‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 17 sur 58 · TBÊODICÊES DB PLATON ET D'ARISTOTE · texte numérisé non relu

TBÊODICÊES DB PLATON ET D'ARISTOTE

delà pensée humaine? On peut placer d'autres noms à côté de ces noms; mais qu'il y en ait au-dessus 9 je ne le crois pas. Eh bien! du fond de notre petitesse, nous signalons avec assurance les vices de ces théories; un enfant intelligent, qui sait son catéchisme , serait capable de cette critique. Ce progrès de la pensée moderne ne vient pas de l'homme; car, je le répèle, qu'y at-il de phis grand par le génie que Platon et Aristote? Gloire à Dieu! Nous possédons une idée que Tantiquité n'avait pas; nous possédons l'idée de la toute-puissance, de la toute-puissance créatrice, du véritable infîni. Cette idée avait été altérée dans la tradition humaine ; la théorie de l'émanation, qui est au fond de toutes les anciennes cosmogonies et théogonies, l'avait entièrement défigurée. L'humanité ne put jamais la ressaisir par ses seules forces. Au jour marqué, cette grande idée rayonnera de nouveau sur le monde pour régénérer la pensée. Le livre qui sera l'instrument de cette rénovation, commence par ces paroles : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre. » Avec la toute-puissance infifinie, la vie divine sera aussi manifestée, et les apôtres du Christ recevront la mission de créer une humanité nouvelle au nom du Père, au nom du Fils, et au nom de l'Esprit saint. Éclairée par cette lumière, la pensée s'élèvera désormais avec une facilité merveilleuse à celte idée de la Divinité, si obscure pour les premiers sages de la

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Grèce, si embarrassée, si difficile encore pour ses plus illustres philosophes.

Dans la prochaine leçon, nous constaterons ce progrès , et nous suivrons le développement de la démonstration de Dieu , an sein du christia* nisme.

HISTOIBK DE LÀ THl^ODIcéE CHEÉnEVNX.

Retour sur )a conclasion de la leçon précédente. — Éclectisme chrétien appliqué aiix doctrines de l'ancienne philo- Sophie. — Développement des preuves de l'existence de Dieu sons l'influence du christianisme. — Saint Augusdn : ses idées sur la préparation nécessaire pour élever l'âme à la connaissance de Dieu ; sa méthode démonstrative ; analyse de ses arguments ; l'élément prmcipal des conaî^ dérations augustinienncs est uniquement chrétien. — Ce qui manque à Targiunentation de saint Augustin. Saint Anselme : analyse de la démonstration donnée dans le Monoiogiam. Progrès de la preuve*.

Nos dernières études nous ont appris que la pensée païenne n'avait pu s'élever, malgré ses nobles efforts, à l'idée parfaite de Dieu. L'existence de Dieu était connue ; la spéculation philosophique était aussi arrivée à une certaine conception de l'unité, de la simplicité, de la perfection de Ta nature divine ; mais celte conception était incom« plète et mêlée de graves erreurs. Platon, Âristote prouvaient que Dieu était un; mais comment concilier cette unité divine avec la nécessité et l'éternité de la matière incréée ? Au lieu donc de Tunité divine, c'était un véritable dualisme qui se trouvait au fond de leurs théories. Ils parlaient de la perfection , de la puissance de Dieu ; mais cette perfection était limitée, cette puissance avait ses bornes. L'être, qui appartenait au monde

' Auteurs à consulter : les ouvrages cités de saint AngustÎB et de sttRit Anselme.

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par essence, diminuait d'autant, si j'ose ainsi m'exprimer, la réalité, la perfection de l'être divin ; et la puissance de Dieu rencontrait dans la résistance de la matière un obstacle insurmontable. Dieu n'était donc connu que très*imparfaitement ; et la plus élevée, la meilleure des théologies antiques, celle de Platon, peu conséquente avec ellemême, et n'offrant au doute qu'une (aible barrière, se trouvait exposée aux coups de l'impiété et de l'athéisme. Les faits établissent donc d^me manière incontestable que la raison , privée de l'appui des traditions divines et de la lumière du christianisme, peut bien arriver à une certaine connaissance de Dieu, mais ne parvient pas à la notion parfaite de son être, et ne réussit pas à établir les vrais rapports qui existent entre le monde et son auteur. Cette expérience s'est répétée dans les temps modernes, lorsque la raison, dédaignant l'appui du christianisme, a voulu se frayer des routes nouvelles, où elle a rencontré les écueils contre lesquels la spéculation antique avait échoué.

ÏjC christianisme a été dans le monde la manifestation de la vraie notion, de la parfaite notion de Dieu. Lorsqu'il a révélé au monde l'unité al>soliie, l'infinité, la toute-puissance créatrice, la vie incommunicable de Dieu, il a complété et achevé l'idée de Dieu dans la conscience de l'homme. Cette diffusion de la lumière divine , élevant le niveau de la pensée, a rendu l'esprit

IIISTOIBE DE Lk THÊODICÊE CHRÉTIENNE. 157

humain capable de discerner ce qu'il y avait, dans Tancienne philosophie, de vrai, d'erroné ou d'incomplet. De là est né un véritable éclectisme chrétien, sur lequel je veux appeler un instant votre attention.

Platon avait reconnu que l'universel est avant le particulier, que l'idée doit nécessairement précéder l'objet dans lequel elle est réalisée, comme la pensée de l'artiste précède l'œuvre de son art; il avait donc admis des idées , types immuables des choses passagères. Mais il n'avait pas su où placer ces idées; il avait paru en faire des êtres réels et indépendants, objets de la contemplation de Dieu, et modèles de ses œuvres. Arislote, au contraire, faisait consister toute la perfection et la vie de l'intelligence divine dans la contemplation égoïste d'elle-même, et dans l'ignorance absolue de tout ce qui n'était pas elle. Platon et Âristote comprenaient bien la nécessité de l'unité de Dieu et de sa souveraine perfection , et cependant ils ne pouvaient pas débarrasser leur pensée de l'idée d'une substance incréée, nécessaire et coéternelle à Dieu. Quand le christianisme eut donné au monde la doctrine du Verbe, de la Trinité, de la création, alors il devint possible de faire la part du vrai, et celle du faux, mêlés dans ces spéculations.

Ainsi il sera vrai de dire avec Aristote que Dieu se contemple lui-même et trouve sa félicité dans l'activité éternelle de son intelligence ; et le chris-

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tûuDisme ajoutant que cette contemplatiou di^ôie engendre en Dieu une image de lui-même, une parole expression de tout son être, le Verbe coé-» ternel et consubstanliel, la vérité entrevue par Arislote sera complétée. Mais la pensée de ce philosophe, que Dieu ne peut et ne doit connaître que lui*niéme , sera maudite comme une détes* table impiété, comme une fatale erreur, impliquant la négation même de la Providence.

Ainsi il sera vrai de dire avec Platon, qu'il y a des idées éternelles, immuables, nécessaires : mais ces idées ne seront pas des êtres; elles ne seront que des pensées de E^eu; et la contemplation de ces idées, de ces types du fini, ne sera pas Tobjet premier de Tintelligence divine, la source unique de sa félicité; Dieu ne trouvera son bonheur que dans la contemplation de sa propre essence.

Enfin , il sera encore vrai de dire avec Platon et avec Âristote que Dieu est parfait; et devant le dogme de la création, ce monde nécessaire, cette substance incréée disparaîtront et s'évanouiront à jamais. La psychologie elle-même sera perfectionnée par le progrès de la connaissance de Dieu; Télénient platonique de généralité, d'uni* versalité sera conservé dans la pensée ; mais le particulier restera aussi dans tous ses droits, et ne sera plus sacrifié à l'universel.

Tel fut l'éclectisme chrétien , l'éclectisme des Pères : il ne laissa pas déchoir dans ses mains

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l'héritage de la vérité. Dans la connaissance du souverain Être, comme dans les rapports moraux de l'homme avec Dieu, le christianisme fut la cause de grands et d'essentiels progrès, dont Penumëration complète n^est pas aujourd'hui de mon sujet.

Mon dessein est de vous exposer le développement de la démonstration de Dieu par le christianisme; de vous montrer que, sous Tinfluence de la révélation chrétienne, la preuve de l'existence de Dieu a été traitée avec beaucoup plus de vérité, de profondeur et de rigueur que dans les temps antérieurs; qu'elle s'est véritablement agrandie et complétée. Ce développement s*est Eût lentement , et à Taide du temps ; nous aurons donc à étudier ce progrès de la pensée dans la suite des âges chrétiens.

Les preuves de l'existence de Dieu sont nombreuses : on les a distinguées en preuves cosmologiques, anthropologiques et ontologiques. La preuve ontologique, soit qu'elle s'élève du monde à Dieu, soit qu'elle se renferme dans l'idée de Dieu , est la base et le fondement des autres. C'est donc cette preuve qui doit surtout fixer notre attention ; c'est la seule même dont nous étudierons le développement historique.

Presque tous les Pères , presque tous les philosophes chrétiens se sont occupés des preuves de l'existence de Dieu. Dans ces nobles exercices de la pensée, ils cherchaient surtout le moyen d'élever et d'unir l'âme à Dieu, de confirmer la

croyance; leur but était beaucoup plus pratique que spéculatif; cependant la spéculation philosophique leur a de grandes obligations. Pour nous borner dans cet immense sujet, nous serons obligés d'étudier seulement les grands hommes qui ont fait avancer la démonstration de Dieu , eu déterminant des progrès essentiels. Ces hommes sont d'abord saint Augustin , qui résume toute Tépoque et toute la doctrine des Pères; saint Anselme , au moyeni^ge; Descartes, dans les temps modernes.

La vie de saint Augustin vous est connue , Messieurs, vous savez quelles furent les passions, quels furent les orages de sa jeunesse; vous n'ignorez pas aussi les immenses succès de son éloquence à Carthage, à Rome, à Milan. C'était dans celte dernière ville que Dieu avait marqué le terme des égarements de cette âme ardente. Ëclairé de la lumière de la vérité, dégoûté de l'illusion des biens terrestres, affranchi de la chaîne des passions, Augustin se retira à la campagne avec quelques amis et quelques élèves, pour s'y livrer aux méditations divines, et à la prière , et pour se préparer à son baptême. Dans cette retraite , Augustin composa plusieurs écrits où nous trouvons les traces des pensées et des mouvements de son âme à cette mémorable époque de sa vie.

Parmi ces livres, il en est un que je dois mentionner, parce qu'il peut être considéré comme

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