ESSENCE ET PEBPECTIONS DIVINES
Ce dernier appui , ce dernier refuge m'échappe aussi; et Tunivers tout entier n'est plus à mes yeux qu'un vrai néant. Mais que dis-je? est-ce au vide y est-ce au néant que nous arrivons? et la lumière de la réalité suprême ri'éclairerait-elle que les ruines de Texistence ? il est vrai que, comparés à Finfini, tous les êtres bornés, tous les êtres d'emprunt , ne nous apparaissent guère que comme des fantômes. Mais, pris en eux-mêmes, ils nous donnent le sentiment profond , la certitude invincible de leur réalité ; nous ne pouvons les nier, et nous ne les supprimons par la pensée qu'afin de mieux contempler la suprême existence. Ce sont des nuages que nous dissipons, des voiles que nous déchirons, des obstacles que nous écartons, afin que nos yeux épurés puissent se fixer un instant sur l'idée de la perfection souvei'aine. Cette idée elle-même nous a guidés dans la route que nous venons de parcourir; c'est elle-même qui s'est distinguée de tout ce qui n'est pas elle.
Osons maintenant élever vers elle des regards pleins de respect; osons envisager, face à face, l'infini. Dieu lui-même; nous savons ce qu'il n'est pas, qu'il daigne lui-même nous apprendre ce qu'il est.
Il faut que nous ayons une idée bien positive et bien distincte de la perfection infinie de Dieu, puisque nous le distinguons avec tant d'assurance de tout ce qui n'est pas lui. Cette idée nous représente le centre de l'existence, le foyer éternel
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delà vie, Tocétn de la substance. Mais ces grossières images ne sont qu'un obstacle aux pures con« ceptions de Fesprit ; efforçons-nous donc de nous maintenir dans les régions de la métaphysique.
L'idée de Tinfini nous représente T unité ab* solue. L'infinlest souverainement un, et en même temps il est souverainement et éminemment tout; Tun est tout dans Tinfînie simplicité de son être. L'un est tout , et cette parole ne dit pas plus que Vun , et Tun ne dit pas plus que X être y et têtre est. Tout est là pour qui sait l'entendre; mais cette parole ne se comprend que dans les plus secrètes profondeurs de Tàme. Pour aider donc notre faiblesse^ nous distinguons, diverses perfections , divers attributs dans F /m, dans Xétre.
La première de ces perfections, celle qui nous apparaît comme le fondement des autres , c'est que l'être, l'un , est par lui-même. Être par soimême, c'est la source de tout ce que je trouve en Dieu. L'être qui est par lui-même est souverainement parfait, car il n'y a rien au-dessus , ni à côté de lui. Seul, unique, iln*a de relation qu'avec lui-même. Possédant toute la plénitude , toute la réalité de l'être, il est le principe de tout ce qui existe. Je réunis en lui toutes les perfections que nous concevons comme existantes ou comme possibles. Or, nous avons l'idée de deux espèces d'êtres, l'être pensant et l'être étendu. Outre ces deux espèces d'êtres, nous concevons
£SSENCB BT PEUPICTIOIIS DIVINES. liS
clairement que Dieu peut en créer une infinité d'autres, qu'il peut former des créatures correa^ pondant aux divers degrés d'être qu'il voit| en remontant jusqu'à rinfini. Tous ces êtres réels ou possibles existent en Dieu comme dans leur source ; mais ils y existent de la manière qui convient à l'infini, c'est-à*dii*e d'une manière souveraine, éminente, et saus aucune des li* mites qui se rencontrent dans les créatures» Donc, tout ce qu'il y a de réel dans la substance étendue et dans la substance pensante ; tout ce qu'il y a de vérité, de beauté, de bonté dans les diverses essences ; la force, l'intelligence, l'amour, la science , l'activité , la liberté , la félicité, se trouvent en Dieu à un degré infmi) c'est-à-dire sans degrés. S'il est permis, pour éclaircir cette doctrine, de se servir d'une image, je vous dirai : réunissez toute vérité, toute science , toute lumière dans une seule pensée ; toute luu> monie, toute beauté, toute jouissance, tout bien dans un seul amour ; dans un seul point concentrez l'espace et le temps ; et puis supprimez toutes les bornes, effacez toutes les limites ; que la multiplicité disparaisse, que l'unité seule reste, et vous arrivez à Dieu. Par cette suppression des limites , il est vrai , toutes ces perfections cliangent de nature, et ne retiennent plus rien de ce qu'elles sont dans la création ; et c'est là le mystère de l'essence divine, le secret de l'infmi, qu'il nous est donné d'entrevoir, qu'il ne nous est
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pas donné de pénétrer. Nous concevons clairement qu*il en est ainsi, qiril en doit être ainsi, mais nous ne pouvons pas nous expliquer cornment cela est.
Par la suppression de la limite j tous ces degrés d'êtres infinis en nombi*e , toutes ces iiei"fections innombrables deviennent une seule et unique perfection. Dieu est infiniment; Dieu est infiniment intelligent, infiniment puissant, infiniment bon, infiniment heureux; mais son être, son intelligence, sa volonté, sa bonté, sa puissance, son bonheur, ne sont qu'une même chose en réalité. L'essence n'est pas distinguée des pi*opriétés et des attributs ; les propriétés, les attributs ou les peifections ne sont pas antre chose que l'essence.
L'essence divine, identique aux propriétés, aux attributs et aux perfections, n'est pas une simple puissance d'être ; elle ne se fait pas , ne se développe pas ; elle ne devient pas : elle est. Elle ne perd rien, ne gagne rien ; elle ne connaît ni modalités, ni accidents, ni changements. L'essence divine est un acte pur, un acte immanent.
De cette notion de Dieu découlent, avec une évidence absolue, toutes les autres perfections divines^ la simplicité, l'éternité, Timmensilé.
D'abord nous en voyons naître la simplicité divine. En effet, si toutes les perfections divines n'en sont qu'une, si les propriétés et les attributs sont identiques à l'essence, si l'essence est tou-