‹ Théodicée chrétienne; ou, Comparison de la notion chrétienne avec la notion rationaliste de DieuChapitre 25 sur 58 · ESSENCE ET PERFECTIONS DIVINES · texte numérisé non relu

ESSENCE ET PERFECTIONS DIVINES

de telle ou telle façon , elle ne serait pas de telle autre f elle ne posséderait que la portion d'être qui tomberait sous le mode ^ la qualité j l'attribut qui seraient en elle.

L'infini n'est donc aucune des forces j aucune des existences particulières que nous pouvons imaginer, connaître , ou concevoir. Loin de nous donc Tabsurde pensée de le chercher dans aucune des forces qui meuvent Tunivers, dans aucun des agents de la nature. Toutes ces forces, toutes ces puissances sont déterminées, circonscrites dans leur sphère, et se font équilibre entre elles , c'est-à-dire se bornent réciproquement. Il faut bien aussi nous préserver de croire que Dieu soit esprit comme nous sommes esprits. L'idée de la substance spirituelle étant l'idée la plus pure de notre intelligence , nous disons que Dieu est esprit; mais il ne peut être esprit avec cette succession de pensées mobiles , variables , pleines de défaillance et d'erreur, condition de notre intelligence.

Ici arrêtons-nous un instant. Que vient-il de se passer ? Nous cherchions la nature de l'infini , et nous avions posé pour principe de ne jamais rien lui attribuer qui fût inconciliable avec son idée; eh bien I devant ce principe, la matière s'est écroulée, l'espace a disparu, le temps s'est enfui; toute manière d'être déterminée, toute existence distincte nous a paru comme un néant d'être.

Cependant, ce monde, dont je crois m'être

débarrasse I m'offusque encore; H veut encore s'interposer entre ma pensée et le Dieu qu'elle cherche. Je ne sais quelle voix me dit que peutêtre cette perfection que je poursuis, cet infini, ce Dieu que mes désirs appellent j n'est autre que cet univers pris dans son ensemble et non dans ses parties ; n'est autre que la vie et l'harmonie universelles. Il est nécessaire d'examiner celte pensée, de dissiper ce doute, avant d'aller plus avant. S'il n'y a pas d'autre perfection souveraine et infinie que la vie universelle et l'harmonie de l'univers , je dis que la perfection souveraine n'a jamais existé, qu'elle n'existera jamais. En effet , prenez, le monde à tel moment de sa durée que vous voudrez ; reculez par la pensée daus les abîmes du passé, remontez aussi loin que vous pourrez daus la durée des siècles; ou bien tournez-vous vers l'avenir, mesurez ses incommensurables horizons, plongez un œil insatiable dans ses mystérieuses profondeurs, je dis que, quel que soit le point où vous vous arrêtiez, vous avez toujours l'infini en arrière, l'infini en avant; et, par conséquent, vous ne saisissez jamais qu'une existence incomplète et tronquée. Eh bien! cette exislence bornée peutelle cire la perfeclion souveraine? pouvons-nous V reconnaître Tinfini véritable, dont la vie est pleine et complète à tous ses moments? Non; cetle manière d'être imparfaite ne peut être celle du Dieu que nous cherchons.

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