ACTE L SCENE I
Et ce vainqueur, suivant de près sa renommée, Hier avec la nuit arriva dans l'armée. no Mais des nœuds ^ plus puissants me retiennent le bras. Ma fille, qui s'approche, et court à son trépas; Qui loin de soupçonner un arrêt si sévère, Peut-être s'applaudit des bontés de son père, /Ma fille.... Ce nom seul, dont les droits sont si saints, iib //Sa jeunesse, mon sang, n'est pas ce que je plams. /Je plains mille vertus, une amour mutuelle. Sa piété pour moi, ma tendresse pour elle, Un respect qu'en son cœur rien ne peut balancer, ^t que j'avois promis de mieux récompenser. 120 Non, je ne croirai point, ô ciel, que ta justice Approuve la fureur de ce noir^ sacrifice. Tes oracles sans doute ont voulu m'éprouver^; ÎEt tu me punirois si j'osois l'achever. ' Arcas, je t'ai choisi pour cette confidence : i25 .
' Il faut montrer ici ton zèle et ta prudence. La Reine, qui dans Sparte avoit connu ta foi, ' T'a placé dans le rang que tu tiens près de moi K
1 Nœud s'emploie fréquemment au sens figuré dans la poésie clas- . siaue et dans la tragédie. Mais il faut remarquer qu ici Racine s atta-
che non pas, comme il arrive ordinairement, à l'idée de l'union que
serre le lien, mais à celle de l'entrave qu'il apporte. ' 2 Noir et noirceur étaient alors très usités au figure, dans le sens de
triste ou de criminel. - Fureur a le sens de cruauté, mais avec 1 idée ' de folie, de démence, qui est dans le latin furor .
Expier la fureur d'un voeu que je déteste.
{Phèdre, v. 1650.)
5. N'est-ce pas un souvenir du sacrifice d'Abraham qui a inspiré cette , pensée à Racine?
h . 4. Dans Euripide, c'est le vieillard qui dit :
P- ' npôç 8' àv8p' àyaOôv ttlcttov ts cppàŒStç*
Tzé\nzzi cpspvT^v
(juvvu|jicpo>t6uov T£ SCxatov» (45-48.)
IPHIGÉNIE
Prends cette lettre, cours au-devant de la Ptcine,
Et suis, sans t'arrêter, le chemin de Mycène. ï3o
Dès que tu la verras, défends-lui d'avancer,
Et rends-lui ce billet que je viens de tracer.
Mais ne t'écarte point* : prends un fidèle guide.
Si ma fille une fois met le pied dans l'Aulide, -
Elle est morte. Calchas, qui l'attend en ces lieux, i35
Fera taire nos pleurs, fera parler les Dieux;
Et la religion, contre nous irritée.
Par les timides Grecs sera seule écoutée.
Ceux même dont ma gloire aigrit l'ambition
Réveilleront leur brigue et leur prétention^, i4o^
« Tu parleras à un bon, à un fidèle serviteur; car jadis Tyndare, me sachant fidèle, m'a donné à ta femme lors de son mariage, et m'a fait suivre la nouvelle épouse dans ta demeure. »