ACTE II, SCÈNE V
Ne donne point de borne à ma reconnoissance :
Mesure tes conseils sur ma vaste puissance. Ôgo
AUA^y tout bas.
C'est pour toi-même, Aman S que tu vas prononcer ; Et quel autre que toi peut-on récompenser ?
ASSUÉRUS
Que penses-tu?
AMAN
Seigneur, je cherche, j'envisage Des monarques persans là conduite et l'usage. Mais à mes yeux en vain je les rappelle tous : ÔqS Pour vous régler sur eux que sont-ils près de vous ? Votre règne aux neveux doit servir de modèle. Vous voulez d'un sujet reconnoître le zèle, L'honneur seul peut flatter un esprit généreux : Je voudrois donc, Seigneur, que ce mortel heureux, 600 De la pourpre aujourd'hui paré comme vous-même, Et portant sur le front le sacré diadème. Sur un de vos coursiers pompeusement orné, Aux yeux de vos sujets dans Suse fût mené ; Que pour comble de gloire et de magnificence, 6o5 Un seigneur éminent en richesse, en puissance, Enfin de votre empire après vous le premier^ Par la bride guidât son superbe coursier ; Et lui-même, marchant en habits magnifiques, Criât à haute voix dans les places pubhques : 610 « Mortels, prosternez-vous : c'est ainsi que le Roi Honore le mérite et couronne la foi^ )).
1. Cogitans autem in corde suo Aman, êt reputans quod nullum alium Rex,nïsise,vellet honorare. {Esther,\\, 6.) « Aman, songeant en son cœur et se disant que le Roi ne voulait honorer personne autre que lui. »
2, Respondit : Homo^ quem rèx honomre cupit^— débet indui vestihus
ESTHER
ASSUÉRUS
Je vois que la sagesse elle-même t'inspire.
Avec mes volontés ton sentiment conspire.
Va, ne perds point de temps. Ce que tu m'as dicté, 6i5
Je veux de point en point qu'il soit exécuté.
La vertu dans l'oubli ne sera plus cachée.
Aux portes du palais prends le Juif Mardochée :
C'est lui que je prétends honorer aujourd'hui.
Ordonne son triomphe, et marche devant lui. 620
Que Suse par ta voix de son nom retentisse,
Et fais à son aspect que tout genou fléchisse*.
Sortez tous.