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glise a recueilli tontes ces paroles inspirées ; ei tous les attributs divins , que je viens de nomrner, sont autant de dogmes de sa foi. L'Église croit à un Dieu unique, éternel , simple et immense. Mais renseignement de FÉcriture et de TÉglise est un fait si patent y si incontestable, si incontesté, que je croirais perdre mon temps, si je cherchais à rétablir. Et comme nous nous pro* posons surtout ici la conception des vérités de la foi; comme nous voulons nous élever à Tintelligence de ces vérités, je vais tout de suite me servir de la méthode philosophique pour faire concevoir à vos intelligences le dogme accepté par la foi.
Sans jamais espérer de comprendre Dieu, sans jamais espérer de comprendre même combien il est incompréhensible , nous voulons donc le concevoir; nous voulons nous élèvera l'idée la moins indigne de lui. Cette connaissance, si importante en elle-même, acquiert un nouveau degré d'intérêt dans la situation actuelle de l'esprit humain. La raison moderne ne nie pas formellement Dieu; mais, après avoir perdu l'intelligence du dogme chrétien, agitée par une inquiète et douloureuse ardeur, elle cherche, dit-elle, quelque chose de mieux que ce dogme; elle poursuit une conception de Dieu plus parfaite.
Ici donc on accuse le christianisme d'avoir trop séparé Dieu du monde. La vie universelle est essentiellement une, dit-on; Dieu est au
monde comme Tâme est au corps; il y a un principe qui se réalise éternellement dans ses étemels produits; et le monde est comme le vaste organisme, le corps vivant de Téternel. Là, ce n'est pas le Dieu du christianisme que Ton veut corriger; on se sert déplus de ménagements; c'est seulement le Dieu de la scolastique que Ton entreprend de réformer, ce Dieu solitaire, relégué sur le trône d'une éternité silencieuse, et absorbé dans une stérile contemplation de lui-même. En général, dans les écoles rationalistes, on cix)irait faire injure à Tinfini, en plaçant hors de lui la réalilé du fini; et le principe de l'unité de la substance prédomine dans toutes les spéculations de la philosophie moderne. On peut affirmer qu'il y a aujourd'hui une tendance générale à sortir de la conception chrétienne de Dieu, pour le confondre avec le monde. Cette tendance est-elle un progrès de la raison ? J'ai la conviction profonde qu'elle tient à l'affaiblissement de l'intelligence des choses divines , à l'afTaissement d'esprit , résultat nécessaire du rationalisme. Le rationalisme énerve les ressorts de l'âme, la prive de ses ailes divines, et la rend incapable de s'élever aux pures régions de l'infini. Le christianisme , au contraire, avait prodigieusement épuré le regard intérieur de l'âme ; il l'avait rendue capable de contempler presque face à face Dieu en luimême. Avec la foi chrétienne celte puissance s*est perdue ; et quand on va au fond des spécu-
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lalions modernes , on est frappé de la grossièreté des idées 9 ou de Tinanité des abstractions qui sont toute Tessence de ces systèmes revêtus d^m appareil imposant de science.
Aujourd'hui , réservant cette tache pour un aulre temps , nous n'examinerons pas ces systèmes; nous avons quelque chose de mieux à faire : nous voulons nous élever à la pure conception de la Divinité ; et si je réussis à dégager, aux yeux de voire raison, Tidéede Dieu; si après celte leçon, vous voyez clairement la manière d'être que cette idée exclut et celle qu'elle contient, ce que Dieu n'est pas et ce quUl est , vous monterez dès ce moment à un point de vue bien supérieur à celui des écoles modernes ; vous les dominerez, vous les jugerez ; et dès lors vous serez à l'abri des tristes erreurs où elles tombent. Appliquons-nous donc aujourd'hui, avec toute Taltention, le sérieux et le respect dont nous sommes capables, à une des plus graves et des plus sainles méditations que je puisse vous proposer.
11 faut d'abord déterminer d'une manière bien neite notre point de départ; il doit être pris dans les vérités que nous avons établies jusqu'ici. Nous n'avons fait qu'un seul pas encore dans la carrière que nous nous proposons de paix;ourir,« mais ce pas est décisif. Nous nous sommes convaincus, et par nos propres réflexions, et par l'étude de trois grands hommes,
2M NEUTIÈME LEÇON.
saint Augustin, saint Anselme et Descartes, qu*il y a au centre de notre conscience Tidée de l'infini j de la perfection souveraine , de Dieu ; et que cette idée ne peut provenir ni de nousmêmes f ni du monde ; qu'elle a sa source dans Tinfini lui-même. Donc Tinfini est j donc INeu est.
Dieu est : voilà notre point de départ. Mais quel est-il y ce Dieu dont l'existence nous est révélée par la parole , par Fàme , par le monde ; dont l'existence nous est plus intime , plus évidente que notre propre existence ; car enfin , je puis fort bien supposer ma non-exislcnce, tandis que la nécessité d'être est impliquée, aux yeux de ma raison , dans l'idée de Dieu ? A qui nous adresserons-nous pour obtenir cette connaissance de Dieu, l'objet de nos plus ardents désirs, puisque d'elle dépendent et notre vie et notre bonheur? Qui inlen^ogerons-nous? Dieu seul peut nous apprendre ce qu'il est, car lui seul se connaît véritablement. Mais où nous parlet-il ? où nous fait-il entendre sa voix? Dieu nous parle dans le sanctuaire intérieur, au fond le plus intime de Tâme. C'est là qu'il se révèle a nous par l'idée qu'il nous communique de son infinie perfection. C'est donc celte idée qui sera pour nous la source de la lumière. Cette idée, méditée et approfondie, nous révélera toute la grandeur, toute la magnificence de l'être divin. Dans celte idée, comme sur un au-
ESSË^CE £T PEItFECTlONS DIVINES. 207
tre Sinaïy l'Éternel va nous apparaître^ non plus entouré d'éclairs et de foudres, mais paré de l'infinie beauté que recèle la perfection souveraine.
L idée de la souveraine perfection et celle de l'infini sont une seule et même idée. Si je veu« faire quelque progrès dans la connaissance de cette suprême existence , je dois exclure de l'être souverain tout ce qui est contraire à l'idée de la perfection j je dois lui attribuer tout ce qui est renfermé dans cette idée ; c'est-à-^dire cjue je dois exclure tout défaut, toute borne, que je dois affirmer toute réalité. Ce principe me parait clairement contenu dans l'idée de la perfection suprême; il n'en est qu'une traduction. H a toute l'autorité, toute l'évidence de la raison elle-même, puisqu'il n'est que le développement et l'application de la plus essentielle de ses idées; et le renier, ce serait renier la raison elle-même. Ce principe, implicitement contenu dans les spéculations des Pères et des docteurs du moyen âge, a été repris par Descartes, et développé ensuite par Malebranche et par Pénelon. A la suite de ces grands hommes, et en les prenant pour guides, nous allons essayer de nous servir du piincipe le plus fécond qu'il y ait dans la pensée.
Je dis donc qu'il faut nier de la perfection souveraine ou de Dieu tout ce qui implique une imperfection; toute notion qui renferme une limite, une borne.
3M NEOTIÈIIE LEÇON.
Envisageons les existences qui se révèlent à nos sens et à notre raison ; étudions leurs caractères et recherchons leurs lois. Le inonde se présente à nous conune un composé immense d'êtres multiples et divers. Quel nombre indéfini! quelle prodigieuse diversité dans cet univers! Si vous élevez les yeux vers les régions d'où part la lumière, et où les astres parcourent sans relâche et sans fatigue la route qui leur fut tracée, votre pensée se perd dans ces immenses espaces peuplés de ces sphères , qui sont chacune un monde. Si ensuite vous abaissez vos regards vers la terre qui nous porte, vers notre globe, soldat obscur et infime de Tarméedes cieux, votre imagination et votre raison restent encore confon* dues devant la multitude incalculable d'êtres aux formes diverses qui peuplent ce point imperce]>tible de Timmensité.
Le premier caractère qui nous frappe est donc cette multiplicité. La multiplicité implique la diversité dans les êtres , et la composition dans les |>arties et dans le tout. Chaque être, il est vrai , est une unité ; il n'existerait pas sans cette condition; et tous ces êtres; par leur réunion, forment une unité collective, c'est-à-dire abstraite, et non pas vivante.
J'examine maintenant si ce caractère de diversité , de composition , de multiplicité , convient à la perfection souveraine dont nous avons l'idée , et que nous cherchons. Toute multipli*