‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 11 sur 58 · THÉOLOGIE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

THÉOLOGIE PHILOSOPHIQUE

PREMIERE LEGON.

DT. LA THiOLOCIK.

Nécessité d'avoir des idées justes sur la nature de la théologie. — Son objet: la révélation; Dieu et l'homme dans leur nature et dans leurs rapports les plus mystérieux et les plus [HTofonds; TinQni. — Sources de la théologie : l'Ecriture, la Tradition et les définitions de l'Eglise. L'autorité des Pères et des théologiens , la philosophie humaine fournissent à la théologie ses principes secondaires. — Procédés sur lesquels s'élève la science théologique : distinction entre la foi et la théologie , qui est la science de la foi, — Usage de la raison dans la théologie : la raison systématise, développe, prouve et explique les vérités révélées.— Les vérités démontrables, étant aussi l'objet de Ul révélation , tombent dans le domaine de la théologie , qui peut les traiter par la méthode purement rationnelle. — Conséquence des principes posés : la théologie est une science , une science d'autorité et une science de raison ; la théologie et la philosophie sont distinctes , mais ne doivent jamais être séparées ; malheur de cette séparation ; nécessité de la théologie philosophique ; dispositions aux études théologiques ^

Avant d'aborder le grand sujet qui doit êtrç cette année la matière de nos études , j'ai cru,

* Auteurs à consulter : i^ Melchior Canus , de Locis tlieolo*

Messieurs, qu'il était utile de consacrer quelques leçons à des considérations très-importantes sur la théologie prise dans sa généralité.

Toute adence a un objet et une méthode. Avant d'étudier une science, il est naturel de s'enquérir de l'objet même de cette science, et de la méthode qui peut guider l'esprit dans ses investigations relatives à cet objet. Qu'est-ce qu'il faut étudier? Comment faut-il étudier? Voilà une double question qui sert de préliminaire à toute science.

Dans la théologie, peut-être plus que dans toute autre science, il importe surtout d'avoir sur ces deux points des idées nettes et justes; Terreur daias ces matières aurait de très-graves conséquences. Si , par exemple, n'ayant pas acquis des idées justes sur l'objet même de la théologie, vous la confondez avec la philosophie, une déviation pareille à l'entrée du sanctuaire de cette science peut à jamais vous en tenir éloignés. Une erreur relative à l'objet de la science entraînera nécessairement une erreur nouvelle dans la méthode. Vous appliquerez à la théologie des procédés qui appartiennent à d'autres sciences, et vos efforts resteront stériles, vos travaux inféconds. L'erreur est d'autant plus facile ici qu il circule plus de faux systèmes sur ce sujet. On s'est

§icis; 2° Tournely, Tractatus de Deo, DispiUatio pravia; 3** Thomassin , Dogniata théologien, Tractatus de Prolrgn^ menis theoiogùe^ 4° Péroné, de Locis tlieologfcis.

DB LA THÉOLO 3

plu à confoodre toates les notions ; et je ne crains pas de dire qu'il y a peut-être plusieurs persoimes dans cet auditoire qui ne savent pas d'une manière bien nette et bien précise ce qu'est la ihëo» logie. Cependant, Messieurs, nous voulons id faire de la théologie; nous voulons étudier la théologie ; il nous importe donc beaucoup de la définir. Lorsque Tobjet de la théologie sera bien déterminé et circonscrit ; lot*sqoe les rapports et les difTérences qui existent entre la théologie et ce qu'elle n'est pas, mais qui se rapproche le pltis d'elle, seront bien dessinés, bien arrêtés, alors rien ne sera plus aisé que de tracer la méthode qui devra nous diriger dans cette étude.

Cette méthode doit dériver de la nature même de la théologie. Je me propose donc aujourd'hui, Messieurs, de déterminer la nature de la théologie : 1"" en exposant son objet; T en indiquant les sources où elle puise ses principes; 3"* en décrivant les procédés qu'elle emploie pour constituer la science qui lui est propre; V enfin, je lîrerai de tous les principes établis quelques conséquences qui mettront en lumière le carac» tère spécial 9 la dignité, l'importance de la théologie.

La théologie, dit-on ordinairement , est la science de Dieu , la science de la religion et des choses divines. Cela est vrai, sans doute; cependant nous ne pouvons pas nous contenter d'aussi vagues défiralîons, il faut pénétrer plus avant dans

k PBEMIÈRB LEÇON.

notre sujet , il faut nous en faire, des idées plus exactes et plus complètes.

Tous nos travaux de Tannée dernière ont été consacrés à établir la nécessité , la vérité de la révélation et la divinité de rÉglise* Ce sont là. Messieurs , les grandes bases, les fondements sur lesquels s'élève Tédifice de la science tliéologique. Envisageons-les encore une fois; pénétrons encore une fois jusqu'à ces assises profondes et inébranlables. C'est là, c'est dans la révélation divine que nous trouverons l'objet même de la théologie.

Tant que la raison n'a pas été fécondée par la parole et par l'idée, elle est à l'état de pure puissance, de puissance inerte; elle est ensevelie dans une léthargie profonde. Mais dès que l'homme a reçu de la société le don extérieur de la parole, et qu'il a perçu le sens des mots par l'illumination intérieure de l'idée, aussitôt la raison entre en activité et développe toutes ses facultés. Parmi ces facultés, celle de l'intuition et celle du raisonnement sont les plus hautes et les plus importantes. La faculté de raisonner, qui suppose toujours des principes évidents, et par conséquent l'exercice de la faculté intuitive, n'est que le pouvoir de poser des équations et de les résoudre. Raisonner, c'est apercevoir l'identité ou la contradiction qui peuvent exister entre des idées , c'est associer ou séparer des idées. Pour exercer cette puissance, la raison doit nécessai-

rement pénëtrer Fessence des idëes, des principes cpii lui ont été donnés dans Tiutuition première, et qu'elle a d'abord entrevus d'une manière générale et confuse; elle doit en saisir nettement et dîslinctement toutes les faces , tous les rapports* Alors elle peut exprimer les principes en termes adéquats , les dérouler dans tous leurs compo* ses, enchaînant les unes aux autres toutes ces déductions par le lien de l'identité. Ainsi l'idée mère, en s' épanouissant, reste toujours ellemême. Dans ce travail évolutif, la raison goûte de grandes joies, celles de l'évidence et de la certitude rationnelles.

De même que la raison a le pouvoir d'unir les idées qui se conviennent , c'est-à-dire de même qu'elle a le pouvoir d'affirmer V être y elle a aussi le pouvoir de séparer les idées qui se repoussent et d'affirmer la contradiction, ou le non-étre.

Celte puissance de saisir l'identité et la contradiction est le grand instrument des découvertes rationnelles. Vous, Messieui's, qui avez étudié les sciences exactes, vous avez joui de la satisfaction de voir sortir d'un petit nombre de principes évidents une série innombrable de conséquences, toutes enchaînées les unes aux autres , et participant toutes , par conséquent , à la clarté et à l'évidence des principes eux-mêmes.

Ce procédé rigoureusement rationnel, qui trouve de si belles applications dans la sphère des' sdenoes exactes et qui, cependant, y rencontre

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aussi des limites , transporté dans celle des scîetices philosophiques et moralesi, y souffre des restrîclîous nombreuses, parce que Tobjet sur lequel la raison opère est plus grand qu elle.

Les premiers principes de la métaphysique y de la théologie y de la morale , possèdent une grande évidence. Cependant, Messieurs, il faut reconnaître que ces premiers principes sont peu nombreux ; que leurs conséquences parËûtement évidentes sont restreintes ; qu'il est impossible d'en tirer une science complète de Dieu et de T homme ; qu'il est impossible d'en tirer toute la science nécessaire à Tliomme.

Pour éclaircir ceci , prenons le fait fondamental de la connaissance humaine, le fait sans lequel il a'y a pas d'intelligence , sans lequel par conséquent il n'y a pas de moralité , de sociabilité. Ce fait y dans sa plus simple expression, le voici : je seofty je pense , je vejix , j'existe ; mais je ne suis senlani, pensant et voulant qu'à la condition de la coexistence d'un monde physique, d'un monde social et humain qui me modifient de toutes les manières, qui limitent ma force, ma puissance, mon action, et qui , à leur tour, sont limités par moi el par mon action. Ces mondes et ce moi n'apparaissent donc comme se limitant réciproquement, par conséquent comme boi*iiés, comme finis. Maisj 6 prodige! je ne puis prononcer ce mot de Jini sans que mon esprit prononce en même lemps la négation de ce fini, de cette borne,

el ORS qae Tidëe de Tinfini , ou Vidée de Dieu, se fêre sur ma pensée comnie iib soleil majea» toem édatant de ses mille rayons. Je trouve donc danslefait primitif trois faits; je trouve trois idées fondamentales dans ma conscience, dsuas ma raison r Tidée du moi , Tîdëedu monde, Tidée de Dieu .

Bd comparant ces trois idées , ces trois exislen*ces, je ne laide pas à m'apercevoîr qu'elles sont unies par des rapports nécessaires et évidents: j^affirme <pie Uîen est cause , cause intelligeilte , laole^uîssaDie , amiante du monde qui est au*fottr de moi , et de ce moi qui est ma personne.

Au niilîea de ma conscience s élève une grande voix qui me prescrit , à T égard de ce Dieu , père et maître absolu des hommes et du monde, ladoration et Tobéissance ; à Tégard de mes semblafalea, le respect de leurs droits. Cette loi m'ordome, k Végard de moi-même, de tendre à toute la ^rfection dont ma nature est susceptible. Je dédnb de ces principes tout ce qu'ils me pa*laiawnil rmfermer ; je combine ces idées de toutes les manières possibles ; je tâche de mettre dans lovies mes dédoetîons ce Ken dendentité qui fera feor ferce , et qui leur donnera de Faulorité aux yeoK de ma propre raison.

Ge travail sans doute exige une raison ferme , éeiairée, vertueuse; et certes, ces qualités sont rares. Je les suppose toutes, et j'invite ma raison àaHer aussi loin qu'elle voudra, ou qu'elle pourra, ses déductions évidentes. Je n'ai pas besoin

s PREMIÈRE LEÇON.

de lui opposer des barrières arbitraires; hélas 1 elle eu trouvera de trop réelles dans les bornes inhérentes à sa nature , dans sa faiblesse native et acquise.

En effet, toute ma science de déduction rigoureuse y toute ma science rationnelle vient échouer devant quelques questions qui naissent nécessairement des faits que je connais et que je possède.

Je suis en rapport avec le monde ; Tespace et le temps m*ont envoyé leurs impressions multiples et diverses; j'ai étudié ce monde , j'ai observé des faits, j'ai combiné des lois, j'ai pénétré même certains secrets , certains mystères de la nature. Mais ce monde , quel est-il ? quelle est son origine et quelle sera sa fin ?

Dans l'étude de moi-même, j'ai obtenu aussi de beaux résultats; j'ai distingué les deux substances qui, unies par un lien mystérieux, composent ma nature. Je vois que les destinées de ces deux substances ne peuvent être les mêmes, et je conclus d'une manière certaine, de la spiritualité du principe pensant, combinée avec les notions de la sagesse et de la bonté divines, l'immortalité de l'âme. Mais quelle sera cette immortalité que j'affirme? L'évidence ne peut plus être mon |[uide vers ce monde futur que j'entrevois à travers tant de nuages. Si je ne puis dire d'une manière certaine ce que je deviendrai après cette vie, j'éprouve des difficultés non moins graves, quand

jHoterroge ma raison sur mon origine , sur Thistoire de la nature humaine, quand je lui demande rexplication de certains phénomènes qu'elle m'of* fre dans son état présent.

Enfin, si je m'élève vers ce Dieu dont je connais Texislence, si je me demande quelles sont ses perfections, comment elles se concilient entre elles , comment il vit, comment il crée, alors ma rsQSon se confond dans ses propres pensées et reste muetteà mes questions. Ici j'entre dans le domaine de rinfini; et si, dans l'étude du monde et dans celle du moi, j'ai été arrêté par des abimes que je n'ai pu franchir, dois-je m'étonner de ne pouvoir faire un seul pas bien assuré dans ces régions de rinfini, où je n'ai pas de boussole pour guider ma course incertaine ? De là il est bien évident que je ne puis établir, par le seul raisonnement, tous les rapports qui me lient à Dieu, au monde, à mes semblables; il est évident qu'il y a là des termes en disproportion avec mon intelligence , et que je ne puis plus procéder par équations.

Cependant si l'évidence et le raisonnement défaillent, l'aspiration humaine ne défaut pas. Une fois que l'âme humaine a entrevu les questions que nous venons de poser, et une foule d'autres qu'il serait trop long d'énumérer, vous lui conseilleriez en vain de rester indifférente à leur solution. Elle sent trop vivement qu'une solution intéresse sa dignité, son repos, son bonheur; elle sent que les ombres que projette cette grande

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nuit f qui se lève sombre et terrible sur la pensée, s'étendent sur ce qui lui paraît le plus évidwit, le plus certain ; aussi elle se tourmente el poursuit sans relâche la lumière qui toujours la fuit. Ces efforts de la raison ont amené la succession des systèmes philosophiques , impuissantes et Taines solutions d'un problème toujours renaissant. Eh bien! Messieurs, là oii la raison , Févidence, la philosophie défaillent, là commence la théologie, là s'ouvre son domaine.

Dieu n*a pas donné Fintelligence à Thomme œmme un martyre, et comme on martyre inutile. Il doit à sa créature tout ce qui lui est nécessaire pour réaliser ses fins; et si cette créature, infidèle et oublieuse, délaisse la vériléy en dissipe rhéritage, il est digne de la bonté et de la sagesse divines de rétablir, de promulguer de nouveau et de conserver la vérité nécessaire à l'homme.

Cette intervention divine, directe et immédiate sera un enseignement divin, proportionné aux besoins de l'homme el à la nature humaine. De Kl les i^vélations positives et historiques, qui ont eu pour but le redressement et le complément de la raison bornée et égarée. Ces révélations successives ont été une parole divine, promulguée par un homme envoyé, inspiré de Dieu, et ayant reçu la mission de fonder sur la terre mfie société spirituelle qui a pour fin unique le perfediomiement de l'homme. Le cercle des révélations a été

D£ LA THÉOLOGiE. il

ferme iorsque le Verbe, la Sagesse de Dieu, s'étanl moDlré visiblenieol; à la terre , est venu accom* pUr toute la destinée humaiiie. Les conditions de la révélation ont toujours été calquées sur la natufe^ la constitution et les besoins de Thumanîté ; et si Torigine de la révélation a été un acte d'intervention divine , directe et immédiate, sa perpétuité et sa conservation exigeront la coi^-* nuké de c^te intervention directe et immédiate, qui sera l'assistance promise pour tous les temps al» société dépositaire des manifestations divines. Tout ceci» Messieurs, a été établi, prouvé^ lon* goeflMDt développé durant le cours de Tannée dernière; j'avais besoin de le rappeler pour assigner d'une manière nette et précise Tobjet de la théologie.

La diéologîe a donc pour objet propre et spécial la révélation positive et surnaturelle , toutes les iiéniés réglées ^ cons^vées dans T Église et proposées par elle à la foi et à raccq>tation de rioiall^ieiiee» £l comme toutes ces vérités se rapportent à Dieu et k Tbomme, l'objet de la diéologie est Dieu et l'homme : Dieu et l'homme dans leur nature , dans leurs rapports; les mystères de Dieu, les mystères de l'homme, en un mot rinfini.

Ainsi , dans la théologie , Dieu et l'homme ne sont pae connus seulement par la lumière incertaine et vacillante d'une raison bornée et altérée; ib le sont par la lumière de la parole divine^

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conservée avec son sens indélébile dans TÉglise fondée et assistée par Dieu même. Cette révélation divine qui vient ainsi satisfaire tous les besoins élevés, tous les nobles instincts de Thomme ; celte révélation qui donne la plus parfaite solution de ces formidables questions qui sont le touripent de la raison laissée à elle-même; cette révélation qui nous explique les contradictions de notre nature, nous raconte la beauté de notre origine , la grandeur de nos destinées futures , et nous introduit dans tous les mystères de Tessence divine, est, sans contredit , le plus grand bienfait que Dieu pût accorder au monde. Qu'ils sont à plaindre ceux qui le repoussent , et qui refusent même de s'enquérir s'il existe ! La révélation élève rhomme au-dessus de la splière bornée du raisonnement adéquat ; elle dévoile aux yeux épurés le monde divin ; et la foi divine est comme un sens nouveau ajouté à l'humanité pour complé* ter et perfectionner sa vie.

Mais où se trouve déposée cette révélation divine ? Ici se présente la seconde question que nous avons posée: nous allons indiquer rapidement les sources où la théologie puise ses principes et les vérités qu'elle enseigne.

C'est d'abord dans l'Écriture sainte que nous trouvons la révélation divine. Dieu , ayant donné sa parole à la terre, devait la fixer et la perpétuer par l'Écriture. 11 est donc un livre dans le monde qui renferme les manifestations et les

enseignements divins* Ce livre est le véritable titre de noblesse de la nature humaine ; il parle de Dieu d'une manière digne du souverain Être, et lient y sur les choses divines , un langage qui n*esl pas emprunté à la terre. Ce livre est incomparable; il se montre bien supérieur à toutes les oeuvres sorties de la main de Thomme. Je ne m'étendrai pas sur ce sujet , qui demanderait de si longues études.

Je ne mentionne ici FÉcriture sainte que comme le livre fondamental de la théologie, comra^ le livre même du théologien, le livi'e des principes. C'est là que les grands théologiens ont trouvé leurs sublimes inspirations. C'est là que s'est allumé le génie d'Origène , d'Augustin , de Thomas d'Âquin et de Bossuet.

Toutefois, Messieurs, l'Écriture ne contient pas toutes les vérités révélées. À côté de l'Écriture coexiste la tradition orale de certaines vérités d'origine divine, et non moins nécessaires que les vérités écrites elles-mêmes. Ces tradi* ùonsy qui se font reconnaître par leur antiquité, leur universalité, leur immutabilité, forment la seconde source où le théologien va puiser sa doctrine.

La parole divine est donc contenue dans l'Écriture et dans la tradition ; mais Dieu aurait fait un triste et funeste présent au monde en lui donnant sa parole , s'il n'en avait donné en même temps le sens exact et précis , et s'il ne conser*

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vail pas ce sens inaltérable et pur au sem de la flociétë chrélietnie. L'Écrkare, séparée de rÉ«gKse qui en perpétue le sens lëgilimey est une lettre morte, susceptible de plusieurs interpréta^ tions diverses ; car telle est la condition inérita^ ble, rimperfection nécessaire du langage humain. L'Écriture seule serait un brandon de discorde jeté dans la société religieuse : Ta* narchie des interprétations individuelles détrui* rait bientôt cette société qui doit être étemelle, et loin d'unir les hommes , la parole divine ne servirait qu'à les diviser. Tel n^est pas le plan divin ; tel ne peut être le plan d^une sagesse et d'une bonté infinies. Il faut donc que le sens de l'Écriture soit conservé par l'Église ; rÉcritiire devra donc toujours être interprétée d'après le sentiment conmiun, antique, universel de l'Église et de ses pasteurs. Ainsi, le sens de l'Écriture sera un fait vivant et perpétuel dans l'Église, et la lettre sera toujours vivifiée par l'esprit.

L'Église est nécessairement une société : or, il n'y a pas de société sans pouvoir ; c'est le pouvoir qui est le lien de la société. Le divin fondateur du christianisme voulant établir une société spirituelle, a dû établir, a établi en eflR?t im pouvoir spirituel pour la régir. L^Églîse, ayant la fonction d'enseigner, doit nécessairement posséder un ministère enseignant; et comme l'enseignement vient de Dieu , le pouvoir d'enseigner, l'institution du ministère enseignant doivent

venir aussi de Dieu lui-méroe, de Jësus-Christ. Il y a donc dans TÉglise un nunistère , un pouvoir enseignant fondé par Jésus-Christ, et toujours assisté par lui. Ce ministère est le corps des premiers pasteurs, des évéques unis au souverain pontife y et remontant par une succession continue jusqu'à Jésus-Clu*ist lui-même. C'est au corps des pasteuj*s qu a principalement été confié le dépôt de TÉcriture et des traditions apostoliques avec leur sens impérissable. S'élève-t-il au sein de TÉglise des controverses doctrinales qui méfient en péril Tunité de la foi, lien nécessaire de la société religieuse , il est évident qu'il appartient au corps des pasteurs de terminer les discussions par un jugement défiuitif et sans appel, et de fixer ainsi ce qu'il faut croire. Ce jugement est porté par le corps des pasteurs unis au souverain pontife, dans les conciles généraujE, ou hors de ces concUes, peu importe. Les conciles et les papes ne font pas des dogmes nouveaux, gardons-nous de le croire ; témoins de la tradition, ils attestent un £aiit, puisque la révélation est un fait. Ils disent ce qui a toujours été cru et enseigné ; ils dressent des formules <]ui ne sont que l'expression pure , mais plus développée de la foi antérieure, et proscrivent les opinions étrangères qui avaient voulu altérer la pureté du dépôt traditionnel. Ces définitions des conciles et des papes déterminent le dogme, et ouvrent une nouvelle source, une

source essentielle de renseignement th^logique. Tout ceci recevra, dans la suite de cet enseignement, les développements que nous devons nous interdire aujourd'hui.

Ainsi, rÉcriture, la tradition, les dëfinilious de rÉglise , telles sont les sources spéciales où la théologie puise les principes qui lui servent de fondement et de base. Vous le voyez, Messieurs, c'est toujours la révélation divine conservée, perpétuée, interprétée.

Après cela, la théologie emprunte des principes secondaires à toutes les sources l^itimes de la connaissance humaine. Comme elle n'est étrangère à rien , comme elle a des rapports nécessaires avec tous les développements humains, elle met à contribution la conscience, la raison, l'expérience, l'histoire, les travaux et les acquisitions de la philosophie. Elle trouve dans ces domaines divers des documents nécessaires, des confirmations utiles, des analogies fécondes; mais, à la tête de ces autorités humaines, elle place toujours ses saints docteurs, ses théologiens sûrs et fidèles.

Nous connaissons l'objet de la théologie ; nous savons où il se trouve^ où il faut le chercher. Maintenant, comment la théologie se comportet-elle avec son objet ? qu'en fait-elle ? Si elle se contente de Taccepter par la volonté, par la soumission de la raison, elle ne se distingue pas delà simple foi. La foi sait que Dieu a parlé ; elle croit

à Dieu, elle adore sa parole. La théologie , en s'appuyant sur la foi, est quelque chose de plus que la simple foi. La théologie est la science de la foi. La théologie est Tapplicalion de toutes les facultés humaines, par conséquent de Tintel- Ifgence, de la raison, à Fobjet de la foi. La théologie est UD développement humain de la foi , discursus rationalis et naturalis , comme disent les théologiens. Quel est donc Tusage de la raison dans la théologie ? Quels sont les procédés rationnels qui constituent proprement la science tfaéologique ?

Les principes de la théologie sont des faits divins, des vérités divines données par la révélation, et qui' ne sont pas toujours prouvées en ellesmêmes. Ces principes , certains de toute la certitude de la révélation elle-même, ces principes, garantis par le témoignage infaillible du Dieu de toute vérité, sont systématisés, développés, prouvés, défendus , enfin expliqués par la raison autant qu'ils sont susceptibles de Têtre dans Tétat présent de nos facultés. Ici nait la philosophie de la théologie, la seule qui mérite véritablement ce nom, parce qu'elle est la seule complète.

Je db que les vérités révélées sont d'abord systématisées par la raison humaine. Elle met de Tarrangement dans Texposé de toutes les parties de la doctrine sacrée ; tout est disposé dans Tordre le plus naturel , le plus conforme à la vérité et à la nature des choses. On voit comment les

1^ PRBW^ft^. ^^99^,

irérité& générales con^eDpei^t l^.véril^,p^i*^»)u-r lif^res^ oommeqt Ips. principes engendrent I^ opi^séqupnçes. 11 en résalte up ensemble, un tout liafin^onieux. qui ^ipbrasse Di^u , r^omaie et 1|^. iQ^nde d^ns, \^ riipports.les plus, élevés , Iqs .plqi^: ipys^éneux, qq^i exis^f^ot entre eu^..Mais FintelUr genpe qe se contente, pa^ de disposer, aipsi lfi$, yéci^és qui l^i sont doppfées, CUi^ les dév^eloppci, epetir^ toutes, les coq^quences , en. q^ontre 1^ appUcajLÎQn^ Ç^. principes sontri^s contestés.,, a^aqu^s,. Ifi tl^^ologien les défend.coqlriie les adversaires qu'ils rencontrent. Ainsi , il, prouve à» I!hér|étique que le& dogmes ni^s par Thérésie soq^t QQn^Quu^ daps r^ritpre et daqs la trja^ditioq, eVPpt tpujoursjété professés par rÉglise.. Lorsque. Ijnprédplq. s'élève contre le n^ystère et Façcu^ d'étf*<e contr^s^ire à la. raispn^^ le théologien lui dfîrqpptre qu'il q 'y a pa& de cpntradÎQtipn réelle (;iiitr^Ja,raispn,et,la foi, puisque Iqsyérilésde^^çs. d^^ordr^i.partant d'une même source^ ne peur v;eu( élre qppps^s entre elles* Mais cette preuves e^ p^fement^négative ; la spéculs^tion théolc^q^q.v;s^iplu&loiq. Elle cherche ^ découvre et coqf> State lf\s cqqv^^nçesy les hariqoqies4^ mystères 9ijv^ la^nature dç Dieu et celle dç Fliomme. Les mystères chrétiens, lui apparaissent coiqme l^, p\\\^, haute n^^ifestation des attributs, divins. Ëp eux, elle voit briller la sagesse ,. la ji^stice et^ 1^, bonté divines. Pour établir Taccord de ces divins mystères avec les J>esoins de Thupiapité ,

elle demande des vërificalions el des confirma^ lions à la oonscienee el au cœur; de rhoauBej^el^. dëcrivaDlile& merveilleux eflfets dés doctriDe$.ré^ Tâées^sur rindividu et U socîëlé, elle.mimtrele perfeotioanemeot progressif et incessant dom^ elles sont la source bienËiîsante. Le vaste, champ, de la nature el de la science luiofire.des an»»^ logîes dont elle se sert pour élever nos. faibles. esjpnls aux pures vérités que la foi nous eiv*

La spéccdaticm théologique ne bo«ne pas. son aecivilé à ces premiers essais de conception; Sondant les. lois les plus profondes. de l^étre, elle retrouve, avec une indicible joie ^ , dans le myslère Texpression .la ^ plus parfaite, la plus su* lAme de ces. lois» Ces spéculations ; élevées sont une sorte de démonstration a priori des mystères enxHnêmes^ Lès-plus grands saints, les plus grands docteurs, se sont lîvrés4 ces hautes recherches, et^ renfermées dans leurs bornes légitimes, . elles scmt Je pliis*be( usage dé Tintelligence, la source des ipkis ineffables jouissances qu'jelle puisse gpù^ ter icfrlias. Sans. doute il reste toujours dans «le mystère un ifond impénétrable et à Jamais voilé, à dès yenx terrestres ; .mais des obscurités pareilles se trouvent dans- toutes les sciences; mais ces obscurités* n empêchent pas le rayon lumineux d'arriver jusqu'à Tàme pour réclaîrer. Saint Pierre compare le mystère à un flambeau luisant au miUeu des ténèbres, lucerna luoens in caligi^

20 PRBMIÈBB LEÇON.

noso loco ^ Ce flambeau est environne de voiles et de nuages y je le veux , mais c'est toujours un flambeau : ne l'oubliez jamais , Messieurs.

Le domaine de la théologie n'est pas circonscrit dans la sphère des mystères de Dieu et des mystères de Thomme ; le domaine de la théologie s'étend aussi loin que celui de la révélation et de la foi ; et comme la foi nous propose nonseulement les mystères , mais aussi , et même avant les mystères, toutes les vérités démontrables de l'ordre métaphysique et moral, et les revêt de son autorité , la théologie s'occupe de ces vérités accessibles à la raison humaine. Saint Thomas nous donne en quelques mots pleins de sens les raisons pour lesquelles les vérités démontrables sont aussi proposées par la voie de la foi : c'est que ces vérités sont d'un accès difficile par la voie rationnelle de la démonstration , pour ceux même qui ont le temps nécessaire et la capacité suffisante pour la suivre. D'ailleurs , cette voie, dans une évidente disproportion avec l'état intellectuel de l'immense majorité des hommes , est peu sûre en elle*même, et préserve difficilement l'esprit des plus graves erreurs sur les points les plus importants j comme Texpérience le prouve. Pour ces motifs, dit le saint docteur, la sagesse et la bonté divines ont voulu que les vérités même démontrables fussent proposées par

* «Pctr.,1, 19.

la foi. Salubriter erga diifina providit clementiay ui ea eiàun quœ ratio im^stigare patest j fide te^ nenda prœciperety ut sic omîtes de facili possent divinœ cogitationis participes esse , et absque du^ bitaiioneet errore^. Quant à ces vérités, les procédés de la théologie ne sont pas différents de ceux de la philosophie rationnelle : elle les traite par le raisonnement, en leur appliquant le principe deVidentité et de la contradiction.

D'après tout ce que nous venons de dire, Messieurs, il faut nécessairement conclure que la théologie est une science , car elle a son objet déterminé, ses principes certains. Peu importe que ces principes ne soient pas toujours prouvés en eux-noiémes par la voie rationnelle, et ne jouissait pas toujours d'une évidence adéquate. Car, Messieurs , quelle est la science qui prouve ses principes? et tous les principes de toutes les scieiices possèdent-ils toujours une évidence parfaite? Il suffit que lesprincipesd'une science soient certains, ou comme faits j ou comme id^es. Les principes de la théologie sont certains, puisqu'ils sont révélés de Dieu même. Cette révélation divine, base de son autorité, est le point fondamental que la théologie établit d'abord ; et c'est la tâche que nous avons remplie Tan dernier.

La théologie est donc une science, mais avant tout une science d'autorité. Quel est l'homme

* Summa adp. Cent., Vh, I, cap. nr.

32 PBEIUÈU LEÇON.

épmde Tamour de la vérité, et pouTsuÎTant aam relâche la possession de ce bien suprême, qui n'ait senti' le prix d'une autorité capable de pré* •venir et de guérit' le doute, le doute qui failtaui de mal. à Tâme? Quel est rhomme qui n'aîtap pelé quelquefois le secours d'une autorité pour lui servir de guide dans les sentiers obscurs db monde supra-sensible ? L'existence de cette autorité est parfaitement conforme aux ibesoins et <i la constitution de la nature humaine. Et ai 'mie autorité est nécessaire, où la trouverait-on ysinea dans la révélation , et dans l'Élise , son étemd organe ? La théologie , étant une science d'-antO0ité et de foi, répond donc à un des besoins las plus profonds, lesplus universels de notre nature. JHais, à côté du besoin de croire , coexiste iba besoin de voir, de connaître, de se rendrecoaqple. L'«aulorité et la foi n'ont même de prix qu'aotMil qu'relles préparent l'homme à la raison, ^udori^ êets Jidem Jlagitatj dit saint Augustin % et mtiotd prœparai Itominem. La théologie, pour étise science complète, doit donc être lune science tionnelle, une science de raison ; et vous vi de voir la magnifique pant qui est réservée à \êl raison dans la théologie. Ce rÀle^ il est vrai, ert: subordonné ^ la raiscn ne domine pas, éUe sert daBMS la théologie. £lelle subordinatîim est déterminée et par l'objet de la thécdogîe, ^i

* Saint Augustin, de ^ewa

BIS LA THÉOLOGIE. i$

TkiSftti, èft par T autorité sur laquelle elle est âppuyëe, rautorité de Dieu, et enfin par Tinfirtnîlé mémie de notre nature. Notre science des choses 'divines ici-bas n'est qu'à son atirore ; le jour âe Vitrfrhi coinmence à peine dans les régions èe rftme. La modestie, la réserve, la soumission convienfifent donc parfaitement à là raison ; cft <)tiand elle sort de ce rôle , quand elle devient allièreet orgueilleuse, quand elle affecte Tittdépendance, elle s'égare, elle lombe, elle sedes^ sèche et périt.

Vne autre conclusion de tous les prittcrpes posés , c'est que la théologie et la philosophie sont distinctes , tnais ne doivent jamais élre séparées. La philosophie part de l'évidence, et se renferme dans son domaine : aussi est-elle absolument insuffisante , et ne correspond-elle nullement k tous les besoins de l'honfintee. La théologie , au contraire , part de la foi , s'élève progressive ment à Vévidence, et embrasse dans sa sphèv^ l'infini tout entier. Distinctes par letn* obfèt, distinctes par leur méthode , la ihéolo^ et ti phHosophie ne peuvent cependant subsister él fleurir l'une sans l'atitre. D'un côté, l'in^ffisatice absolue de la philosophie; de l'autre, ta ttéce^itéd'inlrodyiire dans le domaine théologiqile là spéculation tattotmielle, teHes sont les bases M- Kdes tle l'^atoce de cfés deux sdéncM nécfessaMA an mbtide. Là rupture de cette allianfce, là sépÉrsflioti violente de là f^iloMphïé et ^ë la tbéôtô- ,

2/i PREMIÈRE I.EÇOV.

gie est un attentat de lèse-humanité , fécond en malheurs de tout genre. Vous voulez faire de la philosophie pure, dites-vous; vous voulez procéder comme si Dieu n'avait pas donné une parole au monde, comme s'il n'avait pas résolu lui-même les grands problèmes de la destinée humaine; vous vous placez dans la déplorable position des philosophes avant le christianisme : eh bien! vous serez punis de votre égarement ou de votre témérité par la versatilité de vos doctrines , par l'inutilité de vos efforts; vous serez réduits à exhumer du passé quelque vieux système que l'humanité a déjà flétri de sa réprobation. Non , vous ne pouvez vous passer de la théologie. La théologie , je le reconnais de grand cœur, ne peut non plus se passer de la philosophie, car alors elle ne correspondrait pas à tous les besoins de l'âme. La théologie et la philosophie sont donc deux sœurs qui ne peuvent vivre Tune sans l'autre , qui ont besoin de s'aider, et qui doivent marcher unies. Une philosophie théologique, une théologie philosophique, voilà. Messieurs, ce qui convient au monde, surtout au monde d'aujourd'hui. La nécessité de celte science n'est-elle pas évidente ? Quel vide immense la théologie ne laisset-elle pas dans le monde livré aux stériles expériences des philosophes rationalistes ! Vous ne connaissez pas Dieu , vous ne connaissez pas l'homme; vous laissez ces grands objets dans une vague indétermination y comme dans un téné-

DB iLk TnfiOLOGIB. 25

breiû nuage, et vous voulez ensuite constituer une science de la société , une science de la na« ture y une science roéme de Fart ! Et vous ne vous apercevez pas que la plupart de vos principes sont fiiutifs y que vous laissez derrière vous des lacunes béantes qui accusent Timpuissance de vos doctrines. Par vos procédés, on arrive à une science politique et économique qui matérialise la sodélé, abaisse les âmes et les courages, engendre le despotisme ou l'anarchie ; à une science de la nalare sans profondeur, sans lien, sans unité, sans vie; à des théories de Tart qui ne sont que les rêves d'une imagination déréglée. C'est , Messieurs, que toutes les sciences touchent à Dieu, à l'infini , et que tant que Dieu est ignoré , l'ombre gigantesque de cet inconnu se projette sur la science , et l'enveloppe de ses voiles. La théologie a des rapports nécessaires à toutes les sdences; et tout homme aujourd'hui, tout homme jeune qui a du loisir et du courage, doit désirer de s'initier à cette science divine.

Vous l'avez senti , Messieurs , le besoin de la théologie; votre présence dans ce lieu me l'atteste.

D'après ce court exposé vous pouvez déjà vous convaincre de la nécessité, de la beauté, de l'excellence de cette science. Sans parler de ses résultats pour le perfectionnement moral de l'homme, et l'accomplissement de ses destinées les plus hautes, des destinées surnatu-

36 PBEIllÈRB LECOlf.

reliés , elle peut exercer sur toutes vos facultés la plus heureuse influence. Songez que c'est la théologie qui a dirigé te génie politique de Suger, inspiré le gerrie poétique de Ddi^te, fë>eondé te génie philo«^ophique ée Pascal «et 4e Leibnitz. t^es grands artistes des xv* ei xvi* siècles n'étaieuft-ils pas aussi théologiens ? Ia théologie p^ut élevefr vos âmes, décupler vos talenfay tremper vos caractères, et faire de vou6 des hommes utiles à la patrie. Pour -arriver à ces résultats, il faut du sérieux , de Tâssidni té , de Jt méditation^ dés lectures^, du travail; il faut sur« tout une intention droite, la pureté du coëartst la prière. Ah! s'il y avait parmi vous, Messieurs, des jeunes hommes épris de Tamour de cette science , et qui voulussent la cultiver, je leur prêterais mon concours avec un ^itier dévouement ; mes efforts et mes peines recevraient tîne bieu douce récompense. La théologie «al quelque chose de trop grand , de irop ^àim pour être jamais regardée comme im passetemps. Appelions tous ici le zète et la gravité que demande cet enseigtiement, alorà tious en recueillerons les fruits.

DBrtTXIÈMïl LEÇON.

BItXOm DE UL TBiOLOOIS.

Utilité de l'histoire de la théologie. — ^Késumé de la leçon :|ivécédciite. — Deux parties dans la théologie : Pime imamable, l'autre mobile; fondement de Thistoire de cette science. — Trois époques dans cette histoire : première •épocfoe» q«i embrasse les six premiers siècles.^'- Garae^ •tère des temps apostoliques , qui détermine celui de la théologie dans ce siècle de formation ; saint Ignace. — lies apologies , premiers essais de la controverse et de .Pcxpoaé scientifique du christianisme ; Athénagore et satint Justin. — L^école d'Alexandrie et son influence sur la théologie : Origène , ses travaux , sa méthode. — État de la soience dirétîenne dès le ii* et le m* siècle. — Prodigieux développement de la théologie dans le iv* et le y* siècle ; les Pères et leurs travaux ; saint Athanase cA saint Augustin,; philosophie théologique ; littérature dirétienne; transformation du monde ^

Après ^oas avoir enlretentis dans la première leçon de la nature de la théologie, avant de traiter de ia mètliode qni doit nous diriger dans nos étnAes, yai cru qu'fl serait utile de vousprésenterun somDaaire de rhîsloîre de la théologie. La cDDnai^cance du développement historique de cette science j des phases diverses par lesquelles (Ae est passée y des méthodes qui ont été successivement employées dans son enseignement , vodis aidera à mieux pénétrer encore la nature cft Timportance de cette science, et vous dîs*-

' Anfeaan'à oooBaltflr : i« D. Ceillier, Histoire génénUedet auteurs ecclésiastiques ; 2° Elie Dupin , Nouvelle £ibliotlièqu€ ecclésiastique; Z^ Yienrj ^ Histoire ecclésiastique ; 4** Tille-

âd DEUXIÈME LEÇON.

posera à bien comprendre la méthode que nous vous proposons d'adopter. Quel spectacle d'ailleurs plus intéressant en lui-même que celui que nous présente l'histoire de la théologie! Et si riiistoire d'une science quelconque, l'histoire de sa formation et de ses progrès, de ses fortunes diverses, de la part d'influence qu'elle a eue sur les destinées de l'humanité et la marche de la civilisation, est un objet si attachant, que sera-ce lorsqu'il s'agira de la science qui est le développement le plus élevé de l'esprit humain , et qui a exercé sur la destinée humaine l'influence la plus décisive ?

Dans la dernière leçon , nous avons défini la théologie : « La science qui discourt de Dieu et des choses divines, d'après les vérités révélées, proposées par l'Église. » La. raison humaine , avons-nous dit, qui est elle-même une révélation naturelle, peut conduire l'homme jusqu'au parvis du monde divin. Mais lorsque l'homme, poussé par l'irrésistible instinct de sa nature, veut s'avancer dans ce monde et y faire des découvertes, il voit bientôt la lumière de son astre pâlir; sans guide et sans appui, il ne peut plus faire un seul pas assuré. Dieu, qui, à l'origine des choses, créa la raison par le don de la vérité , n'aban^ donne jamais la créature sortie de ses mains. Des révélations successives, toutes calquées sur la constitution de la nature humaine, sont venues continuer et achever l'éducation du genre humain ; et

HISTOIBB D£ LA THÉOLOGIE. 29

Dieu est toujours présent au milieu de la société qu'il a rendue dépositaire de ses manifestations.

Ces révélations divines sont des faits historiques qui occupent le premier rang dans les annales de Vhumanité ; des faits prouvés et vérifiables par leurs caractères et par leurs résultats. Lorsque rhomme s^est convaincu de la vérité et de la divinité de ces grands faits, lorsqu'il a ouvert son cœur aui impressions divines de la grâce , il fait acte de foi à la parole divine. Cet acte, cette foi, crée en lui , si j*ose m'exprimer ainsi , un sens , un organe nouveau, capable de le mettre en rapport avec le monde supérieur et divin , que la raison entrevoit, mais où il ne lui est pas donné de pénétrer. Cette foi est une lumière nouvelle qui purifie, fortifie la raison et Télève au-dessus d'elle-même. Loin d'être détruite par la foi , la raison est donc ennoblie et agrandie par elle : la toi conduit Thomme à Tintelligence, Alors une science nouvelle, une science toute spéciale sort de la foi : cette science, Messieurs, vous le savez, c'est la théologie. La raison , appuyée sur la foi , «'appropriant les données, les principes, les vérités révélées, les dispose, les développe, les prouve, les explique : ainsi est constituée la science théologique, ou la théologie philosophique.

Dans la théologie , nous voyons donc deux objects bien distincts : des vérités données, révélées; des dogmes contenus dans l'Écriture et

dans kl tradition;,, propo&es par TÉglisefel souvdDt ri§;oureu6emejit définis par ell6i Cette ptrtîa est éternelle, immuable^ invariable^ Glest^la* base posée par Dieu luinuéme, hase immobile,, qui voit passer à ses pieds^ les générations humaînet, et qui , souvent baltue par les flots tuntmltueux de la pensée, reste toujours inébranlable à< leurs coups. Rendons grâces à Dieu, Messieurs, d'avoir posé à côté des principes nécessaii*es , éternekt^ immuables- de la raison , d'autres doctrines phis élevées, et: douées aussi de cette immutabilité que nous attribuons nécessairement, au vrai. Ces doctrines , au milieu de cette rapidité , da- cette fluidité des pensées et dès choses humaines, participent du caractère de Tabsolue immutiA>ilité de Dieu; là est une preuve (hippante de leur, origine divine.

Sur cette base absolument divine s'<élàve le tra*p vaîl de la raison humaine , qui forme le second objet de la. théologie. Ce travail est soumisr à toutes les conditions des choses humaines ;, au développement , à la mutation, à «la succession , au progrès^ C'est pour cela que la théologie a une histoire, et que nous pouvons. vous* raconter ses phases diverses.

Quels ont été, Messieurs, dans lai sucoesaîoB des âges chrétiens, car nous nous renfermoBS dans cette période, les actes de la raison humaine appliquée à l'objet divin de la révélation ? Gom^ ment ces vérités ont^elles été exposées, dévelop*»

|i4#m iNK>iiiii(te, exfdiquéjQ^^ Quelle aamûfàe dfgos.cestraywJi^ divers ? Qi^aUe pbilosQr pMenouyeUe de Dieu, et de Th^mme en ariril sui;gî ? Quelle açùon cette pliilo^ophie a-^t-elle eiercee wr la marche générale de la civilisatiou, eisur le perfecUonuement de la oatar^. humaine?:

VoiIà,certeSy uq grand, un beau sujet d études,, Ucp propne à- vou^ affecûonner de pjus en pins à U ihéolo^e^ à,vQu« en faire comprendi:e touto. Tewell^ilpe^ Ce sujet ne sera tiaité que d>une nuMuej3e. e&(riémement rapide et sommaire ; nousne /èroo^.méme que Tesquisser et que dessiner ça ei,là qnelqM^ traits de ce grand tableau/.

Pour mettre quelqpe ordre dans cet exposé ,, je. diviserdi Thistoire de la théologie en trois, grandes époques : la première , qui s'étend jus<^ qu'au vi' siècle ;Ja deuxième^qui embrasse tout le moyen âge ; la troisième enfin , qui traite des temps modernes. Am'ourdliui nous ne nous occuperons-que de la. première époque.

Vous n'ignorez pas, Messieurs, que la plupart des premiei;^ disciples des apôtres, la plupart des premiers chrétiens furent des hommes simples etsans culture, .d^ hommes du peuple. Saint Paul

' ^'ous priops le lecteur de ne jamais perdre de vue cet averdssemeDt dans les deux leçons consacrées à rhisloîre de 1« théologie ; il ne s'agit pas même ici d'un sommaire com-. plet où ne seraient omis aucun fait ni aucun personnage important. Quoique nous sentions toutes les lacunes de ce rapide exposé, nous laissons cependant subsister ces leçons, dans la «persuasion qu'elles pourront être utiles.

32 DBUXIÈIffi LEÇON.

lui-même nous apprend qu'il n'y avait pas dans la communauté chrétienne un grand nombre d'hommes riches et nobles : non multi diviies , non multi nobiles. Si de temps en temps il se joignait à ces premiers fidèles des hommes et des femmes illustres, des membres de Tarëopage d'Athènes ou du sénat de Rome, des personnages consulaires, c'était une exception. De là, la simplicité et la grandeur de ce premier âge. L'tBuvre que le christianisme accomplissait au i*' siècle était de préparer un monde nouveau, en jetant bien profonde la base sur laquelle il devait s'élever. Cette base était la foi , la foi, capable de vaincre toutes les résistances, tous les obstacles ; et là se trouve le caractère de cette époque d'origine et de formation. Ce f ^ siècle fut et devait être beaucoup plus pratique que spéculatif, beaucoup plus à Faction qu'à la parole. I^a doctrine était perpétuée par une tradition orale et vivante ; elle était concentrée dans quelques paroles graves et simples qui ont retenti jusqu'à nous, dans le symbole des apôtres, premier abrégé de la théologie chrétienne. La foi se prouvait alors d'une manière bien simple et bien efficace. Les témoins de la vie, de la mort, de la résurrection de l'Homme-Dieu , étaient là , vivants , répandus dans le monde entier ; ils disaient : Voilà ce que nous avons vu. Voulez-vous vous assurer la paix de l'âme ? voulez-vous arriver au vrai bonheur ? croyez. S'élevait-il quelques discussions parmi les premiers fidèles , un

HWnHBB DE LA TBtoU>GIB. 33

mol sorti de la bouche d'un apôtre ou d'un premier disciple les terminait pour tous les hommes sincères. Enfin, cette foi se justifiait aux yeux de tous par le renouvellement qu'elle opérait dans l'homme tout entier y par les vertus inconnues qu'elle enfantait. La paix , la fraternitë , l'égalité, la charité féconde en bienfaits, tels étaient les signes qui distinguaient les chrétiens, et les preu* ves sensibles de la vérité de leur doctrine.

La foi avait pour se propager un moyen plus efficace que la discussion, plus puissant que l'éloquence humaine. Quel spectacle nouveau venait étonner et émouvoir ce vieux monde romain , usé de scepticisme et de vices , ce monde endormi dans le plus honteux esclavage qui eut jamais flétri la terre , lorsque le martyr était cité devant le proconsul ou Temperenr! Écoutez, Messieurs , dans un seul fait tous les faits de ce genre. «Trajan, après avoir vaincu les Daces, passa en Orient, la neuvième année de son empire, 1 06 de JÀus-Christ , marchant en Arménie pour combattre les Parthes. Comme il était à Àntioche, Ignace , disciple des apôtres et évéque de cette rille, fut amené devant lui. « Qui es-tu, malheucf reux, lui dit l'empereur, qui méprises nos ordres w et persuades aux autres de se perdre ? » Ignace ayant ditson nomde Théophore^ quisignifie porte- Dieu , Trajan dit : « Qui est celui qui porte « Dieu ? » Ignace répondit : (^ Celui qui a Jésus-

« Christ dans le cœur. » Trajan dit : a Tu crois

« doDQ que nous n'ayons pas aussi dans le oœur 1m « dieux qui combattent avec nou&contre noaeiuM- «mis ? » Ignace dit : « Tu te trompes de noomtr « dieux les démons des gentils. lln*y a qu'un dieu « qui a (ait le ciel, et la terre» et la mer, et toutcc u qu'ils contiennent ; il n'y a qu'un seul Jésus tf Christ^ fils unique de Dieu, au royaume duquel «j'aspire. » Trajan dit : « Tu parles de celui quia « été crucifié sous Ponce«Pilate ? d Ignace dit : cr Celui qui a crucifié mon péché avec son aïklour, (c et qui met toute la nature elles démons sous Jes u pieds de ceux qui le portent dans le cttur« h Trajan dit : « Tu portes donc en toi le crucifié? m Ignace dit : h Oui, car il est écrit : J'habiterai et fc marcherai en eux. » Trajan prononça cette te»* tence : « Nous ordonnons qu'Ignace, qui dit por- « ter en lui le crucifié, sera enchaîné et conduîl à <c Rome par les soldats, pour être dévoré par les « betes dans les plaisirs du peuple, n Ignace s'écvîai plein de joie : (( Je vous rends grâces, Seigneur, de M m'avoir honoré de la charité parfaite entiers (( vous, pour être chargé de chaînes de fer comme (( votre apôtre PauP.» Quel langage, Messieurs, et quel contraste ! a Celui-là porte Dieu qui a Jésusr Christ dans le cœur. — Nous portons dans le cœur les dieux qui combattent nos enn^nis. » Deux mondes sont là en présence et en lutte ; et combien ces idées, ces sentiments , ce courage modeste

* Yleurj^Hist. ccd., 1. 1, Uv..xu.

HISTOIB m Là TH0OËOG1E. MF

et calne y ania InTÎiioible y devaient agir sur les

J^nace , en quittant Antioche et pendant son ¥oyiçe vers Rome, écrivit aux Églises d'Asie des lettres d'adieu qni , avec l'interrogatoire que nous venons de rapporter, nous retracent , dans toute saptuasance, la grande figure de cet &ge héroïque. Arrivé à Smyme, le saint évéque, trouvant là des Éphésîens qni partaient immédiatement pour- RiMne et devaient y arriver avant lui , écrivit aux fiklèles de cette ville pour les détourner du desseîo oik ûs étaient d'empêcher sa mort par letirs soUidtalions et le crédit dont jouissaient plusieurs d'entre eux. « Je crains, dit-il ^ que votre charité ne me nuise... Je n'aurai jamais une aussi belle occasion d'arriver à Dieu. Si vous ne parlez pas de moi, j'irai à Dieu; si vous m'aimez selon la chair, je retournerai à la course. Vous ne pouvez me pirocurer un plus grand bonheur que d'être imnaolé tandis que l'autel est encore prêt... Je voos en conjure, ne m'aimez pas à contre-temps ; souffrez que je sois la pâture des bêtes, qui me feront jouir de Dieu. Je suis le froment de Dieu, et je serai moulu par la dent des bêtes pour devenir un pain tout pur de Jésus-Christ. Flattez plutôt les bêtes, afin qu'elles soient mon tombeau et qu'elles ne laissent rien de mon corps, de peur qu'après ma mort je ne sois à chaîne à quelqu'un. Je serai vrai disciple de Jésus-Christ , quand le monde ne "verra pas même mon corps.... Dieu

36 DEUXIÈMB LEÇON.

veuille que je jouisse des bétes qui me sont préparées. Je souhaite de les trouver bien prêtes , et je les flatterai afin qu'elles me dévorent promptement et qu'il ne m'anive pas , comme à quelques-uns I qu'elles n'ont osé toucher. Si elles ne voulaient pas, je les forcerais. Pardonnez^moi je connais ce qui m'est utile. Maintenant, je com mence à être disciple. Aucune créature visible ni invisible ne m'empêchera d'arriver à Jésus-Christ que le feu , la croix , la division de mes membres, la séparation de mes os , la destruction de mon corps , viennent sur moi , pourvu seulement que je jouisse de Jéstis-Christ. Je vous écris vivant et amoureux de la mort. Mon amour est crucifié. Ce n'est point un feu matériel, mais une eau vivante qui parle en moi et me dit : Allons au Père. Je ne suis sensible, ni à la nourriture corporelle, ni aux plaisirs de cette vie. Je désire le pain de Dieu , le pain céleste , le pain de vie , qui est la chair de Jésus-Christ. Je désire le breuvage de Dieu , son sang , qui est la charité incorruptible et la vie sans fin. »

Ce langage si nouveau, cette foi si profonde, cet amour si passionné pour Jésus-Christ et pour Dieu , cet enthousiasme du martyre , convenaient bien à un homme qui avait connu personnellement Jésus-Christ lui-même , et qui avait été le disciple des apôtres! Avec la vérité des faits évangéliques, i ien n'est plus naturel, tout cela se conçoit facilement. Si vous la révoquez en doute, ce

langage, ces senlimentSy qui n'étaient pas d'ailleurs particuliers à un seul hommes mais communs à tous les chrétiens de cet âge j sont à jamais une énigme inexplicable.

Mais revenons à notre sujet. Dans cet interrogatoire y dans cette lettre , tout le i^ siècle vit et se révèle à nos yeux. Elle y est vivante et palpitante cette foi immense et indomptable qui seule pouvait vaincre le monde ; elle y est avec son caractère propre, son élévation, sa profondeur, sa puissance de transformation et de régénération; mais en même temps avec cette naïveté, cette simplicité étrangères à toute considération rationnelle, à toutedbcussion scientifique, comme il convenait bien à cet âge qui touchait aux faits générateurs delà foi, à ces faits publics, palpables , aisés à vérifier. Des faits de cette nature dispensaient d'un laborieux examen , et de longues éludes philosophiques. Cependant cette foi contenait déjà en germe toute la science des choses divines que le génie des Augustin , des Thomas d'Aquin, des Bosquet, développera plus tard. Toutes les beautés de la poésie et de l'éloquence chrétiennes étaient aussi renfermées dans ces simples récits, dans ces exhortations paternelles que le pontife de TÉglise primitive adressait aux fidèles pressés autour de lui dans l'obscurité des cryptes et des catacombes. Tout l'art chrétien, qui plus tard couvrira la terre de ses chefs-d'œuvre, et eo&Dtera les merveilles du moyen âge et

M DEUXIÈME LEÇOR.

de la renaifisance chrétienne , était en gerjae dans ces grossières, mais touclianles ébaudies qu'on vénère avec une indicible émotion au uÀn des catacombes.

Le spectacle de la foi et des vertus chrétiennes devait produire sou effet. Le monde s'ébranlait; il se sentait animé par un esprit nouveau ; de tonte part , malgré les persécutions et la puissance con^ jurée des prêtres , des philosophes et des Césars^ on se précipitait vers TÉglise ; les petits et les grands, les ignorants et les savants y entraient en foule. Cependant , la doctrine nouvelle était méconnue, calomniée. Alors, des chrétiens, qui avaient été philosophes , entreprirent ces apologies fameuses que l'antiquité nous a conservées, et qui ont été les premiers essais de la défense du christianisme. N'attendez pas de moi une analyse de ces apologies; je ne puis que les caractériser d'une manière très-générale.

La vérité et Terreur, le bien et le mal , luttient éternellement sur cette terre; c'est une des lois les plus profondes du monde. Le christianisme qui , dans le i^ siècle , n'avait guère combattu qu'en répandant son sang et en mourant, dès le u*, appelle à lui l'érudition, la logicpie, l'éloquence, la raison; et alors commence entre la vérité et l'erreur une controverse qui ne dnit pas avoir de fin sur cette terre. Philosophes convertis, les apologistes de ce siècle, Athénagofe et Justin , dévdc^pèrent dans leurs écrits

HISTOn» DE hk rafiOLOGIE. M

uwwipërioiilé de talent et de science qui nous éumme et bous ravit. Â.vec quelle puissante lo*gNfoe ils repoussent les accusations d'athéisme, de débauche et d'homicide qui circulaient contre Isa cAnrëtiens! Toutefois ils ne se tiennent pas aewitiuent sur la défensive , ils prouvent la vérité delà doctrine chrétienne par d'excellents raison- ; ta réalité de la révélation , par les niira«et par les prophéties. Ils s'appuient princi*> priemept sur les prophéties , parce que ce genne d'aiiliiment leur paraissait plus propre à faire impression sur leurs adversaires. Déjà brillent ém» leur exposition des idées profondes et neuves touchant la nature de Dieu et celle de l^lioaiaie. Passant de la démonstration chré^ tianiie à la discussion des doctrines adverses, ib Attaquent par la logique et par l'histoire le paganisme et la philosophie. Cependant ces apo*élaîent adressées aux protecteurs tout«^ des cultes établis, aux empereurs «t aux empereurs philosophes ; et pendant que tout tivmUail et pliait sous cette puissance formida- Mb, ces courageux défenseurs de la foi tenait^ à^cea vmdtres du monde un langage plein d'une noble indépendance , et plaidaient la cause de la vérité, de la justice, de la liberté. G>ma»e fla trioniphent , quand ils montrent les absurdités , les immoralités , les contradiotians du polythéisme ! U est beau sui*tout de voir Âthénagore réduisant au néant les explications ailégo-

riques par lesquelles , dans ce siècle, on voulait étayer le polythéisme croulant de toute part. u Que Jupiter soit le feu , Junon la terre , Plulon TairetNestisTeau, le feu, Teau et Fair n'en seront pas moins des éléments, et aucun d*eux ne sera Dieu, ni Jupiter, ni Junon, ni PlutoQ. Toute organisation, toute création n'est autre que la matière divisée et façonnée par Dieu. Le feu , Teau , la terre , Fair et la sympathie qui règne entre eux, voilà, selon Empédocle, T universalité des choses. Sans la sympathie qui les unit, elles ne pourraient subsister; la discorde les confondrait. Comment pourrait-on faire de ces choses des dieux? L'amitié commande, suivant Empédocle , et les éléments composés obéissent. Celui qui commande, voilà le maître. Mais en attribuant une même nature à celui qui commande et à celui qui obéit, nous égalons, au mépris du bon sens, la matière corruptible, mobile et chan* géante au Dieu éternel, immortel et toujours semblable à lui-même ^ »

Voulez-vous , Messieurs , entendre la conclusion de saint Justin contre la philosophie ? écoutez ces belles et nobles paroles : « J'abandonne Platon, non que sa doctrine soit contraire à celle de Jésus-Christ, mais parce qu'elle ne lui est pas en tout semblable. Je porte le même jugement des autres, c'est-à-dire des disciples de Zenon ,

' Legatio pro christianis, § 22 , p. 298 , cdit. des bénédictins.

«STOIIB m LA' THÉOLOGIE. Ai

e| de vos poètes et de vos historiens. Car, voyant quelque portion de la raison divine semée partout y et sentant son harmonie avec leur propre nature, ils en ont magnifiquement parlé ; mais quand ils ont accueilli, sur des points plus graves, des doctrines contradictoires, leur science n'a plus été si belle, ni si incontestable. Tout ce qui, chez les autres, a été bien pensé et bien dit nous appartient, à nous chrétiens M Mais tous ces écrir vains, àFaide du germe naturel et inné de la raison^ ne purent voir qu'obscurément les réalités. Autre chose est la semence et Timage communiquées proportionnellement à notre faiblesse, autre chose Tobjet même dont la communication et Timage se font en nous selon la plénitude de la grâce ^ »

Il y avait à peine cent cinquante ans que Jésus- Christ avait quitté la terre, et déjà de telles paroles étaient adressées par les chrétiens aux maîtres du monde.

Les païens et les philosophes n'étaient pas les seuls adversaires du christianisme ; il y avait aussi les juifs. Le dialogue de saint Justin avec Tryphon nous montre l'argumentation tirée des pro«> phéties qu'on employait déjà , avec tant d'art et de puissance, contre cette nation coupable. Quant à la polémique contre les hérétiques, nous apprenons, par les ouvrages de saint I renée et de Tertullien , que la controverse catholique était

* jipoiogia, 2, 5 43y p. 97, édit. des bénédictins.

U DBOXIÈIfB LEÇOHa

dès lors tout appuyée sur Tautoritë dm tradi*lions apostoliques.

< Mous venons de voir le christianisme se maiH trar au grand jour, employer à son profit foutes les connaissances humaines, parler à la raiscm et à l'intelligence. Le moment d'un développement bien plus scientifique, bien plus édatimt est errivé pour lui. Alexandre le Grand avait fondé, près de rembouchure du Nil , une ville dont il voulait feire le point de jonction de FOrient et de TOccident. Fidèle à sa destinée, Aleian* drie accueillait dans son sein tous les peuples, Imites les doctrines, toutes les erreurs. De bonne heure le christianisme y avait eu de nombreux disciples. Dans TÉglise fondée par saint Marc il avait toujours existé une école de lettres chrétiennes , qui acquit un éclat nouveau lorsqu'elle fut gouvernée par Pantène, philosc^he stoïcien devenu chrétien, et ensuite par Clément, platonicien converti. Cette école, qui a exercé une si grande influence sur la théologie, mérite de nous arrêter un instant. Une succession de maîtres, tels que Pantène, Clément, Origène, tous hommes de sainteté et de génie; la rivalité avec les écoles des juifs et des païens, nombreuses et célèbres dans cette ville; l'activité immense des esprits dans ce centre intellectuel du monde; toutes ces causes contribuèrent à donner à l'école chrétienne d'Alexandrie le premier rang parmi toutes les autres, qui déjà étaient fondées dans

HIBTOnS DE Là iMXUJQGÎE. 4S

l'Éffiae. Elle se signala par de grands et d'impoiv taoCs travaux : pour me boruer, je me contenterai de noos donner un aperçu de ceux d'Origène , le phia célèbre de ses docteurs.

I^A^Midadou de Texégèse biblique, de nouveanx développements donmés à la controverse j Cessai d'une systématisation complète de la doctrine xé^Aée^ enfin la première élaboration de la phî* liotopliîe tliéologique ; tels sont les titres d'Ori» fum k ia reconnaissance de la religion et des lettms. Ce grand homme donna une édition des lexles sacrés a plusieurs colonnes, afin qu*on pût eomparer entro elles les difierentes versions. De là les ùkrapies, les hexaphs et les octaples, sui» vflDt le nombre des colonnes. 11 ne se borna pas à ppoeurer l'exactitude et la pureté des textes; ses savantes et élloquentes homélies étaient un ^nlaire dogmatique et moral des livres u kstc Origène, la controverse fît un pas en avant; elle s'agrandit et se précisa. Dans son livre oonireCelse, le docteur alexandrin ne se contente pna db détruire les objections particulières de ce phflosopbe, il en sape les fondements et établit t^lklenientla religion dirétienne, non par des raiiomienients abstraits^ mais par des faits, parles prophéties qui ont promis Jésus-Christ , par les miracles de TÉvangile et par les mœurs des chré*tseoft. On trouve dans cet écrit toute la preuve moderne tirée du témoignage apostolique. Dans le UvM des Principes, Origène jeta les bases d'un

Uk DEUXIÈME LEÇON.

exposé mëthodique de la doctrine révélée et d'une philosophie chrétienne. 11 avait été précédé dans cette carrière par saint Théophile d'Ântioche. Mais nul de son temps ne poussa ces travaux aussi avant que lui. Altéré par les hérétiques , le livre des Principes ne nous est pas parvenu tel qu'il est sorti des mains de son auteur, de sorte qu'il est difficile de se faire une idée bien juste de la doctrine de ce beau génie. Mais un objet plein d'intérêt pour nous est la méthode d'enseignement que l'on suivait dans cette école d'Alexandrie, présidée par de tels maîtres , et où se formèrent tant de gi'ands hommes, tant de saints et tant de martyrs. Mous devons au plus illustre disciple d'Origène, à saint Grégoire Thaumaturge, un exposé de cette méthode plein de charme. Le grand évéque de Néo-Césarée nous raconte comment Origène , après avoir préparé ses disciples à son enseignement par une suite de discours engageants , et dont ils ne pouvaient se défendre, commençait à leur donner les leçons de la vraie philosophie. « Premièrement, il les instruisait de la logique, en les accoutumant à ne recevoir ni rejeter au hasard les preuves , mais à les examiner soigneusement sans s'arrêter k l'apparence ni aux paroles dont l'éclat éblouit, ou dont la simplicité dégoûte, et à ne pas rejeter ce qui semble d'abord un paradoxe et se trouve souvent le plus véritable; en uu mot, à juger de tout

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