‹ ThéklaChapitre 4 sur 13 · Voir Renan, Origines, t. III, p · texte numérisé non relu

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le voir, entre dans beaucoup plus de détails. Paul, fuyant Anlioche, arrive auprès d'Iconiuni en compagnie de deux faux frères, Démar, et Hermogène, qui s'étaient attachés à lui pour lui nuire 1. Un homme pieux, nommé Onésiphore^^ avait entendu dire que Paul venait à Iconium ; il alla à sa rencontre sur la route et le reconnut grâce à un signalement qu'il tenait de Titus, païen converti et ami de Paul. Suivant cette description, l'apôtre était de taille moyenne, avec des cheveux bouclés, de petites jambes cagneuses, des yeux bleus, de grands sourcils qui se rejoignaient, un long nez ; parfois il avait l'air d'un homme comme les autres et parfois d'un ange ^. Ce dernier trait est peut-être ajouté ; mais le portrait de l'apôtre est si peu flatté, si peu banal, qu'on peut le considérer comme authentique ; il dérive du récit d'une personne qui a vu

1. Dans la 2* épitro de Paul (?) à Timothee, où il ost question des persécutions que l'apôtre a essuyées à Antioclie et à Iconium (III, 11). Hermogène (I, 15) et Dénias (IV, 10) sont nommés comme s'étant détournés de lui.

2. Nommé deux fois dans la 2* épilre à Timothee, I, 16 et IV, 19. L'apôtre le loue de sa fidélité, contrastant avec la conduite d'autres Asiatiques; il envoie son salul à « la famille d'Onésiphore ».

3. Il y a beaucoup de variantes à ce sujet dans les textes; voir G ors son, /. /. . 1903, p. 37.

Paul, ce qui lui donne, à nos 3'eux, une très grande valeur.

Onésiphore reconnaît Paul, il l'embrasse, il rin\ite à venir loger chez lui avec ses compagnons. A peine entrés, ils s'agenouillent, puis ils se relèvent et brisent du pain, c'est-à-dire mangent un modeste repas après la prière. Immédiatement dans la maison d" Onésiphore qui tient lieu d'édifice du culte. Paul commence à prêcher sur la chasteté et la résurrection, deux idées connexes puisque, dans lopinion de beaucoup de chrétiens des premiers siècles, les chastes seuls, hommes et femmes, devaient ressusciter. Ces discours attiraient dans la maison un grand concours de fidèles et de curieux.

Dans la maison voisine habitait Thékla, fille d'une veuve de bonne famille nommée Théokleia ; elle avait un fiancé nommé Thamyris. Assise à la fenêtre voisine du toit^, Thékla écoutait avec ravissement les discours de Paul sur la chasteté. Mais elle ne pouvait voir l'apôtre et enviait les femmes qui entraient librement chez Onésiphore. La mère, incpiiète de l'état d'esprit de sa fille, fit venir le fiancé, qui lui dit en

1. Les versions différent sur ce détail; voir Corssen,/. /., 1903, p. 30.

vain de douces paroles ; mais ni lui ni sa mère ne purent rion obtenir de Thélda, qui continuait à n'écouter que Paul et en avait perdu, depuis trois jours, le manger, le boire et le sommeil.

Thamyris, furieux, alla se poster devant la maison d'Onésipliore et, apercevant Démas et Hermogène qui en sortaient, il leur demanda : « Qui est donc cet homme qui captive les jeunes gens et les jeunes filles et leur ordonne de ne pas se marier ? » Puis il leur offrit de l'argent et un dîner somptueux poair les gagner à sa cause. Les traîtres lui oonseill'rent d'aller trouver les magistrats et de leur dénoncer ce prédicateur « qui sépare les jeunes gens des jeunes filles et enseigne qu'on ne peut ressusciter des morts à moins de rester chaste ». Dans le manuscrit latin de Brescia, ce n'est pas des jeunes filles, mais des femmes mariées qu'il est question ^. En effet, les mœm'S grecques n'auraient guère pei-mis à des jeunes filles d entrer dans une maison pour y entendre prêcher et l'on a supposé avec vraisemblance que, dans la plus ancienne rédaction de cette histoire, Paul ne se contentait pas de prêcher la chasteté aux

1. Voir Gorssen, /. /. , 1903, p. 28. L'arménien aussi (Gonybeare, p. 87) appelle Thamyris le mari de Thékla,

jeunes gens, mais détournait les jeunes mariés de tout ce qui nétait pas la vie spiritiielle.

Levé avec Taurore. Thamyris s'assura du concours des sénateurs et de leurs gardes armés, entra dans la maison d'Onésiphore et somma Paul de raccompagner chez le magistrat. < Enlevez le sorcier ! criait la foule, car il a corrompu nos femmes en leur enseignant une doctrine étrangère. » Le magistrat était un homme bienveillant : il interrogea Paul sur ses opinions et écouta sa profession de foi. « Dieu, dit Paul, m'a envoyé jx>ur sauver les hommes de la destruction et les purger de leurs désirs qui donnent la mort. '' Le magistrat ordonna de conduire Paul en prison, se réservant de linterroger plus tard à nouveau.

Thékla, insti'uite de ces choses, sortit de chez elle à la tombée de la nuit, après aVoir donné son bracelet au portier pour le corrompre ; puis elle courut à la prison et se fit ou\Tir la geôle en donnant au geôlier son miroir d" argent i. Elle s'assit aux pieds de l'apôtre et écouta ses paroles : de temps en temps elle baisait ses pieds

1, Sur ce détail archéologique, voir E. Le Blant, Annuaire des Études grecques^ 1877, p. 264.

et les chaînes qui retenaient ses pieds et ses mains.

Le lendemain matin, toute la maisonnée de Thékla se mit à sa recherche. Enfin, un homme vint dire qu'il l'avait vue sortir en donnant au portier som bracelet. Le portier, mis à la torture, avoua qu'elle était pailie vers la geôle ; on l'y retrouva, avec d'autres qui étaient entrés déjà, aux pieds de l'apôtre.

Thamyris prévint le magistrat, qui fil comparaître Paul. Thékla se jeta par terre et pleura amèrement ; bientôt on vint la chercher à son tour. Aux questions du juge, Thékla ne répondit point ; elle ne pouvait détacher ses yeux de Paul. Mais la mère de Thékla hurlait : « 11 faut faire périr cette fille en plein théâtre, pour servir d'exemple aux autres femmes ! » Le juge, fort ennuj'é, ordomna que Paul serait passé par les verges et expulsé de la ville ; quant à Thékla, elle devait être brûlée vive sur-le-champ.

Cet épisode de Thékla condamnée au bûcher, à la demande de sa propre mère, se trouve dans tous les textes ooinnus ; il est manifestement inadmissible, d'abord parce qu'il n'y a aucune proportion entre la faute et la peine, et puis parce que le droit romain ne permettait pas die con-

damner au feu des personnes de condition élevée. En principe, la peine du feu, considérée comme une application de la loi du talion, était réservée aux incendiaires : c'est comme prétendus incendiaires que Néron, en 64, fit brûler des chrétiens et des juifs dans ses jardins. Mais c"e3t là. en dehors des miracles, la seule impossibilité absolue de cette histoire ; il faut admettre ici une ti'ès ancienne interpolation i, la substitution dune peine atroce à quelque légère pénitence publique, imposée à la fille rebelle par le magistrat.

Thékla. amenée presque nue dans le théâtre, cherche des yeux saint Paul. Elle croit T apercevoir A^s-à-^is d'elle ; mais ce n était pas le saint ; c'était Jésus lui-même qui avait pris les traits de l'apôtre pour la consoler. Pendant qu'elle le regardait fixement, il s'éleva de terre et monta au ciel. Entre temps, jeunes gens et femmes accumidaient des fagots autour de Thékla et y mettaient le feu. Mais tout à coup un grand bruit se fit entendre dans le ciel ; la pluie et la grêle commencèrent à tomber, beau-

1. Voir Conybeare, /. /,, p. 57. Dans un fragment d'homélie du IV« siècle, attribué à saint Jean-Chrysostome (Migne, t. II» p. 746), l'histoire de Thékla est racontée sans cet épisode.

coup de spectateurs furent frappés et prirent la fuite ; bref, Thélda fut sauvée.

Paul s'était réfugié, avec Onésiphore, sa femme et ses fils, dans une petite maison ^ sur la route d'icoaiium, où ils jeûnaient et prjiaient. Au bout de plusieurs jours de jeûne, comme les enfants souffraient de laiaim, Paul donna sa tunique à un jeune homme et le pria d'aller la vendre pour acheter du pain. Ce jeune homme, se rendant à la ville, rencontra Thékla ; sauvée du bûcher, elle avait \wis la fuite et cherchait Paul. Conduite en sa présence, elle le trouva agenouillé et priant le Seigneur de sauver Thékla. « Merci, mon Père, s'écria la jeune fille, puisque tu as eu pitié de moi et as permis que je fusse sauvée pour revoir Paul ! » Ce fut une joie générale ; bientôt le jeune homme revint avec cinq morceaux de pain, des légumes, du sel et de l'eau. Thékla dit à Paul : « Je veux couper mes cheveux et te suivre partout. — Non, dit Paul, tu es trop belle, tu ne serais pas en sûreté. — Baptise-moi seulement, insista la jeune fille, et le sceau du Christ écartera de moi les tentations. — Sois patiente, répondit Paul, tu obtiendras plus tard

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