HISTOIRE DE LA THÊODICÊE CHRÉTIENNE
une sorte d'introduclion à la méthode de saint \Tbgusliu pour s'élever à Dieu. Ce livre est un entretien de saint Augustin avec la raison \ D abord Augustin se demande quels sont les objets qu'il Teut connaître; Dieu et rame, répond-il. El quelle sera la connaissance de Dieu qui pourra satisfaire l'aspiration de son intelligence? Serail*il content de connaître Dieu , comme il connaît cet ami qui est auprès de lui, cet autr,e lui-même^ Alypius? (c Non, répond Augustin, car connaître par les sens, voir, ft>ucher, sentir, n'est pas con* naître ; c'est par Tâme que se forment les vérita* ^les amitiés; c'est l'âme de monamique je désire connaître; mais je suis forcé d'avouer que je ne connais pas plus l'âme de mon ami que je ne me connais moi-même. Je désire donc connaître Dieu mieux que je ne connais mon ami, mieux que je ne me connais moi-même. » Alors la raison demande à Augustin si du moins la théologie de Platon et celle de Plotin ne lui paraissent pas suffisantes ? « Seraient-elles vraies , réplique Augustin, je veux aller au delà. » « Mais les vérités mathématiques , reprend la raison , sont bien claires et ne serais-tu pas pleinement satisfait, si tu savais ce que Dieu est aussi clairement que tu connais les propriétés du triangle et du cercle ? -n « Je conviens en effet, dit Augustin, que les vérités mathématiques sont fort claires; mais
' S. August. Opéra, 1. 1. Soliloquia.
ÎH SBmtai LEçon.
} attends bien d'antres joies et un Aitne Ikm^kohv de la connaissance de Dieu ; je ne pms «dbne comparer ces choses, n Satisfaite dM dnpMilions de son disciple ^ la raison pnoaiet' à ▲agtistin de Ëiire briller aux yeux de son e^mt la connaissance de Dieu, comme la luouèra 4» soleil briUe aux yeux corporels, fflais pour Mre capable de celle vue de Dieu y il faut que l'4me soit purifiée de tous ses préjugés , de toutes ses erreurs; il faut qu'elle ait une confianœ sans bornes à la bonté divine , qu elle désire , aj^He, aime la lumière; en d'auti*es termes , il bulqMe l'âme possède la foi , l'espérance et la chsrttié. Exercice de ces trois vertus, la prière est le moyen principal de nous approcher de Dieu. Augustin nous l'enseigne par son exemple; il interrompt souvent la suite de ses pensées, pour verser son àme dans des prières ardentes, oà il nom fait admirer le ccBur le plus tendre, l'amottv le plus vif pour le Dieu qui l'attire et l'enchante fmt ses charmes puissants et ses touches secnètes ^ Voilà comment Augustin préludait à sa ptnlosophie divine. Quelles sont maintenant ces ûi^ monstralions évidentes que la raison promettait à Augustin ? Nous avons un exemple «doMioble de la méthode de saint Augustin dans son entro*
' Il est bien évident que nous n'avons pas toiUii ici une traduction, même par extrait, des So/iiogues de saint Augustin. Nous avons voulu seulement présenter l'esprit général des premiers chapitres de oe livie oëlèfatfe.
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tieo avec sat nère, au iboment où quittant âafM retour ritatie, ii «'embarquait pour rAfiriqm^ futur théâtre de soti arpostolat. Cette mère, ^tâ nmi tant pievré sur ce fils, heureuse alors et satisfidte, ne devait pas revoir les rivages de la patrie. C'était peo de jours avant sa mort, à Ofitié^ pendant qu'on attendait un vent fetorarbté,* €}u'eiit lien cet entretien. Augustin et sa inèrè étaient appuyés sur une fenêtre, et leurs yeu9t ms perdaient dans Tazur du ciel d'Italie, étendtr sm^ leurs têtes, u Élevant vers Dieu l'ardente aspiration de nos âmes, nous parcourions successive^ ment tous les êtres terrestres, et le ciel d'où te soleil, la lune et les étoiles envoient leur lumières à la terre. Pleins d'admiration pour vos œuvres , nous élevions plus haut encore nos pensées eî Bos discours; nous arrivions aux régions de 1 àme, et nous les dépassions, pour nous arrêter à celle de votre infinie fécondité, et nous reposeï* dans cette région oh vous nourrissez l'âme âkft pain de la vérité, et où la vieqne l'on respire tUt cette aînesse même par qui tout a été fait, cette' sagesse qui n'a pas été faite, mais qui, toulotkVs* immuable, ne connatf ni passé, ni ftitàr, pai'ce qn'eBe est éternelle. Tous les êtres qtie n^us avions considérés nous disaient d'une commune voix : « Nous ne nous sommes pas faits nous- (( mêmes; mais celui qui est éternel nous a créés. » Alors, leur imposant silence, nous demaifidiotis à celte sagtose divine de nous pader, noti plus
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seulement par la voix des créalureSi mais par elle-même, et de ravir nos àmes dans la contemplation de son infinie beauté ^.* »
Dans ces admirables paroles nous trouvons toute la méthode de saint Augustin, mais sans preuves et sans développements. Il faut les chercher ailleurs ; et la première chose à constater, c'est le principe même etTessence de la démonstration du saint docteur. Nous croyons pouvoir la résumer de cette manière' :
Le monde ne nous présente que l'image de la mutabilité, de la variabilité ; les êtres qui le composent sont et ne sont pas, car ils naissent et meurent. Cette nature corporelle , soumise à la mortalité, est d'ailleurs très-inférieure à la nature spirituelle. En cflet, Tâme commande au corps; elle juge de toutes les choses visibles, même des plus sublimes, des astres, par exemple, puisqu'elle en connaît les lois et en mesure les mouvements; elle est donc supérieure à toute la nature corporelle. Vous reconnaissez ici le roseau pensant de Pascal, plus fort que le monde, parce qu'il se connaît et qu'il connaît aussi ce monde qui récrase, tandis que ce monde ne se connaît pas.
Mais celte nature excellente est pleine d'imperfections et de défauts. Elle acquiert par un travail long et difficile la sagesse et la science; elle
* S. August. Opéra, t. I. Confess,, ]. IX, c. x.
* Thomassin, Dogm. theoL, X, l; de Deo, lib. I.
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n'est donc pas, par essence, la sagesse et la science. Et combien de fois Tastre qui luit en elle ne se couvre-t-il pas de nuages ? ne s'enveloppet-il pas de ténèbres ? L'âme gagne , Tàme perd ; elle ignore; elle se souvient, elle oublie; tantôt elle veut ceci , tantôt cela ; en un mot , elle est sujette à la mutabilité et à Timperfection, comme la nature corporelle elle-même.
Ainsi la nature tout entière, et les esprits el les corps, nous avertissent qu'ils ne se sont pas faits eux-mêmes; car s'ils étaient par eux-mêmes, s'ils étaient étemels, ils seraient immuables. « Le ciel et la terre élevant leur voix nous crient qu'ils ont été faits, car ils changent et ils passent. Mais ce qui n'a pas été fait , ce qui est éternel , n'a rien en soi qui ne soit aussi éternel ; de là, il ne peut être sujet au changement. Le ciel et la terre nous crient qu'ils ont été faits, et qu'ils n'ont point été faits par eux-mêmes, car ils n'étaient pas avant d'être, pour devenir cause d'euxmêmes. Cette voix du ciel et de la terre est l'évidence même ; et c'est vous, Seigneur, qui êtes le créateur du ciel et de la terre *. »
Voilà le premier degré par lequel saint Augustin s'élève à Dieu , la première preuve qu'il donne de son existence. Dès le premier pas, il franchit l'abime devant lequel la pensée antique s'était arrêtée. Ce monde éternel et nécessaire,
* Confess., 1. Il, c. vr.
tM iBmÈm &EÇM.
foi venait toujours se poser entre ia pensée de Platon et le Dieu qu'il aurait voulu couiialrre, disparait ici et s'évanouit.
fin approfondissant Tétude de Fàme, saint Augustin y découvre des notions de vérité, de beauté^ de bonlé, qui le conduisent aussi à Dieu. Nous allons encore analyser son argœnentation : H y a dans la raison quelques principes, base de toute morale et de toute vertu, qui possèdent une évidence parfaite, et que nous découvrons aussitôt que nous leur préions notre attention. Ces principes qui président à tous nos jugements mojBÊMMij bien loin d'être un produit de notre raison, dominent notre conscience, et y font naitre la paix ou le trouble, selon que nous obéissons k leurs prescriptions, ou que nous les violons ^ ' S'il y a des principes immuables en morale , il y en a aussi dans la science du raisonnement et dans celle de la nature; il y a les axiomes évidents ; les lois des nombres et des figures géométriques; il y a les rapports des sons. Dans tous œs ordres, nous trouvons des idées nécessaires, une vérité que nous n'avons pas faite, qui existe indépendamment de nous et au-<iessus de nous*.
cv Dans tous ces ordres, dit saint Augustin , il y a quelque chose au-dessus de l'esprit et de la
• S. August. Opéra, t.l; de Ubero Arbitrh, I. II, c. ▼lu,