‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 21 sur 58 · HISTOIRE DE LA THÊODICÉË CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DE LA THÊODICÉË CHRÉTIENNE

ce qui n'a point échappé à saint Anselme. Raisonnant suî l'être, comme saint Augustin raisonnait sur le vrai , sur le beau , sur le bon , il n'a pu trouver en nous-mêmes la cause de notre existence. En effet, le fini n'ayant pas en Ini-mém^ sa raison d'être, n'étant pas sa cause à lui-même, il faut nécessairement une première cause, et cette première cause doit être parfaite et infinie : ainsi par Têtre imparfait, nous arrivons h l'êti^e parfait. C'est dans cette concentration de la preuve ontologique de l'existence deDieu, comme aussi dans une déduction plus exacte et plus complète des autres démonstrations, que nous pouvons constater un progrès réel de saint Augustin à saint Anselme. Cependant le fond même de la preuve tirée de l'idée de l'être se trouve dans saint Augustin, lorsqu'il établit que l'être corruptible ou imparfait, ne possédant pas l'éternité, ne peut être cause de lui-même.

Saint Anselme, dans son Proslogiam, a donné une autre preuve de l'existence de Dieu ; l'insensé, dit-il, qui rejette la croyance de Dieu, conçoit cependant un être élevé au-dessus de tous ceux qui existent, ou plutôt tel qu'on ne peut imaginer un être qui lui soit supérieur; seulement il affirme que cet être n'est [>as. Mais, par celte affirmation, il se contredit lui-même, puisque cet être auquel il accorde loutes les perfections, mais auquel en même temps il refuse l'existence y se trouverait par là inférieur à un

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autre qui, à toutes les perfections, joindrait encore l'existence, il est donc par sa conception même forcé d'admettre que cet être existe, puisque l'existence fait une partie nécessaire de cette perfection qu'il conçoit ^

Cet argument, basé sur ce principe que l'existence réelle est contenue dans l'idée de la perfection souveraine , a eu des fortunes bien diverses au moyen âge; il a paru excellent aux uns; d'autres l'ont rejeté comme un sophisme; il en est qui ont voulu le corriger et le compléter. Reproduit par Descartes avec les autres preuves de saint Anselme et de saint Augustin, il a éprouvé, dans les temps modernes , et sous la forme cartésienne, les mêmes vicissitudes qu'au moyen âge. Mais la discussion de cet argument , dont la valeur a tant partagé l'opinion, n'entre pas dans mon sujet, puisque les démonstrations que nous avons analysées sont tout à fait indépendantes de cette preuve secondaire.

I..es grandes preuves données par saint Augustin et par saint Anselme ne subirent pas de bien notables transformations pendant le moyen âge. Perpétuées dans les écoles , elles y furent développées quelquefois avec plus d'étendue et de rigueur, mais en conservant toujours leur caractère. Saint Thomas lui-même ne fit que leur

* M. Bouchitté, Du mtionafisme chrétien au xi* siècle^ Introduction, p. 60.

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prêter la forme de ses démonstrations claires et méthodiques, sans y rien changer, il donna cinq preuves de l'existence de Dieu *. I-a première et la phis évidente, selon le saint docteur, est tirée de la nécessité d'un premier moteur; la matière ne pouvant se donner le mouvement à ellemême, il faut nécessairement un premier moteur incorporel qui imprime le mouvement. La se* conde est fondée sur Timpossibilité d'une série infinie d'êtres contingents, d'où il suit qu'il doit y avoir nécessairement un être existant par luimême, un être absolu. La troisième est une suite de la seconde, et établit qu'il répugne à la raison d'admettre une série de causes subordonnées entre elles. Dans la quatrième, saint Thomas démontre que s'il y a des êtres élevés à divers degrés de perfection , il doit exister un être souverainement parfait auquel tous les autres puissent être comparés , selon qu'ils approchent plus ou moins de sa perfection. Enfin , la cinquième est tirée de Tordre et de l'harmonie qui régnent dans l'univers. La filiation augustinienne et l'influence d'Anselme se montrent avec évidence dans les second, troisième et quatrième arguments. Les autres grands scolastiques nous offriraient aussi des considérations intéressantes , mais rien de bien nouveau ; je me hâte donc d'arriver à Descartes.

* Sunima theol.y i* pars.

Mon but n'est pas de juger la philosophie de Descartes en elle-même , ce serait une digression trop eu dehors de notre sujet. Je n'ai pas non plus à m'expliquer bien longuement sur la méthode cartésienne ; elle a été considérée comme la source du rationalisme moderne , et Bossuet voyait déjà se préparer contre le christianisme un grand combat , sous le nom de philosophie cartésienne. En émettant ces prévisions , qui ont été de véritables prophéties, Bossuet, il est vrai, croyait que, pour faire un pareil usage du cartésianisme, il faudrait en entendre mal les principes, en méconnaître le véritable esprit. Quoi qu'il en soit, Descartes, dans sa méthode, a totalement négligé, ce me semble, l'élément traditionnel et de croyance qui se trouve dans la constitution de la raison; il a entièrement sacrifié cet élément à celui d'évidence. Par là sa méthode est devenue exclusive , incomplète ; Taccord de la philosophie et de la religion a été rendu plus difficile; et ces nouveaux levains de discorde, en préparant la rupture de ces deux . puissances , ont amené de grands malheia's pour l'humanité , à l'insu, il est vrai, du philosophe, et contre sa volonté.

Après ces réserves , qui n'admirerait la puissance étonnante de l'auteur des Méditations ! Ces six Méditations, qui forment à peine cent cinquante pages, ont renouvelé la face de l'esprit humain. Quelques idées claires et nettes, quel-

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