Un tombeuu, suivant les textes grec et syriaque
ce que tu désires. » Sur quoi Paul renvoya Onésiphore et les siens à Iconium ; mais, prenant Thékla par la main, il la conduisit avec une escorte à Antiochei.
Comme ils entraient dans cette ville, un des principaux citoyens, nommé .\lexandre, aperçut Thékla et s" éprit d'elle à première vue. Il offrit à Paul beaucoup dor et d'argent s'il voulait lui faire connaître la jeune fille. « Je ne la connais pas moi-même, répondit Paul ; elle n'est pas des miens. » Alors Alexandre, dont la passion était excitée, enlaça Thékla au milieu de la place du marché et l'embrassa. Mais Thékla était aussi forte que belle : déchirant les vêtements d'Alexandre, elle arracha de sa tête la couronne d'or où était l'image de remï>ereur et la jeta par terre, laissant le pau\Te amoureiix plein de confusion. Le détail de la couronne avec l'effigie impériale prouve qu'Alexandre était un magistrat dans l'exercice de ses fonctions, ce qu'on
1. Le texte arménien porte : (( Paul prit Thékla par la main et les hommes qui étaient avec elle, et ils allèrent et ils arrivèrent à Antioche. » Le texte grec ne parle pas de l'escorte, ce qui rend l'histoire inconvenante : Paul ne pouvait faire route tout seul avec une jeune fille. — L ascétisme foncier de la doctrine de Paul se reconnaît à ce fait qu'il voyageait sans femme ni sœur, à la différence des autres apôtres. Cf. Renan, Origine», t. III, p. 283.
appelait un < porle-cofurotiine », un stéphancphore ; ces personnages étaient inviol ailles, d" autant plus que leur couroame était ornée dun portrait de l'empereur, et Thékla s'était mise dans un mauvais cas en répondant avec tant de rigueur à un baiser i.
Alexandre obtint du juge d'Antioche que Thékla, en punitioin de son crime, fût exposée aux bêtes dans l'amphithéâtre, où précisément des jeux devaient être célébrés à ce moment. La population de la ville intercéda vainement pour la jeune fille. Thékla ne demanda qu'une faveur, que le juge lui accorda : celle de demeurer chez une femme jusqu'à l'heure de son supplice, afin que sa chasteté ne fût pas en danger. Or, il y avait alors à Antioche une dame de sang royal, très riche, nommée Tryphaena, dont la fille était morte récemment ; elle prit Thékla chez elle et se sentit consolée en la voyant.
1. Sur les stéphanéphores, voir les observations de Le Blant, /. /., p. 266. Sir W. Ramsay [The Cliurch in the Roman Empire, p. 397) conteste que Le Blantait eu raison de voir en Alexandre un stéphanéphore, c'est-à-dire un magistrat municipal; présidant à des jeux publics, il devait appartenir à 1 administration provinciale de la religion de l'Empereur. Mais peu importe : dans un cas comme dans l'autre, son caractère inviolable et sacré n'est pas contestable.
14 co^'FÉRE^'CEs au musée guimet
Les fauves étaient arrivés à l'amphithéâtre ; on vient chercher Thékla et on la met nue, avec une simple ceinture autour des reins (la loi romaine ne permettait pas de déshabiller entièrement les actrices, ni d'exposer des femmes aux bêtes dans un état de complète nudité) i. Tryphaena se tenait à la porte du théâtre, versant des larmes amères. On fit sortir de sa cage une lionne qui s'approcha de Thékla et la lécha, à létonnement des spectateurs ; hommes et enfants criaient, demandaient quon lui fît grâce. D" autres bêtes sauvages furent lâchées et épargnèrent Thékla ; sur quoi le public quitta l'amphithéâtre et Tryphaena vint reprendre sa protégée -. La nuit précédente, sa fille lui était apparue en songe et l'avait suppliée de servir à Thékla de mère pom' qu'elle pût. par la vertu de cette bonne œuvre, habiter le séjour des bienheureux. Quand Thékla apprit cela, elle pria Dieu d'accueillir la jeune fille morte dans la vie éternelle. Mais Tryphaena, malgré son