est itaque illo die Aman Ixtus et alacer. Cumque vidisset Mardochœum sedentem ante fores palatii, et non solum non assurrexisse sibi, sed ne motum quidem de loco sessionis suœ, indignatus est valde. [Esther, V, 9.) « Donc Aman sortit ce jour-là joyeux et allègre. Et ayant vu que Mardochée, assis à la porte du palais, non seulement ne se levait pas pour lui, mais même ne bougeait pas de sa place, il s'indigna ▼iolemment. » Cette adoration exigée par Aman est la 'rtpocrxuvT^dtç, en usage à la cour de Perse et qui révoltait tant la fierté grecque.

ESTHER

Lorsque d'un saint respect tous les Persans touchés

iS'osent lever leurs fronts à la terre attachés,

Lui, lièi ement assis, et la tete immobile,

Traite tous ces honneurs d'impiété servile, 43o

Présente à mes regards un front séditieux,

Et ne daigneroit pas au moins baisser les yeux.

Du palais cependant il assiège la porte* :

A quelque heure que j'entre, llydaspe, ou que je sorte,

Son visage odieux m'afllige et me poursuit; 435

Et mon esprit troublé le voit encor la nuit.

1. Il assiège la porte. Racine, comme le tait observer M. P. Mesnard, semble avoir compris, ici et aux vers 560-562, « que Mardochée venait s'asseoir devant cette porte comme eût pu le faire tout passant ». M. P. Mesnard, après M. A.-C. Goquerel, pense que Mardochée avait un office à la cour de Suse et que c'es: là le sens de l'expression manere ad januam Regis^ comme on le voit dans le Livre de Daniel. 11 "rappelle que les Septante la traduisent au Livre d'Esther (II, 19) par ces mots èôepàireuev èv aûXfi; qu'enfm les Additions au Livre d'Est ker {11, Z) donnent à entendre que Mardochée était, même avant qu'Esther fût reine, magnus et inter primos aulœ regix. Saci voit aussi dans Mardochée un officier de la maison du roi. Le Dictionnaire de La Bible de Smith (art. Mordegai) déclai'e qu'on ne sait pas si Mardochée était entré au service du roi avant la fortune d'Esther. Les Additions au Livre d'Esther ne peuventguère faire autorité; la traduction sOîpàTtsuev résulte de l'opinion que ces Additions donnent de Mardocliée. Si l'on ne prend que le récit de la Bi])Ie hébraïque, il semble que Mardochée ne fût rien au palais : il en assiège la porte pour savoir ce que va devenir Esther (II, 11). Il ne la quitte point, tant qu'on cherche des femmes dans l'empire pour remplacer Vasthi (11, 19), ce qui semble indiquer qu'il ne s'y tenait point avant. Enlin c'est an temps où Mardochée était à la porte du roi, que Dagathan et Tharès conspirèrent (II, 21): d'où l'on peut inférer qu'il n'y avait pas toujours été. Il est vrai qu'au chapitre m (2, 3) Mardochée semble être rangé parmi les serviteurs du roi, qui tous, lui seul excepté, adorent Aman, selon l'ordre donn*^ par l'empereur à sqs domestiques. Cependant, si Mardochée avait été oihcier du palais, n'aurait-il pas eu ù s'acquitter de la nooTXÛvqTL; avant l'avènement d'Aman? eût-il conservé cette rigidité, qui l'empêche de quitter le sac dont il s'est revêtu dans sa douleur, et de prendre une robe pour pénétrer dans le palais? — Il n'y a rien d'étonnant que, sans appartenir à la maison du roi, il se tienne à la porte du palais, dont il ne semble point qu'il ait l'entrée. « Orient la porte de la

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