NOMME
Ah! trop cruel Arbate, à quoi m'exposez-vous? i545
qti'ôn croit encor mon supplice trop doux? • Ét Fè Roi, m'envianf un6 mort si soudaine. Veut-il plus d*un trépâs pour contenter hahie?
ARÈATE.
t\o\\^ l'allez voir paroîti^: cl j'ose m'assilrer ; Que vous-même avec nwi vcnh> «Ile* le pleurer,
MONIME
Quoi? le Roi....
ARBATE.
Le Roi touche à son heure dernière?
Madame, et ne voit plus qu'un reste de lumière. Je l'ai laissé sanglant, porté par des soldats; Et Xipharès en pleurs accompagne leurs pas.
Î50NÏME.
Xipharès? Ah! grands Dieux! Je doute si je veille, i555 Et n'ose qu'en tremblant en croire mon oreille Xipharès ni encor? Xipharès, que mes pleurs....
AîlBATE,
Il vit chargé de gloire, accablé de douleurs.
De sa mort en ces lieux la nouvelle semée
Ne vous a pas vous seule et sans cause alarmée. ï56o
Les Romains, qui partout l'appuyoient par des cris,
Ont par ce bruit fatal glacé tous les esprits.
Le Roi, trompé lui-même, en a versé des larmes;
Et désormais certain du malheur de ses armes,
Par un rebelle fils de toutes parts pressé, i565
Sans espoir de secours tout prêt d'être forcé,
Et voyant pour surcroît de douleur et de haine,
Parmi m étendards porter l'aigle romaine.
Il n'a plus aspiré qu'à s'ouvrir des chemins
Pour éviter i'affront de tomber dans leurs mains. îS^o
D'abord il a tenté les atteintes mortelles Des poisoiis que lui-même a crus les plus fidèles; Il les a trouvés tous sans force et sans vertu*. (( Vain secours, a-t-i) dit, que j'ai trop combattu! Contre' tous les poisons soigneux do me défendre, i^'jS
1. Vertu: c'est le sens du latin vjrlus, force, énergie, propriété. Appien, Dion Cassiiis et Justin racontent que Mitliridate ne pouvait s'empoisonner, parce qu'il s'était habitué dès sa jeunesse aux poisons.
MITHRIDATE
J'ai perdu tout le fruit que j'en pouvois attendre, essayons maintenant des secours plus certains Et cherchons un trépas plus funeste aux Romains, w 11 parle; et défiant leurs nombreuses cohortes, Du palais, à ces mots, il fait ouvrir les portes/ i58o A l'aspect de ce front dont la noble fureur Tant de fois dans leurs rangs répandit la terreur, Vous les eussiez mis tous, retournant en arrière Laisser entre eux et nous une large carrière; Et déjà quelques-uns couroient épouvantés ' i585 Jusque dans les vaisseaux qui les ont apportés. Mais, le dirai-je? ô ciel! rassurés par Pharnace, M la honte en leurs cœurs réveillant leur audace Ils reprennent courage, ils attaquent le Roi, Ou un reste de soldats défendoit avec moi. î5qo
Qui pourroit exprimer par quels faits increvables,
Uuels coups, accompagnés de regards effroyables,
feon bras, se signalant pour la dernière fois
A de ce grand héros terminé les exploits
Enfin las et couvert de sang et de poussière, i5q5
11 s étoit fait de morts une noble barrière
Un autre bataillon s'est avancé vers nous •
Les Romains, pour le joindre, ont suspendu leurs coups
l^s vouloient tous ensemble accabler Mithridale.
Mais Im : « C'en est assez, m'a-t-il dit, cher Arbate; 1600
Le sang et la fureur m'emportent trop avant.
iNe livrons pas surtout Mithridate vivant. ))
Aussitôt dans son sein il plonge son épée.
Mais la mort fuit encor sa grande âme trompée.
Le héros dans mes bras est tombé tout sanglant, i6o5
*oit)le, et qui s'irritoit contre un trépas si lent;
Et se plaignant à moi de ce reste de vie.
Il soulevoit encor sa main appesantie;
Et marquant à mon bras la place de son cœur,
^mbloit d'un coup plus sûr implorer la faveur* 1610