‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 63 sur 456 · ACTE V, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IV

Tandis que possédé de ma douleur extrême,

Je songe bien plutôt à me percer moi-même,

De grands cris ont soudain attiré mes regards.

J'ai vu, qui Fauroit cru? j'ai vu de toutes parts

îtVaincus et renversés les Romains et Pharnace, i6i5

Fuyant vers leurs vaisseaux, abandonner la place ;

Et le vainqueur vers nous s'avançant de plus près,

A mes yeux éperdus a montré Xipharès.

MONIME

Juste ciel!

ARBATE.

Xipharès, toujours resté fidèle, Et qu'au fort du combat une troupe rebelle, 1620 Par ordre de son frère, avoit enveloppé. Mais qui d'entre leurs bras à la fm échappé. Forçant les plus mutins, et regagnant le reste. Heureux et plein de joie en ce moment funeste, A travers mille morts, ardent, victorieux, 162$ S'étoit fait vers son père un chemin glorieux. Jugez de quelle horreur cette joie est suivie. Son bras aux pieds du Roi l'alloit jeter sans vie; Mais on court, on s'oppose à son emportement. Le Roi m'a regardé dans ce triste moment, i63o Et m'a dit d'une voix qu'il poussoit avec peine : (( S'il en est temps encor, cours, et sauve la Reine. )> Ces mots m'ont fait trembler pour vous, pour Xipharès : J'ai craint, j'ai soupçonné quelques ordres secrets. Tout lassé que j'étois, ma frayeur et mon zèle i635 M'ont donné pour courir une force nouvelle ; Et malgré nos malheurs, je me tiens trop heureux D'avoir paré le coup qui vous perdoit tous deux.

MONIME

Ah ! que de tant d'horreurs justement étonnée,

Je plains de ce grand roi la triste destinée ! i64«

MlTHRIDATE.

Hélas! et pliit aux Dieux qu'à sou sort iuhumain

Moi-même j'eusse pu ne point })reter la main,

Et que simple témoin du malheur qui l'accalmie,

Je le pusse pleurer sans en être coupable!

Il vjent. Quel nouveau trouble excite en mes esprits i^f

Le sang du père, o ciel! et les larmes dû flls!

Page 1