‹ ThéaÌ‚tre choisi de RacineChapitre 68 sur 456 · Agamemnon, v · texte numérisé non relu

Agamemnon, v

J' Feindre s'emploie très souvent au xvii- siècle pour désigner l'in. vent on poétique : c'est le verbe qui correspond au substantif • ^-^f Tf»;;iens étaient des Scythes : la Chersonèse Taurioue est au-

J. mamorphoses, XII, 23-38.- « Les autres victimes dont parlent quelques traditions sont dit M. P. Mesnard, une ourse, un taureau ou^ «ne vieille femme. . Sur la légende de la biche substituée à la flil"! dAgamemnon, qm remonte aux Cliants Cypriaques, voyez Weill, Se J, tragedu:s d'Euripide, Iphigénie à Aulis, notice, p. 303 et 306 ««■ «l'^StésJchore (ordonnateur de chœurs), né à Himère en

643 ou 632, mor en 560 ou SS6, compléta le chant choral par l'addition

tl^^t%^^""^°'^^r' " ''«"'i^t^Phe. « transporta dans l'ode lel sujets de I épopée; .1 en emprunta au cycle d'Héraclès, d'autres au cycle troyen ■ la Destruction d'IIion, les Retours, l'Orestie) < 7. Vangelas (Rem.) donne la régie suivante : « Quand deux adiertif, contraires ou différents sont accompagnés de la particulfX I ?luf toujours répéter l'article et la particule mais lan^^U^

îrpSur;/rr'''"''' " "''^^^'^^ réper itiK

PRÉFACE DE RACINE

mais que cette Iphigénie étoit une fille qu'Hélène avoit eue de Thésée. Hélène, disent ces auteurs, ne l'avoit osé avouer pour sa fille, parce qu'elle n'osoit déclarer à Ménélas qu'elle eût été mariée- en secret avec Thésée. Pausanias * rapporte et le témoignage et les noms des poètes qui ont été de ce sentiment. Et il ajoute que c'étoit la créance commune de tout le pays d'Argos.

Homère enfin, le père des poètes, a si peu prétendu qu'Iphigénie, fille d'Agamemnon, eût été ou sacrifiée en AuUde, ou transportée dans la Scythie, que, dans le neuvième livre de V Iliade^-, c'est-à-dire près de dix ans depuis l'arrivée des Grecs devant Troie, Agamemnon fait offrir en mariage à Achille sa fille Iphigénie, qu'il a, dit-il, laissée à Mycène^, dans sa maison.

1. Corinth., p. 125 (note de Racine). « Racine, dit M. P. Mesnard, renvoie à 1 édition in-folio de 1613, imprimée à Hanau. » Voici le passage : :< Les Dioscures prirent Apliidne, et ramenèrent Hélène à Lacédémonc. Eîle était enceinte, à ce que disent les Argiens ; et, ayant fait ses couches i Argos,... elle confia la fille qu'elle avait mise au jour à Clytemnestre, lui était déjà mariée à Agamemnon, et elle épousa dans la suite ^lénélas. Les poètes Eupliorion de Chalcis et Alexandre de Fleuron, l'accord en ce point avec les Argiens, disent, comme Stésichorc rilimère l'avait écrit avant eux, qu'Iphigénie était fille de Thésée. » Ch. xxu, trad. Clavier, cité par M. P. Mesnard.) Ce passage n'autorise )as Racine à admettre deux Iphigénie ; il signifie que la seule Iphigénie fue l'on connaisse était tille, selon certaines traditions, non de '-lytemnestre et d'Agamemnon, mais d'Hélène et de Thésée.

2. Iliade, ch. ix, v. 144-147. Agamemnon dit qu'il a, outre son fils (reste, trois filles, Chrysothéinis. Laodice et Iphianasse. « Chrysothémis, it M. Pierron (note au vers 145), reparait chez les tragiques sous le aème nom. Laodice, suivant les Alexandrins, est l'Electre des tragiques, phianasse est certainement leur Iphigénie.... Homère ignore ce qui 'est passé à Aulis. » Cependant Sophocle distingue Iphianasse d'Iphiénie. II parle d'une fille d'Agamemnon sacrifiée par son père, et d'autre art il fait survivre Iphianasse à Agamemnon. Lucrèce confond Iphiaasse et Iphigénie.

3. Ménage {Observ.) : « Nous disons ordinairement Athènes, Thèbes, lycènes; et c'est comme il faut toujours parler en prose. Mais en vers n peut fort bien dire Athène, Thèbe, Mycène. »

B4CINI?. — T^IÉATRE CHOTSI,

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J'ai rapporté tous ces avis si différents, et surtout le passage de Pausanias, parce que c'est à cet auteur que je dois l'heureux personnage d'Ériphile, sans lequel je n'aurois jamais osé entreprendre. cette tragédie. Quelle apparence que j'eusse souillé la scène par le meurtre horrible d'une personne aussi vertueuse et aussi aimable qu'il falloit représenter Iphigénie? Et quelle apparence encore de dénouer ma tragédie par le secours , d'une déesse et d'une machine, et par une métamorphose, qui pouvoit bien trouver quelque créance du temps d'Euripide, mais qui seroit trop absurde et trop incroyable parmi nous * ?

Je puis dire donc que j'ai été très heureux de trouver dans les anciens cette autre Iphigénie, que j'ai pu représenter telle qu'il m'a plu, et qui, tombant dans le malheur où cette amante jalouse vouloit précipiter sa rivale > mérite en quelque façon d'être punie, sans être pourtant tout à fait indigne de compassion 2. Ainsi le dénouement de la pièce est tiré du fond même de la pièce. Et il ne faut que l'avoir vu représenter pour comprendre quel plaisir j'ai fait au spectateur, et en sauvant à la fm une princesse vertueuse pour qui il s'est si fort intéressé dans le cours de la tragédie, et en la sauvant par une autre voie que par un miracle, qu'il n'auroit pu souffrir, parce qu'il ne le sauroit jamais croire ^.

Le voyage d'Achille à Lesbos, dont ce héros se rend maître, et d'où, il enlève Ériphile avant que de venir en

1. Rotrou, dans son Iphigénie (16i0), n'a pas eu le même scrupule et^ n'a rien chang-é au dénouement légendaire. ,

2. Souvenir de la Poétique d'Aristote (ch. xin). Aristote ne veut pasqu'on fasse passer les honnêtes gens du bonheur au malheur, ni les méchants du malheur au bonheur. « Il reste à prendre le milieu, c'està-dire que le personnage choisi parmi les heureux et les illustres ne soit ni trop vertueux ni trop juste, et qu'il devienne malheureux, non à cause d'un crime et d'une méchanceté noire, mais à cause de quelque faute. » (Trad. Egger.)

3. C'est le mot d'Horace : increchihts odi {Art poétique^ v, 188).

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Aulide, n'est pas non plus sans fondement. Euphorion de ChalcideS poète très connu parmi les anciens et dont Virgile ^ et Quintilien ^ font une mention honorable, parloit de ce voyage de Lesbos. Il disoit dans un de ses poèmes, au rapport de Part^xénius^ qu'Achille avoitfait la conquête de cette île avant que de joindre l'armée des Grecs, et qu'il

avoit même trouvé une princesse qui s'étoit éprise d'amour pour lui.

Voilà les principales choses en quoi ^ je me suis un peu éloigné de l'économie et de la fable d'Euripide. Pour ce qui regarde les passions, je me suis attaché à lo suivre plus exactement. J'avoue que je lui dois un bon nombre Kies endroits qui ont été les plus approuvés dans ma trajgédie. Et je l'avoue d'autant plus volontiers, que ces appro-

1. Chakide, mot mal formé pour Chalcis, comme Aulide pour Aulis. •2. Eglogues, X (note de Racine) : v. 50, 51.

3. Insf., lib. X (note de Racine) : I, § 56. Euphorion de Chalcis (né en J73, mort vers 200), bibliotiiécaire d'Antiochus le Grand, a écrit des eh'gies, des poèmes mythologiques et satiriques.

i. Parthénius de Nicée (1- siècle av. J.-C.) fut l'ami de Cornélius Ullus et le maître de Virgile, qui l'a imité dans quelques vers. Il avait cnt des poèmes, qui sont perdus, et un recueil en prose d'histoires l amour, Uepl spwTLxwv Tra6-r][xàT(iL)v, compilation qu'il avait faite pour fournir des matières de poésies à son ami Gallus, et qui nous a été conservée. Voici le passage dont parle Racine (ch. xxi) : « Achille, dans son expédition contre Lesbos, assiégeoit la ville de Méthymne, qui' lui oppo- ^oit une grande résistance. Pisidice, fille du roi, s'éprit d'amour pour le fiéros, qu'elle avoit vu du haut des murailles. Elle envoya quelqu'un /ers lui pour lui promettre de livrer la ville, s'il s'engageoit à la prendre 30ur épouse. Achille accepta la proposition; mais, une fois maître de a ville, il ordonna à ses soldats de lapider celle qui avoit trahi son >ays. » M. P. Mesnard, qui cite ce passage, fait remarquer que Racine rouvait citer pour le -^^oyage à Lesbos l'autorité plus considérable l'Homère {Iliade, ch. IX, v. 271), mais qu'il a préféré Euphorion et arthénius, où il trouvait la princesse éprise d'amour pour Achille.

5. Vaugelas : « Ce mot a un usage fort élégant et fort commode, »our suppléer au pronom lequel en tout genre et en tout nombre... ; ... ainsi ce mot est indéclinable. Il n'est pas nécessaire d'ajouter qu'on le se sert jamais de ce mot en parlant des personnes. » Mais on dit •len, selon lui : C'est le cheval avec quoy fay couru la bague.

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bâtions m'ont confirmé dans l'estime et dans la vénéra 5 tion que j'ai toujours eu pour les ouvrages qui nou; 0 restent de l'antiquité. J'ai reconnu avec plaisir, par l'effe 5 qu'a produit sur notre théâtre tout ce que j'ai imité 01 ^ d'Homère ou d'Euripide, que le bon sens et la raisor j étoient les mêmes dans tous les siècles. Le goût de Pariî ^ s'est trouvé conforme à celui d'Athènes. Mes sj>ectateuri : j, ont été émus des mêmes choses qui ont mis autrefois ei larmes le plus savant peuple de la Grèce, et qui ont fai dire qu'entre les poètes Euripide étoit extrêmement tra ^ gique, TpayixcoTaTo;; 1, c'est-à-dire qu'il savoit merveilleu ^ sèment exciter la compassion et la terreur, qui sont le; | véritables effets de la tragédie-. i ^

Je m'étonne, après cela, que des modernes aien L témoigné depuis peu tant de dégoût pour ce grand poète j, dans le jugement qu'ils ont fait de son Alceste^. Il n( ^

1. Allusion âu ch. xiii de la Poélique d'Aristote, où Euripide est low pour les dénouements de ses tragédies.

2. Racine rappelle ici la fameuse définition qu'Aristote ô donnée di la tragédie {Poétique, ch. vi). et dont il a écrit la traduction à la margt f d'un exemplaire de la Poétique : « La tragédie est donc l'imitation d'un» action grave et complète, et qui a sa juste grandeur. Cette imitation st f fait par un discours, un style composé pour le plaisir, de telle sorte qut i chacune des parties qui la. composent subsiste et agisse séparément e • distinctement. Elle ne se fait point par un récit, mais par une représen tation vive qui, excitant la pitié et la terreur, purge et tempère ce: • i sortes de passions, c'est-à-dire qu'en émouvant ces passions elle leui' àU ^ ce qu'elles ont d'excessif et de vicieux, et les ramène à un état modén » et conforme à la raison. » On sait à combien d'interprétations ont donnt v lieu les mots auxquels Racine fait allusion dans sa Préface, l'èXsQc (pitié) et le ^660:1 (crainte plutôt que terreur), et la xàôapat;; (purgi- i tion) dont ces sentiments sont l'objet. ' .

3. Il s'agit d'un dialogue où Pierre Perrault comparait cette tragédie d'Euripide à l'opéra de Quinault [Critique de l'opéra, ou Examen (ie k , tragédie intitulée Alceste, ou le Triomphe d'Alceste). Cette petite que relie que' Racine fait à P. Perrault est le prélude de la grande guerre j des Anciens et des Modernes, qui éclata en 1687 par la lecture qut 1 Charles Perrault fit à l'Académie de son poème siir le Siècle de Louii le Grand. .

PRÉFACE DE RACINE

s'agit point ici de VAlceste, Mais en vérité j'ai trop d'obligation à Euripide pour ne pas prendre quelque soin de sa mémoire, et pour laisser échapper l'occasion de le réconcilier avec ces Messieurs. Je m'assure qu'il n'est si mal dans leur esprit que parce qu'ils^ n'ont pas bien lu l'ouvrage sur lequel ils l'ont condamnée J'ai choisi la plus importante de leurs objections, pour leur montrer que j'ai raison de parler ainsi. Je dis la plus importante de leurs objections. Car ils la répètent à chaque page, et ils ne soupçonnent pas seulement que l'on y puisse répliquer.

Il y a dans VAlceste d'Euripide une scène merveilleuse, \)ù Alceste, qui se meurt et qui ne peut plus se soutenir, dit à son mari les derniers adieux. Admète,' tout en larmes, la prie de reprendre ses forces, et de ne se point abandonner elle-même. Alceste, qui a l'image de la mort devant les yeux, lui parle ainsi :

Je vois déjà la rame et la barque fatale. J'entends le vieux nocher sur la rive infernale. Impatient, il crie : « On t'attend ici-bas ; Tout est prêt, descends, viens, ne me retarde pas 2. » J'aiirois souhaité de pouvoir exprimer dans ces vers les.

1. Il faut se souvenir que cette admiration de Racine pour VAlceste d'Euripide l'amena à commencer une tragédie sur ce sujet, que sa conversion après Phèdre l'empêcha d'achever, et dont il ne nous est rien parvenu.

2. *Opw, Sfxwirov dpû (juàcpoc; [êv Xi'jJivqt]. Nsvcutov ôè TcopBpisùç,

è'x«i>v X£p' êTcl xovtÇ) Xàpwv pi'

'E-îTstyou • au yvaTsi'pyet; • Tdôs t®i' [xs * CTr£pxd[X£VO(; Ta/uyst.

' . (V. 252-256. Éd. Klotz.)

« Je vois, je vois la barque à deux rames (sur le fleuve infernal). Le passeur des morts, Cliaron, ayant en mains sa perche, m'appelle déjà. Que tardes-tu? Hâte-toi 1 Tu me retiens ! Ainsi il me presse en m'in' terpellant. »

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grâces qu'ils ont dans l'originale Mais au moins en voilà le sens. Voici comme ces Messieurs les ont entendus. Il leur est tombé entre les mains une malheureuse édition d'Euripide, où l'imprimeur a oublié de mettre dans le latin 2 à côté de ces vers un i/., qui signifie que c'est Alceste qui parle; et à côté des vers suivants un Ad,, qui signifie que c'est Admète qui répond. Là-dessus, il leur est venu dans l'esprit la plus étrange pensée du mpnde. Ils ont mis dans la bouche d'Admète les paroles qu'Alceste dit à Admète et celles qu'elle se fait dire par Charon. Ainsi ils supposent qu'Admète, quoiqu'il soit en parfaite santé, pense voir déjà Charon qui le vient prendre. Et au lieu que, dans ce passage d'Euripide, Charon impatient presse Alceste de le venir trouver, selon ces Messieurs c'est Admète effrayé qui est l'impatient, et qui presse Alceste d'expirer, de peur que Charon ne le prenne. // rexhorte, ce sont leurs termes, à avoir courage, à ne pas faire une lâcheté, et à mourir de bonne grâce; il interrompt les adieux d' Alceste pour lui dire de se dépêcher de mourir^. Peu s'en faut, à les entendre, qu'il ne la fasse mourir luimême. Ce sentiment leur a paru fort vilain^. Et ils ont raison. Il n'y a personne qui n'en fût très scandalisé. Mais comment l'ont-ils pu attribuer à Euripide? En vérité, quand toutes les autres éditions où cet AL n'a point été oubhé ne donneroient pas un démenti au malheureux

1. La phrase de Racine manque de neUeté : les mots ces vers désignent la traduction qu'il vient de donner; et le pronom ils, qui gram-i maticalement se rapporte à ces vers, désigne les vers grecs que ceux ' de Racine traduisent. V

2. Boileau ne se fera pas faute non plus, dans ses Réflexions sur longin, d'accuser Charles Perrault, l'auteur des Parallèles, de vouloir censurer Homère et Pindare sans entendre le grec.

3. Racine ne cite pas textuellement ; il rassemble quelques exprès- * sions saillantes de Perrault.

4. Cette épithète de vilain ne se rapporte dans le texte qu'au consentement qu'Admète donne au sacrifice de sa femme.

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imprimeur qui les a trompés, la suite de ces quatre vers, ^^t tous les discours qu'Admète tient dans la même scène, étoient plus que suffisants poui- les empêcher de tomber dans une erreur si déraisonnable. Car Admète, bien éloigné de presser Alceste de mourir, s'écrie : (( Que toutes les morts ensemble lui seroient moins cruelles que de la voir en l'état où il la voit. Il la conjure de l'entraîner avec elle. Il ne peut plus vivre si elle meurt. Il vit en elle. Il ne respire que pour elle ))

Ils ne sont pas plus heureux dans les autres objections 2. Ils disent, par exemple, qu'Euripide a fait deux époux surannés^ diMmèiç^ et d'Alceste; que l'un est 'un ineux mari, et l'autre une princesse déjà sur Fage"^. Euripide a pris soin de leur répondre en un seul vers, où il fait dire par le chœur a qu'Alceste, tout jeune, et dans la

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