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ACTE III, SGÈNÊ L

Ils y courent en foule; et jaloux l'un de Fatitre,

bésertent leur pays pour inonder le nôtre. 7^^

Moi seul je leur résiste*. Ou lassés, ou soumis,

Ma funeste amitié pèse à tous mes amis 2

Chacun à ce fardeau veut dérober sa tête.

Le grand nom de Pompée assure sa conquête t

C'est l'effroi de l'Asie; et loin de l'y chercher, 9^5

C'est à Rome, mes fds, que je prétends marcher.

Ce dessein vous surprend; et vous croyez peut-être

Que le seul désespoir aujourd'hui le fait naître.

J'excuse votre erreur; et pour être approuvés,

De semblables projets veulent être achevés^. 79®

Ne vous figurez point que de cette contré© Par d'éternels remparts Rome soit séparée. Je sais tous les chemins par où je dois passer; Et si la mort bientôt ne me vient traverser, ,Sans reculer plus loin l'effet de ma parole, 79^ Je vous rends dans trois mois au pied du Gapitole. Doutez-vous 5 que VÈmin ne me porte en deux jours

divitiarumque avidos ac jejunos habere. « Ainsi tout ce peuple des appétits de loup, insatiable qu'il est de sang et de domination, avide et altéré de richesses, w

1 Nos suspecii sumus semuli, et in tempore vindiees adfutuH. (Sâlluste, Lettre de Mithridate.) « Je leur suis suspect, comme rival pour le présent, et pour l'avenir, vengeur. »

% Tacite dit : milus cunctationi locus est in eo consiho, quod non .potesi laudari, nisi peractiim, « Il n'y a pas lieu d'hésiter dans un projet^ qui pour être loué^ a besoin d'ête-e exécuté. *

s' L'abbé du Bos, dans ses Réflexions sur la poésie et la peinture, écrit : « Il en pouvait bien douter, dit un prince (le prince Eugène de Savoie) qui a commandé des armées sur le bord du Danube, et qui, comme Mithridate, a conservé sa réputation de grand capitale âans l'une et l'autre fortune, puisque la chose est réellement iBipossible.... Le vers qu'il fait dire à Mithridate :

Je vous rends dans trois mois au pied du Gapitole (Racine), '

révolte ce«ï qui ont quelque connaissance de lâ distance dës lieux.... »> il convient de remafF^neFfavec Lô^is Ra#iii6, que MHferidàteâ^ lai^^

MITHRIDATE

Aux lieux ou le Danube y vient finir son cours?

Que du Scythe avec moi l'alliance jurée

De l'Europe en ces lieux ne me livre l'entrée? 80

Recueilli dans leurs ports, accru de leurs soldats,

Nous verrons notre camp grossir à chaque pas.

Daces, Pannoniens, la fière Germanie,

Tous n'attendent qu'un chef contre la tyrannie.

Vous avez vu l'Espagne*, et surtout les Gaulois, 8o5

Contre ces mêmes murs qu'ils ont pris autrefois

Exciter ma vengeance, et jusque dans la Grèce,

Par des ambassadeurs accuser ma paresse.

Ils savent que sur eux prêt à se déborder.

Ce torrent, s'il m'entraîne, ira tout inonder; 810

Et vous les verrez tous, prévenant son ravage,

Guider dans l'Italie et suivre mon passage.

séduire par sa passion et voit plus de facilité dans son entreprise qu'il n'y en a réellement. Ces erreurs même qu'il fait sur les distances et les marches sont des traits de caractère, et sont bien do l'homme qui, vaincu, traqué, contraint de se faire passer pour mort, estime toutes les circonstances favorables au plus gigantesque projet qu'on puisse! concevoir :

A mes nobles projets je vois tout conspirer.

1. « Ce fut Mithrid^te qui, suivant Cicéron, envoya des ambassadeurs aux Espagnols. Usque in Hispaniam legatos Ecbatanis misit ad eos duces quibuscum tum bellum gerebamus. [Pro lege Manilia, IV. ) « D'Ecbatane il envoya une mission jusqu'en Espagne, auprès des chefs qui alors nous faisaient la guerre. » — Cicéron dit aussi {Pro Murœna, XV) que Mithridate songeait à joindre ses troupes à celles de Sertorius; et Florus, en parlant de ce même Sertorius (L ÎII, ch. xxn), s'exprime ainsi : Ad Mithridatem quoque Ponticosque respexit^regemque classe juvit. « (Sertorius) eut égard aussi à Mithridate et au royaume du Pont, et il aida le roi de sa flotte. » Au temps où se passe l'action de la tragédie, la guerre de Sertorius était terminée depuis plusieurs années; mais Mithridate pouvait avoir encore l'espérance de rallumer la guerre eu Espagne. Appien, Guerre de Mithridate^ ch. cix) atteste çue Mithridate sôngeait à aller se joindre aux Cauloiâ, avec qui il avait déjà à cet effet contracté dès alliances, pour franchir î@s AîpeB 6t ^nvahir ritall© ©ux, » (Note M. Paul Misnarâ,)

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