‹ ThéklaChapitre 7 sur 13 · Voir Renan, Origines, t. VII, p. 215, "Jlb · texte numérisé non relu

Voir Renan, Origines, t. VII, p. 215, "Jlb

2. Tertullien, Z)e hapi., 17 : Quodsi quae Pauli perperam (ad-) scripta sunt, exemplum Theclae ad licentiam muUerum docendi iinguendique défendant, sciant in Asia presbyteruni^ quieam tcrip-

mots qui somt fort obscurs, mais dont le sens général paraît être c[tic lo faussaire mit ses propres élucubrations soms le nom de Paul.

Deux cents ans plus tard, saint Jérôme raconte la môme chose, en citant Tertullien ; mais il ajoute que le prêtre d'Asie avoua sa fraude à Jean^ ce qui signifie, sans aucun doute possible, à saint Jeani. Suivant la tradition clirétienne, cet apôtre aurait résidé à Ephèse, capitale de la province romaine d Asie, de l'an 60 à l'an 90 environ ; om lui attribuait un certain pouvoir disciplinaire sur les hérétiques, entre autres le fameux Cérinthe, qu'il aurait désigné à l'animadversioii des fidèles en quittant des thermes où Cérinthe venait d'entrer. Cérinthe était donc vitandus : c'était presque l'équivalent d'une excommunicatioin. Dire que saint Jérôme a ajouté de son cru la mentioin de Jean, c est se payer

turani construxit, quasi titulo Pauli de suo cuinulans, coninctuiii atque confessum id se aniore Pauli fecisse, loco deccssisse.

1. S. Jérôme, De script, ecc/es., c. 7 : lo^itur Trsptooo'jç Pauli et ThecJae... inter apocryphas scrîpturas computanius. Qiiale eniin est, ut indiuiduus cames apostoli intcr ceteras eius res hoc solum ignoraverit! Scd et Tertullianus vicinus eorum temporum refert presbyteruvi quemdam in Asia (T7:ouSaTTr,v apostoli Pauli coiivictum apud Johannem, quod auctor esset libri, et confessum se hoc Pauli fecisse amore loco excidisse. Saint Jérôme lisait probablement un manuscrit bilingue du De liuptisnio.

de mauvaises raisons ; il est bien plus probable qu'il la trouvée dans le texte grec du livre de Tertullien ou dans un exemplaire plus complet que les nôtres du texte latin, .\insi. suivant cette tradition. Ihistoire de Thékla aurait été écrite entre 60 et 90 1. Mais alors Tauteur présumé de ce récit très peu orthodoxe aurait été contemporain de lapôtre. qui quitta l'Asie en 58 et mourut à Rome vers 64. Par amour de Paul » ne signifierait pas. comme tout le monde Ta pensé, par amour pour la mémoire de Paul, mais par affection pour Tapôtre lui-même. Si l'auteur de l'histoire de Thékla (en son état primitif, bien entendu) a connu Tapôtre, on ne s'étonne plus de le voir décrire si exactement son physique, ses cheveux bouclés, ses sourcils épais, son nez tix>p long, ses jainl>es courtes et cagneuses, tandis qu'il est absurde de prétendre que cette description si réaliste dérive d'un prétendu porti'ait peint, tous les portraits embellissant leur modèle. 11 semble donc résulter des textes de Tertullien et de saint Jérôme,

1. Je parle de cette histoire, non des Actes de Paul, compilation très inégale où fut inséré un remaniement de l'histoire de Thékla. Tertullien paraît faire allusion aux Actes, mais Jérôme s'occupe seulement de l'épisode qui nous intéresse ici.

comme aussi de certains détails de 1 ouvrage, que le prétendu faussaire a connu personnellement saint Paul. A-t-il aussi connu ses écrits, ceslà-dire les Ejntrcs^ dont le premier recueil ne fut publié que vers 150 par Marcioii ! Si l'on s'en tient aux textes de l'histoire de Thékla que nous possédons, il faut répondre affirmativement ; il faut dire aussi que ce prêtre d'Asie a connu les Actes canoniques des Xpàtres^l Evangile de saint Jean et d'autres documents publiés vers la fin du 1er siècle ou au début du Ilei. ]y[ais toutes les citations décrits évangélicfues qu'on a relevées dans F histoire de Thélda ne font pas essentiellement corps avec cette histoire ; elles peuvent être dues à des remaniements exécutés au milieu du 11^ siècle et plus tard. La comparaison de nos textes en diverses langues prouve que l'histoire de Thékla n'a jamais cessé d'être remaniée ; elle l'a même été très profondément, puisque l'on a fait disparaître presque toutes les traces

1. Les parallèles des Actes grecs avec les écrits canoniques du Nouveau Testament ont été réunis pur S. Schlau, Acten des Paulus und der Thékla, 1877, p. 80-82. Il ny a pas la moindre trace d une lecture de l'Ancien Testament, ce qui, joint au silence complet de l'auteur sur les juifs, a fait penser qu'il était un païen converti.

de la prédication de Paul exhortant les femmes mariées à renoncer, dans Tespoir de la résurrection, à la ^ie conjugale. D'autre part, si l'hypothèse de remaniements est autorisée par ce que nous savons de l'histoire des textes, celle de la familiarité de 1" auteur avec les écrits du Nouveau Testament, qui ne sont jamais expressément cités, ne Test pas du tout par le contenu essentiel de ^œu^Te. La contradiction n'est pas seulement éclatante avec les chapitres 13 et 14 des Actes des Apôtres, où Paul se rend à Iconium avec Barnabe et prêche aux juifs, alors que le prêtre d'Asie ne connaît pas Barnabe et ne mentionne pas une fois les juifs ; mais il y a un abîme enti'e la doctrine authentique de saint Paul et celle de 1" épisode de Thékla. lune résolument anti féministe, comme nous dirions ^. lautre non moins résolument féministe — lune opportuniste, pour employer un autre néologisme, dans la question de la chasteté, l'autre absolument intransigeante. C'est à tel point que l'on a supposé, chez l'historien de Thékla, le dessein de prendre le contre-pied des enseignements de Paul, soit dans l'intérêt de la doctrine montaniste (c'était l'opinion de

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