‹ Théodicée chrétienne: ou Comparaison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 7 sur 14 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

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principes ? Non 5 il a cru qu'une protestation contre Taccusation dont il était Tobjet suffisait à sa dignité ; et lorsque le panthéisme est le fond de la plupart des théories philosophiques modernes, personne n'a voulu être panthéiste.

Des ouvrages nouveaux ont paru. L'auteur du livre de V Humanité Qi celui de V Esquisse d'une Phi-» losophie ont cherché à séparer leurs doctrines du panthéisme. Le chef de l'éclectisme surtout a protesté plus énergiquement que jamais contre toute solidarité avec un système qu'il a flétri du nom d'athéisme formel.

Ces dénégations ont jeté la plus étrange confusion dans le camp du rationalisme. Nulle part danà ses rangs un système qui ait quelque unité et quelque ensemble \ nulle part une pensée qui ait pleinement la conscience d'elle-même. Ici, on pose des principes dont on retient arbitrairement les conséquences ; on voudrait arrêter la logique qu'une force irrésistible pousse toujours en avant '. Là, on présente au monde, sous le nom d'éclectisme , un mélange de doctrines où se rencontrent Descartes, Leibnitz et Hegel *. Et les disciples de cette école dominatrice, qui occupent presque toutes les chaires de philosophie du royaume , peuvent opter entre des directions si contraires, et s'appuyer également des paroles du maître.

' Voje2 la leçon XIX* sur les écoles socialiste et hnmanitaire. ' Voyei la leçon XX* sur réclectisme.

Le nom de Dieu est dans toutes les bouches ; mais quelle idée attache-t-on à ce nom sacré ? Les professeurs du Collège de France, qui se glorifient d'ensei^ gner Dieu à F Église % et d'agrandir l'idée de Dieu*, voudraient-ils nous définir le Dieu qu'ils invoquent. S'ils ont découvert quelque chose des mystères de l'infini, qu'ils parlent; qu'ils instruisent la terre! Pourquoi retenir dans le secret de leur conscience le dogme nouveau nécessaire au monde ? Et si leur pensée est riche de vérité, pourquoi leurs livres n'enseignent-ils guère que le doute? Le rationalisme ayant osé nier le dogme qui a été jusqu'ici la base de la vie des peuples, et opposant à la notion chrétienne de Dieu une autre notion , tout philosophe rationaliste qui parle de Dieu , est tenu de le définir, s'il ne veut pas se tromper lui-même et tromper ses lecteurs.

C'est sans doute une grande misère que cette absence d'unité même sur la première des croyances, sur celle qui porte toutes les autres. C'est une grande misère que cet abus du langage qui peut cacher sous les mêmes mots des idées contraires. Au milieu de cette anarchie intellectuelle, l'esprit s'afiaiblit et se trouve sous la domination de plus en plus impérieuse et exclusive des instincts et des besoins matériels. Il en résulte , pour la dignité humaine et pour l'ordre social, un danger toujours croissant. Si on veut le con-

* M. Michelet, des Jésuites, p. 38.

* M. Quinet, des Jésuites.

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jurer, il ne suffit pas d'invoquer, comme on Ta fait dans une discussion récente, une unité morale de l'Étal, qui , renfermant dans son sein les doctrines les plus contraires, ne présenterait que l'image parfaite du chaos panthéistique ^ Il ne suffit pas de recourir aux principes religieux et moraux de l'État , lorsqu'on ne peut ni déterminer , ni définir ces prii&cipes *• La morale publique, comme la morale privée, ont pour fondement unique l'idée de Dieu. Tant que cette grande notion reste indéterminée , on n'a pas le droit de dogmatiser*, et les constructions que l'on essaye dans le domaine religieux et moral sont un édifice sans base. Toute la question du siècle est donc daus la notion de Dieu. Il ne faut pas cesser d'appeler sur ce terrain les adversaires du christianisme ^ car c'est là que se manifestent la force ou la faiblesse des doctrines.

Dans cette situation générale des esprits, sans consulter nos forces , et n'obéissant qu'à l'inspiration de notre conscience , nous avons cru utile de présenter le dogme catholique. Nous avons pensé qu'un exposé de l'ensemble et des preuves de ce dogme était nécessaire aux esprits qui cherchent la vérité, et qui la demandent en vain au rationalisme.

' M. Quinet, dans ses leçons sur les Jésuites.

* M. Lerminier, dans un article de la Jieifuc des Deux Mondes, i5 octobre i843, sur les observations de M. l'Arcbevèqae de Paris , relatives à la liberté d'enseignement.

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Pour éclairer de plus en plus la grande question qui s*agite aujourd'hui, et qui contient l'avenir du monde, nous opposons au dogme catholique les systèmes rationalistes. Le lecteur pourra établir une comparaison féconde en enseignements. Les théories germaniques de V absolu nous ont donné la véritable formule du dogme rationaliste. Contre cette formule se débattent en vain l'auteur du livre de V Humanité et celui de V Esquisse d'une Philosophie. Quoiqu'il refuse de renier un passé glorieux sans doute > mais qui n'est pas sans tache , l'éclectisme cependant , par ses dernières explications , se sépare de ces funestes doctrines. Nous l'en félicitons, tout en regrettant qu'il n'ait pas cru devoir effacer les pages qu'il a lui-même blâmées. Alors les positions auraient été sincères et nettes 5 et , au lieu d'un déplorable mélange des doctrines les plus contraires, l'éclectisme offrirait au monde une puissante unité. Il y gagnerait de la force , et pourrait devenir l'allié utile de la cause de Dieu. Mais dans la situation présente, nous ne craignons pas de le dire, il y aurait, de la part des catholiques, plus que de la simplicité à accueillir sans examen ses protestations d'orthodoxie.

Nous continuons donc ici la lutte engagée ailleurs. La paix est sans doute une douce chose ; il est doux de serrer la main d'un frère. Mais si la paix ne voilait qu'un mystère d'indifférence , de lâches concessions, ou de craintes intéressées, elle serait une honte. Nous ne voulons pas de cette paix. Dans l'état actuel de Tes-

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prit humain, la discussion est inévitable ; il faut qu'on s'y résigne. Entre le christianisme et le rationalisme , il ne peut y avoir ni paix ni trêve. Le monde doit être éclairé; il faut qu'il sache sous quelle bannière il doit se ranger. Qui pourrait s'offenser de discussions graves, sincères et bienveillantes? Seraient-ce les hommes qui se donnent comme les apôtres de la liberté de l'esprit humain ? Dans quelle contradiction ne tomberaient-ils pas?

Qui ne voit d'ailleurs que de sages discussions sont le seul moyen d'arriver à l'unité d'esprit vers laquelle . converge le monde. Discuter, c'est donc servir la cause de la vérité , de l'humanité , de Dieu et de la paix.

Des discussions scientifiques auront aussi l'avantage de dissiper des préjuges funestes. Quand on verra les membres du clergé recourir à la science , étudier à fond les systèmes qu'ils sont appelés par devoir à combattre , faire un appel continuel à la libre discussion, à la libre conviction, à la raison; comment pourra-t-on toujours les présenter comme les éternels ennemis de la philosophie, de la raison, et comme les alliés nécessaires de tous les despotismes ?

Nous ne nous flattons pas d'obtenir ici de pareils résultats. Mais du moins nous espérons que tout lecteur impartial reconnaîtra que , dans cet ouvrage ^ nous ne sacrifions jamais les droits légitimes de la raison ; que nous y honorons toujours la vraie et la bonne philosophie. Ce sera là notre unique réponse à une accusation partie de haut, et qui présente les

PRÉFACE. lY

membres du jeune clergé comme autant de ménésienSy ennemis fanatiques de Tesprit humain '.

Nous espérons aussi ne jamais sortir des bornes de cette dignité , de cette impartialité , de cette stricte justice, qui ne doivent en aucun cas abandonner la cause de la vérité. Pourquoi ses défenseurs feraiènt-ils perdre à cette cause sainte la force de la modération!

Nous prions les théologiens qui liront ce livre, de ne point oublier que l'auditoire de la Sorbonne, devant lequel ces leçons ont été prononcées, se compose de jeunes gens laïques appartenant aux diverses écoles spéciales, et que les ecclésiastiques n'en font qu'une très-petite minorité. Ils pourront ainsi se rendre compte de notre marche et de notre méthode.

Nous ne voudrions cependant pas laisser inférer de ces dernières paroles que , selon notre pensée , la méthode suivie dans ce cours ne convient qu'aux laïques. Nous croyons fermement au contraire que les progrès de la théologie , en France , sont attachés à l'adoption d'une méthode semblable à celle que nous avons cru devoir suivre. La théologie scolastique doit être toujours la base de l'enseignement clérical 5 et loin de l'abandonner, on devrait au contraire la traiter avec plus de science et de largeur que jamais* Mais ne serait-il pas utile, nécessaire même, de joindre à la scolastique une méthode d'exposition plus

' M. GousId, préface aux Pensées de PascaL

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en harmonie avec 1 état et les besoins des esprits? La décision de cette question appartient à ceux qui ont reçu la mission de perpétuer et de conserver le dépôt de la doctrine sacrée.

Pour le moment, nous nous bornons à ces courtes observations.

2 janvier i844-

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