HISTQIIE OB LA THÉOLOGIE. A
sainement et sans prévention. Ensuite il les appliquait à la physique, c'est-à-dire à la considération de la puissance et de la sagesse infinies de Tauteur du monde 9 si propre à nous humilier. Il leur enseignait encore les mathématiques , principalement la géométrie et l'astronomie , et enfin la morale, qu'il ne faisait pas consister en vains discours, en définitions et en divisions stériles, mais il l'enseignait par la pratique, leur faisant remarquer en eux-mêmes les mouvements des passions, afin que Tâme, se voyant comme dans un miroir, pût arracher jusqu'à la racine des vices, et fortifier la raison qui produit toutes les vertus. Aux discours il joignait les exemples, étant luimême un modèle de toutes les vertus. Après les autres études^ il les amenait à la théologie, disant que la connaissance la plus nécessaire est celle de la première cause. 11 leur faisait lire tout ce qu'en avaient écrit les anciens, soit poètes, soit philosophes, grecs ou barbares, excepté ceux qui enseignaient expressément l'athéisme. Il leur faisait tout h're, afin que, connaissant le fort et le faible de toutes les opinions, ils pussent se garantir des préjugés; mais il les conduisait dans cette étude, les tenant comme par la main, pour les empêcher de broncher et pour leur montrer ce que chaque secte avait d'utile, car il les connaissait toutes parfaitement. 11 les exhortait à ne s'attacher à aucun philosophe, quelque réputation qu'il eût, mais à Dieu et à ses prophètes. Ensuite il leur
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expliquait les sainles Écritures , dont il était le idus savant interprète de son temps ^ » Dans cette explication y il leur donnait la suite et Feu» semble de toute la doctrine chrétienne j et âevail leurs âmes à Tintelligence des vérités Tévétëet.
Il faut en convenir, Messieurs , cette méthcMle était large et puissante : elle embrassait TeDcyidopédie de toutes les connaissances alors exiekafiies, et les ramenait toutes à leur centre , qui est Dieu. La théologie était comme le couronnement et \e faite de tout Fédifice scientifique. Cette mérticide sans doute était propre à féconder Tesprit, à fortifier Tàrae, à développer toutes les vertus. Mais elle avait encore un plus haut mérite , cehii de former des martyrs; vous savez que Técole d^Origène fut appelée une pépinière de martyrs. Des méthodes semblables étaient suivies dans les autres écoles chrétiennes, dont les bornes de cet exposé ne nous permettent pas de parler. A peine au monde depuis deux siècles , le christianiMoe était déjà arrivé à ces résultats. Pendant que tout croulait autour de lui, pendant que le néoplatonisme et réclectisme alexandrins se livraient à une spéculation sans principe et smis rè^, et aboutissaient à des extravagances, le christianisme , nourri de cette foi puissante qui était son principe vital , fortifié par les luttes sanglantes du martyre, développé par les mâles exercices de
* Fleury, Mai. eecL, u n, liv. t.
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oetle mëlbade si rigoureusement scientifique et rmtîomieUe^ préparait au inonde des idées , des caractères, des sentiments nouveaux ^ une civilisatioD nouvelle. Aussitôt que la paix va être don» née k TÉglise, vous allez voir cette civilisation fleurir avec un édat, une richesse, une abondance ipii dépassent, sous certains rapports, tout ce que le monde avait connu ; et le caractère incommunicable de cette rénovation , qui arrêtera un moment le monde sur le pencliant de sa ruine , sera de proclamer toutes les vérités, et de &ire naitie toutes fes vertus.
Un demi-siècle après la mort d'OrigènCi Con* stanlin pacifiait TÉgUse.
Ici, Messieurs, s'ouvre une carrière immense, que je puis à peine parcourir. La théologie va tout animer, tout inspirer, tout féconder; mais avant de parler de ce qu'elle fit , disons un mot de ce qu'elle était.
Les noms des grands hommes qui furent Tor» nement du iv* et du v"" siècle de TÉglise sont dans toutes les bouches , et on ne peut les prononcer sans se représenter Timage du génie et de la plus pure vertu. L'Orient avait Athanase , Basile de Césarée , Grégoire de Nazianze , Chrysostome ; rOcddent se glorifiait de Jérôme, d'Ambroise, d'Augustin, de Paulin de Mole, de Léon le Grand. A côté de ces grands hommes, il y en avait d'au* très qui possédaient aussi les talents de l'esprit et les dons de la sainteté. La théologie s'enrichît de
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tous les travaux de ces hommes et se développa avec une ëtonnante puissance. Saint Jérôme, continuant Origène, traduisait rÉcriture sainte et Texpliquait par de savants et profonds commentaires. Eusèbe de Césarée créait l'histoire ecclésiastique. La morale évangélique , exposée dans un style noble et digne par saint Ambroise, parée de toutes les richesses et de tous les ornements de la plus haute éloquence par saint Chrysostome, laissait bien loin derrière elle Socrate, Cicéron et Sénèque. La théologie dogmatique surtout atteignit de grandes et magnifiques proportions. Les hérésies de ces siècles , Tarianisme , le pélagianisme, qui voulaient implanter au sein du christianisme un vague et inutile déisme, propre à ramener le monde au paganisme, fouitiirent aux docteurs chrétiens l'occasion d^approfondir les dogmes fondamentaux du christianisme, d'en pénétrer les idées, d*en déduire toutes les conséquences, d'en expliquer toute la philosophie divine. Ainsi les travaux antérieurs furent complétés. Saint Athanase, dont le nom rappelle toute la puissance de la volonté et du caractère portée au degré qui fait le héros, Athanase, à la vie duquel s'attache un intérêt si dramatique^ et qui soutint contre le monde arien , contre ses empereurs et ses évéques, une lutte de quarante ans, où il n'eut d'autre appui que son génie et ses vertus, et dont cependant il sortit victorieux, Athanase développa le dogme de la Trinité avec tine rigoureuse lo-