ESSENCE ET PERFECTIONS DIVINES
cité , toute compositioD , toute collection , sup< posent nécessairement des parties dont l'une n'est pas l'autre ^ des êtres distincts juxtaposés, ou si vous voulez j coordonnés ensemble. Mais des parties dont Tune n'est pas l'autre sont des parties qui se limitent les unes les autres; des êtres qui se distinguent les uns des autres sont des êtres qui se limitent les uns par les autres. Voilà donc la borne qui se dresse devant mes yeux ; voilà le sceau de l'imparfait qui se révèle , car la perfection absolue ne peut admettre de limites» Je prononce donc, avec une invincible assurance j que dans le Dieu que je cherche il n'y a ni collection , ni composition , ni multiplicité.
Il n'y a pas même en lui de dualité. En effet, si je me permets la supposition d'un seul être existant avec lui indépendamment de lui, par cela même j'enlève à la souveraine perfection toute la réalité que je place dans cette autre existence distincte et indépendante de la sienne; par conséquent je la borne, je la détruis. Ceci est trop clair pour nous arrêter longtemps.
Si la perfection infinie et souveraine n'est ni un composé, ni une multiplicité, ni une dualité , il est évident qu'elle n'est pas corps, matière, étendue; car toutes ces choses ne sont que des composés, des agrégats. Je dois donc bannir de mon esprit toute représentation de forme, de figure et de couleur; je dois fermer la porte à toutes les impressions sensibles j oublier ce spectacle si at-
SIC MBUTlfeME LEÇOA.
trayant et si beau de ruoivere. Que tous ces bril* laots fantômes disparaissent , que mes sens fassent silence, que mon imagination s'apaise et reste inactîve; qu'elle laisse Tidée, Tidée seule , gravir les aspérités de Tintelligence y pour trouver au sommet de la pensée pure le Dieu qu'elle cherche.
A Texclusion que nous avons faite de la multiplicité et de la dualité , il faut donc ajouter celle de la matière et de la forme. 11 est aussi évident qu'il ne peut y avoir de succession dans la perfection souveraine j car la succession c'est le passage d'un état à un autre; et on ne peut passer d'un état à un autre sans changer. La succession est donc le changement. Or, le changement accuse nécessairement F imperfection. En effet , clianger d'être ou de manière d'être , c'est passer d'une forme d'être à une autre forme d être , ce n'est donc pas posséder tout l'être actuellement^ c'est donc être borné dans l'être , c'est être imparfait.
Avec ridée de la succession et du changement, il faut aussi abandonner l'idée du temps, qui n'est que la durée successive, le changement même de la créature. Le temps est la loi de toutes les existences mobiles , des existences imparfaites; la souveraine perfection n'est donc pas soumise au temps.
Je vois aussi très-clairement que je ne dois pas attribuer à la perfection infinie aucune manière d'être particulière, déterminée. Car si elle était