SCÈNE V
MITHRIDATE
Elle me quitte ! Et moi, dans un lâche silence,
Je semble de sa fuite approuver l'insolence? i38o
Peu s'en faut que mon cœur, penchant de son côté,
MITHRIDATE
Ne me condamne encor de* trop de cruauté?
Qui suis-jc? Est-ce Monime? Et suis-je Mithridate?
Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate.
Ma colère revient, et je me reconnoi^. i385
Immolons, en partant, trois ingrats ii la fois.
Je vais à Rome, et c'est par de tels sacrifices
Qu'il faut à ma fureur rendre les Dieux propices.
Je le dois, je le puis; ils n'ont plus de support*:
Les plus séditieux sont déjà loin du bord. i^go
Sans distinguer entre eux qui je hais ou qui j'aime,
Allons, et commençons par Xipharès lui-même.
Mais quelle est ma fureur? et qu'est-ce que je dis s? Tu vas sacrifier.... qui? malheureux! Ton iilg? Un fds que Rome craint? qui peut venger son père? iSgS Pourquoi répandre un sang qui m'est si nécessaire ? Ah! dans l'état funeste où ma chute m'a mis, Est-ce que mon malheur m'a laissé trop d'amis? Songeons plutôt, songeons à gagner sa tendresse : J ai besoin d'un vengeur, et non d'une maîtresse. 1400 Quoi? ne vaut-il pas mieux, puisqu'il faut m'en priver, La céder à ce tils que je veux conserver? Cédons-la. Vains efforts, qui ne font que m'instruire Des foible^ses d'un cœur qui cherche à se séduire!
1. Condamner de était très usité au xvii* siècle, à l'imitation du latin damnare^ qui se construit avec le ^^énitif.